vendredi, 26 septembre 2008
Les discours de Benoît XVI en France
Message de Benoît XVI aux Français en vue de son prochain voyage en France
ROME, Mercredi 10 septembre 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le message que le pape Benoît XVI a adressé aux Français, ce mercredi, à la fin de l'audience générale, en prévision de son voyage apostolique en France, du 12 au 15 septembre.
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Chers Frères et Sœurs,
Vendredi prochain j'entreprendrai mon premier voyage pastoral en France en tant que Successeur de Pierre. A la veille de mon arrivée, je tiens à adresser mon cordial salut au peuple français et à tous les habitants de cette Nation bien-aimée. Je viens chez vous en messager de paix et de fraternité. Votre pays ne m'est pas inconnu. A plusieurs reprises j'ai eu la joie de m'y rendre et d'apprécier sa généreuse tradition d'accueil et de tolérance, ainsi que la solidité de sa foi chrétienne comme sa haute culture humaine et spirituelle. Cette fois, l'occasion de ma venue est la célébration du cent cinquantième anniversaire des apparitions de la Vierge Marie à Lourdes. Après avoir visité Paris, la capitale de votre pays, ce sera une grande joie pour moi de m'unir à la foule des pèlerins qui viennent suivre les étapes du chemin du Jubilé, à la suite de sainte Bernadette, jusqu'à la grotte de Massabielle. Ma prière se fera intense aux pieds de Notre Dame aux intentions de toute l'Église, particulièrement pour les malades, les personnes les plus délaissées, mais aussi pour la paix dans le monde. Que Marie soit pour vous tous, et particulièrement pour les jeunes, la Mère toujours disponible aux besoins de ses enfants, une lumière d'espérance qui éclaire et guide vos chemins ! Chers amis de France, je vous invite à vous unir à ma prière pour que ce voyage porte des fruits abondants. Dans l'heureuse attente d'être prochainement parmi vous, j'invoque sur chacun, sur vos familles et sur vos communautés, la protection maternelle de la Vierge Marie, Notre Dame de Lourdes. Que Dieu vous bénisse !
Benoît XVI en France : Réponse aux questions des journalistes dans l’avion
ROME, Samedi 13 septembre 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous la transcription de l'entretien accordé par le pape Benoît XVI aux journalistes présents à ses côtés dans l'avion qui le conduisait à Paris, vendredi 12 septembre. Les questions ont été posées au pape, en français, par le P. Federico Lombardi, directeur de la salle de presse du Saint-Siège, au nom des journalistes.
Q - « France es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? », avait demandé en 1980 Jean-Paul II lors de son premier voyage. Aujourd'hui, quel sera votre message aux Français ? Pensez-vous qu'à cause de la laïcité, la France soit en train de perdre son identité chrétienne ?
Benoît XVI - Il me semble évident aujourd'hui que la laïcité en soi n'est pas en contradiction avec la foi. Je dirais même qu'elle est un fruit de la foi parce que la foi chrétienne était, dès le commencement, une religion universelle, donc pas identifiable avec un Etat et présente dans tous les Etats et différente dans les Etats. Pour les chrétiens, il était toujours clair que la religion et la foi n'étaient pas politiques, mais une autre sphère de la vie humaine... La politique, l'Etat, n'étaient pas une religion mais une réalité profane avec une mission spécifique... et les deux doivent être ouverts l'un pour l'égard de l'autre. Dans ce sens, je dirais aujourd'hui, pour les Français, et pas seulement pour les Français ,pour nous chrétiens dans ce monde sécularisé d'aujourd'hui, il est important de vivre avec joie la liberté de notre foi, de vivre la beauté de la foi et de rendre visible dans le monde d'aujourd'hui qu'il est beau d'être croyant, qu'il est beau de connaître Dieu, Dieu avec un visage humain en Jésus-Christ... montrer donc la possibilité d'être un croyant aujourd'hui et même qu'il est nécessaire pour la société d'aujourd'hui qu'il y ait des hommes qui connaissent Dieu et peuvent donc vivre selon les grandes valeurs qu'il nous a données et contribuer à la présence des valeurs qui sont fondamentales pour la construction et pour la survie de nos Etats et de nos sociétés.
Q - Vous aimez et connaissez la France... qu'est-ce qui vous lie plus particulièrement à ce pays , quels sont les auteurs français laïcs ou chrétiens qui vous ont le plus impressionné ou les souvenirs les plus émouvants que vous conservez de la France ?
Benoît XVI - Je n'oserais pas dire que je connais bien la France. Je la connais un peu, mais j'aime la France, la grande culture française, surtout naturellement les grandes cathédrales, et aussi le grand art français... la grande théologie qui commence avec saint Irénée de Lyon jusqu'au 13e siècle et j'ai étudié l'université de Paris au 13e siècle : saint Bonaventure, saint Thomas d'Aquin. Cette théologie a été décisive pour le développement de la théologie en Occident... Et naturellement la théologie du siècle du Concile Vatican II. J'ai eu le grand honneur et la joie d'être ami du père de Lubac, l'une des plus grandes figures du siècle passé, mais j'ai eu aussi des bons contacts de travail avec le père Congar, Jean Daniélou et d'autres.
J'ai eu des relations personnelles très bonnes avec Etienne Gilson, Henri-Irénée Maroux. Donc, j'ai eu réellement un contact très profond, très personnel et enrichissant avec la grande culture théologique et philosophique de la France. Cela a été réellement décisif pour le développement de ma pensée. Mais aussi la redécouverte du grégorien originel avec Solesmes, la grande culture monastique... et naturellement la grande poésie. Etant un homme de baroque, j'aime beaucoup Paul Claudel, avec sa joie de vivre, et aussi Bernanos et les grands poètes de France du siècle passé. C'est donc une culture qui a réellement déterminé mon développement personnel, théologique, philosophique et humain.
Q - Que dites-vous à ceux qui, en France, craignent que le Motu proprio 'Summorum pontificum' marque un retour en arrière sur les grandes intuitions du Concile Vatican II ? Comment pouvez vous les rassurer ?
Benoît XVI - C'est une peur infondée parce que ce Motu proprio est simplement un acte de tolérance, dans un but pastoral pour des personnes qui ont été formées dans cette liturgie, l'aiment, la connaissent, et veulent vivre avec cette liturgie. C'est un petit groupe parce que cela suppose une formation en latin, une formation dans une culture certaine. Mais pour ces personnes avoir l'amour et la tolérance de permettre de vivre avec cette liturgie cela me semble une exigence normale de la foi et de la pastorale d'un évêque de notre Eglise.. Il n'y a aucune opposition entre la liturgie renouvelée par le Concile Vatican II et cette liturgie.
Chaque jour (du Concile, ndlr), les pères conciliaires ont célébré la messe selon l'ancien rite et, en même temps, ils ont conçu un développement naturel pour la liturgie dans tout ce siècle car la liturgie est une réalité vivante qui se développe et conserve dans son développement son identité. Il y a donc certainement des accents différents, mais quand même une identité fondamentale qui exclue une contradiction, une opposition entre la liturgie renouvelée et la liturgie précédente. Je pense quand même qu'il y a une possibilité d'un enrichissement des deux parties. D'un côté les amis de l'ancienne liturgie peuvent et doivent connaître les nouveaux saints, les nouvelles préfaces de la liturgie, etc... d'autre part, la liturgie nouvelle souligne plus la participation commune mais, toujours, n'est pas simplement une assemblée d'une certaine communauté mais toujours un acte de l'Eglise universelle, en communion avec tous les croyants de tous les temps, et un acte d'adoration.
Dans ce sens, il me semble qu'il y a un enrichissement réciproque et c'est clair que la liturgie renouvelée est la liturgie ordinaire de notre temps.
Q - Avec quel esprit commencez-vous votre pèlerinage vers Lourdes et y êtes vous déjà allé ?
Benoît XVI - J'ai été à Lourdes pour le Congrès eucharistique International en 1981, après l'attentat contre le Saint-Père (Jean-Paul II, ndlr). Et le cardinal Gantin était le délégué du Saint-Père. C'est pour moi un très très beau souvenir.
Le jour de la fête de sainte Bernadette est en même temps le jour de ma naissance. De ce fait, déjà, je me sens très proche de cette petite sainte, cette petite fille jeune, pure, humble, avec laquelle a parlé notre Vierge.
Rencontrer cette réalité, cette présence de la Vierge dans notre temps, voir les traces de cette petite fille qui était amie de la Vierge et d'autre part rencontrer la Vierge sa mère est pour moi un événement très important. Naturellement nous n'y allons pas pour trouver des miracles.
Je vais y trouver l'amour de la Mère qui est la vraie guérison pour toutes les maladies, toutes les douleurs et être solidaire avec tous ceux qui souffrent, dans l'amour de la Mère. Cela me semble un signe très important pour notre époque.
[Texte original : Français]
© Copyright : Librairie Editrice du Vatican
Discours de bienvenue du président Nicolas Sarkozy à Benoît XVI
ROME, Vendredi 12 septembre 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le discours que le président français Nicolas Sarkozy a prononcé ce vendredi lors de la cérémonie d'accueil de Benoît XVI, au palais présidentiel de l'Elysée.
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Très Saint Père,
C'est un honneur pour le gouvernement français, pour toutes les personnes présentes dans cette salle, et bien sûr pour moi-même et pour ma famille, de vous accueillir aujourd'hui au Palais de l'Elysée.
Tout au long de son histoire, la France n'a cessé de lier son destin à la cause des arts, des lettres, de la pensée, toutes ces disciplines qui forment cet art de vivre au plus haut de soi-même et qu'on appelle culture. En consacrant à Paris l'une des étapes de votre visite, en choisissant le collège des Bernardins, au cœur du quartier latin, pour prononcer l'un des discours les plus attendus de votre voyage, en acceptant l'invitation de l'Institut, vous honorez la France au travers d'un attribut qui lui est donc particulièrement cher : sa culture, une culture vivante qui plonge ses racines entremêlées dans la pensée grecque et judéo-chrétienne, dans l'héritage médiéval, la Renaissance et les Lumières ; une culture que vous connaissez admirablement bien et que vous aimez.
Qu'ils soient catholiques ou fidèles d'une autre religion, croyants ou non croyants, tous les Français sont sensibles à votre choix de Paris pour vous adresser cet après-midi au monde de la culture, vous qui êtes, profondément, un homme de conviction, de savoir et de dialogue. Vous renouvelez l'honneur fait à la France par votre prédécesseur Jean-Paul II et son magistral discours de 1980 à l'UNESCO, dont l'histoire n'a cessé depuis de vérifier les intuitions profondes et la largeur de vue.
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Pour les millions de Français catholiques, votre visite est un évènement exceptionnel. Elle leur procure une joie intense et suscite de grandes espérances. Il est naturel que le Président de la République, le gouvernement, l'ensemble des responsables politiques de notre pays, s'associent à cette joie, comme ils s'associent régulièrement aux joies et aux peines de tous nos compatriotes quels qu'ils soient. Je veux, en votre présence, adresser aux catholiques de France tous mes vœux pour la réussite de cette visite.
J'ai souhaité que soient présents dans cette salle un certain nombre d'entre eux, connus ou moins connus, mais engagés dans tous les secteurs de la société : mouvements de jeunesse et éducation, secteur social et associatif, santé, entreprise, syndicalisme, administration et vie politique, journalisme, communauté scientifique, monde du sport, des arts et du spectacle, monde de la littérature et des idées, et bien sûr institutions ecclésiales. Ils sont le visage d'une Eglise de France diverse, moderne, qui veut mettre toute son énergie au service de sa foi.
Sont également présents dans cette salle, et je les en remercie, les représentants des autres religions et traditions philosophiques, et beaucoup de Français agnostiques ou non croyants, eux aussi engagés pour le bien commun. Dans la République laïque qu'est la France, tous vous accueillent avec respect en tant que chef d'une famille spirituelle dont la contribution à l'histoire du monde et de la civilisation n'est ni contestable, ni contestée.
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Très Saint Père, le dialogue entre la foi et la raison a occupé une part prépondérante dans votre cheminement intellectuel et théologique. Non seulement vous n'avez cessé de soutenir la compatibilité entre la foi et la raison, mais encore vous pensez que la spécificité et la fécondité du christianisme ne sont pas dissociables de sa rencontre avec les fondements de la pensée grecque.
La démocratie non plus ne doit pas se couper de la raison. Elle ne peut se contenter de reposer sur l'addition arithmétique des suffrages, ni sur les mouvements passionnés des individus. Elle doit également procéder de l'argumentation et du raisonnement, rechercher honnêtement ce qui est bon et nécessaire, respecter des principes essentiels reconnus par l'entendement commun. Comment d'ailleurs la démocratie pourrait-elle se priver des lumières de la raison sans se renier elle-même, elle qui est fille de la raison et des Lumières ? C'est là une exigence quotidienne pour le gouvernement des choses publiques et le débat politique.
Aussi est-il légitime pour la démocratie et respectueux de la laïcité de dialoguer avec les religions. Celles-ci, et notamment la religion chrétienne avec laquelle nous partageons une longue histoire, sont des patrimoines vivants de réflexion et de pensée, pas seulement sur Dieu, mais aussi sur l'homme, sur la société, et même sur cette préoccupation aujourd'hui centrale qu'est la nature. Ce serait une folie de nous en priver, tout simplement une faute contre la culture et contre la pensée. C'est pourquoi j'en appelle à une laïcité positive.
En cette époque où le doute, le repli sur soi, mettent nos démocraties au défi de répondre aux problèmes de notre temps, la laïcité positive offre à nos consciences la possibilité d'échanger, par delà les croyances et les rites, sur le sens que nous voulons donner à nos existences.
La France a engagé, avec l'Europe, une réflexion sur la moralisation du capitalisme financier. La croissance économique n'a pas de sens si elle est sa propre finalité. Seuls l'amélioration de la situation du plus grand nombre et l'épanouissement de la personne en constituent ses buts légitimes. Cet enseignement, qui est au cœur de la doctrine sociale de l'Eglise, est en parfaite résonnance avec les enjeux de l'économie contemporaine mondialisée. Notre devoir est de l'entendre.
De même, les progrès rapides et importants de la science dans les domaines de la génétique et de la procréation posent à nos démocraties de délicates questions de bioéthique. Elles engagent notre conception de l'homme et de la vie, et peuvent conduire à des mutations de société. C'est pourquoi elles ne peuvent rester l'affaire des seuls experts.
La responsabilité du politique est d'organiser le cadre propre à cette réflexion. C'est ce que la France fera avec les Etats généraux de la bioéthique qui se dérouleront l'an prochain. Naturellement, les traditions religieuses et philosophiques doivent être présentes à ce débat, avec leur réflexion et leur expérience, riches de tant de siècles.
La laïcité positive, la laïcité ouverte, c'est une invitation au dialogue, à la tolérance et au respect.
C'est une chance, un souffle, une dimension supplémentaire donnée au débat public.
C'est un encouragement pour les religions, comme pour tous les courants de pensée. Et aussi un défi : car il y a trente ans encore, aucun de nos prédécesseurs n'aurait pu imaginer, ni même soupçonner, les questions auxquelles nous sommes aujourd'hui confrontés.
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Très Saint Père, vous vous rendrez demain à Lourdes. Dans le cœur de millions de personnes en France et dans le monde, Lourdes tient une place particulière. On y vient souvent chercher une guérison du corps, on en revient avec une guérison de l'âme et du cœur. Même pour le profane, il existe bien un miracle de Lourdes : celui de la compassion, du courage, de l'espérance, au milieu de souffrances physiques ou morales souvent extrêmes et indicibles.
La souffrance, qu'elle soit le fait de la maladie, du handicap, du désespoir, de la mort ou tout simplement du mal, est assurément l'une des principales interrogations que pose la vie à la foi ou à l'espérance humaine. A cet égard, ce que vous direz lundi aux malades sera écouté bien au-delà de la communauté catholique. Mais par sa capacité à affronter la souffrance, à la surmonter et à la transformer, l'homme donne aussi, aux croyants comme aux non croyants, un signe tangible, une preuve manifeste de sa dignité.
La dignité humaine, l'Eglise ne cesse de la proclamer et de la défendre. A nous, responsables politiques, il incombe de la protéger toujours davantage, en défiant les contraintes économiques et en surmontant les hésitations politiques, dans le respect de la démocratie et de la liberté de conscience qui sont des éléments constitutifs de cette dignité.
Quand la France crée le revenu de solidarité active, elle cherche un moyen d'assurer à tous les conditions matérielles d'une existence digne sans dévaluer le travail.
Quand elle engage un plan massif contre la maladie d'Alzheimer, elle se donne les moyens d'assurer leur dignité à un nombre croissant de personnes touchées par cette maladie.
Quand elle crée un contrôleur général des prisons, réforme son système pénitentiaire, investit pour garantir une cellule individuelle à tout prisonnier, elle veut concilier la protection de la société avec la dignité de chaque détenu.
Quand elle dessine de nouveaux contours à sa politique d'immigration, elle entend respecter la dignité de chaque étranger, mais assume cette conviction raisonnable, et en tout cas raisonnée, que les désordres d'une immigration non contrôlée portent atteinte à la dignité de tous. Cette politique serait condamnable si elle ne cherchait pas à donner, grâce au développement, des conditions de vie meilleure aux populations concernées dans leur pays d'origine. C'est notre engagement.
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Progressivement, la dignité humaine s'est imposée comme une valeur universelle. Elle est au cœur de la Déclaration universelle des droits de l'homme, adoptée ici à Paris il y a soixante ans. C'est le fruit d'une convergence exceptionnelle entre l'expérience humaine, les grandes traditions philosophiques et religieuses de l'humanité et le cheminement même de la raison.
A l'heure où ressurgissent tant de fanatismes, à l'heure où le relativisme exerce une séduction croissante, où la possibilité même de connaître et de partager une certaine part de la vérité est mise en doute, à l'heure où les égoïsmes les plus durs menacent les relations entre les nations et au sein des nations, cette option absolue pour la dignité humaine et son ancrage dans la raison doivent être tenus pour un trésor des plus précieux.
Là réside le vrai secret de l'Europe, celui dont l'oubli a précipité le monde dans les pires barbaries, celui qui ranime sans cesse notre désir d'agir pour la paix et la stabilité du monde, et conforte notre légitimité à le faire, hommes et femmes de bonne volonté ensemble.
Là se trouve aussi l'esprit de l'Union pour la Méditerranée. Jamais celle-ci n'aurait vu le jour si nous n'avions puisé dans la pertinence de notre idéal et la force de la raison, l'audace de la proposer et l'énergie d'en convaincre nos partenaires.
Je connais, Très Saint Père, et je partage votre inquiétude croissante pour certaines communautés chrétiennes au travers le monde, notamment en Orient. Je veux spécialement saluer, à cet égard, Monsieur Estifan Majid, présent parmi nous, qui est le frère de l'archevêque de Mossoul récemment assassiné, Monseigneur Faraj Rahho. L'Union pour la Méditerranée est la réponse à cet enjeu essentiel qu'est la coexistence de communautés pluriconfessionnelles sur un même territoire. Car si cela est possible autour de la Méditerranée, alors cela sera possible ailleurs, au Moyen-Orient et dans le monde. Avons-nous, au demeurant, un autre choix ?
En Inde, chrétiens, musulmans et hindouistes doivent renoncer à toute forme de violence et s'en remettre aux vertus du dialogue. Ailleurs en Asie, la liberté de pratiquer sa religion, quelle qu'elle soit, doit être respectée. La France, qui a beaucoup fait pour que toutes les convictions puissent coexister et s'exprimer, demande que la réciprocité soit respectée partout dans le monde, pour toutes les religions. De même, elle accueille l'intérêt suscité par le bouddhisme en Occident. Le Dalai Lama, chef spirituel du bouddhisme tibétain, livre des enseignements auxquels nos sociétés sont de plus en plus attentives. Il mérite d'être respecté et écouté pour cela.
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La paix durable et véritable n'est possible que par le dialogue. Un dialogue authentique. Un dialogue fondé sur le vrai désir et la passion réelle de comprendre un point de vue différent. Un dialogue qui reçoit autant qu'il donne, tant il est vrai que, dans le dialogue, il est plus facile de délivrer sa vérité que d'accueillir celle de l'autre. Un dialogue où chacun accepte le principe qu'il peut changer d'avis ou faire évoluer son opinion. Un dialogue qui ne reporte pas tous les problèmes sur le religieux et le culturel, mais qui ne les ignore pas non plus. Un dialogue qui n'est pas le fait d'une élite mondialisée et bien-pensante, mais qui pénètre au fond des peuples. C'est pourquoi les Eglises doivent y participer de manière active.
Rien ne serait plus dommageable que la reprise d'une guerre des religions. C'est pourquoi j'ai voulu parler de religion à Riyad avec le roi d'Arabie Saoudite. Et c'est pourquoi j'ai tenu à insister sur ce que les religions ont en commun, qui est en vérité beaucoup plus grand que ce qui les divise.
Le dialogue avec et entre les religions est un enjeu majeur du siècle naissant. Les responsables politiques ne peuvent s'en désintéresser. Mais ils ne peuvent y contribuer que s'ils respectent les religions. Car il n'y a pas de dialogue sans confiance, et pas de confiance sans respect.
Oui, je respecte les religions, toutes les religions. Je connais les erreurs qu'elles ont commises par le passé et les intégrismes qui les menacent, mais je sais le rôle qu'elles ont joué dans l'édification de l'humanité. Le reconnaître ne diminue en rien les mérites des autres courants de pensée.
Je sais l'importance des religions pour répondre au besoin d'espérance des hommes et je ne le méprise pas. La quête de spiritualité n'est pas un danger pour la démocratie, pas un danger pour la laïcité.
Je ne désespère pas des religions quand je lis, sous la plume de Frère Christian, le prieur de Tibhirine : « L'Algérie et l'Islam, pour moi, c'est un corps et une âme. Je l'ai assez proclamé, au vu et au su de ce que j'en ai reçu, y retrouvant si souvent ce droit fil conducteur de l'Evangile appris aux genoux de ma mère, ma tout première Eglise, précisément en Algérie, et déjà, dans le respect des croyants musulmans ».
Et quand il ajoute, dans ce testament prémonitoire : « J'aimerais, le moment venu, avoir cette lucidité qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu et celui de mes frères en humanité, en même temps que de pardonner de tout cœur à qui m'aurait atteint », alors, oui, je pense que les religions peuvent élargir le cœur de l'homme.
Pour toutes ces raisons, Très Saint Père, soyez le bienvenu en France.
France : Discours de Benoît XVI aux autorités de l’Etat à l’Elysée (12 septembre)
ROME, Vendredi 12 septembre 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le texte intégral du discours que le pape Benoît XVI a prononcé ce vendredi en fin de matinée, au palais présidentiel de l'Elysée, en présence des autorités de l'Etat français.
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Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis !
Foulant le sol de France pour la première fois depuis que la Providence m'a appelé sur le Siège de Pierre, je suis ému et honoré de l'accueil chaleureux que vous me réservez. Je vous suis particulièrement reconnaissant, Monsieur le Président, pour l'invitation cordiale que vous m'avez faite à visiter votre pays ainsi que pour les paroles de bienvenue que vous venez de m'adresser. Comment ne pas me souvenir de la visite que Votre Excellence m'a rendue au Vatican voici neuf mois ? A travers vous, je salue tous ceux et toutes celles qui habitent ce pays à l'histoire millénaire, au présent riche d'événements et à l'avenir prometteur. Qu'ils sachent que la France est très souvent au coeur de la prière du Pape, qui ne peut oublier tout ce qu'elle a apporté à l'Église au cours des vingt derniers siècles ! La raison première de mon voyage est la célébration du 150e anniversaire des apparitions de la Vierge Marie, à Lourdes. Je désire me joindre à la foule des innombrables pèlerins du monde entier, qui convergent au cours de cette année vers le sanctuaire marial, animés par la foi et par l'amour. C'est une foi, c'est un amour que je viens célébrer ici dans votre pays, au cours des quatre journées de grâce qu'il me sera donné d'y passer.
Mon pèlerinage à Lourdes devait comporter une étape à Paris. Votre capitale m'est familière et je la connais assez bien. J'y ai souvent séjourné et j'y ai lié, au fil des ans, en raison de mes études et de mes fonctions antérieures, de bonnes amitiés humaines et intellectuelles. J'y reviens avec joie, heureux de l'occasion qui m'est ainsi donnée de rendre hommage à l'imposant patrimoine de culture et de foi qui a façonné votre pays de manière éclatante durant des siècles et qui a offert au monde de grandes figures de serviteurs de la Nation et de l'Église dont l'enseignement et l'exemple ont franchi tout naturellement vos frontières géographiques et nationales pour marquer le devenir du monde. Lors de votre visite à Rome, Monsieur le Président, vous avez rappelé que les racines de la France - comme celles de l'Europe - sont chrétiennes.
L'Histoire suffit à le montrer : dès ses origines, votre pays a reçu le message de l'Évangile. Si les documents font parfois défaut, il n'en reste pas moins que l'existence de communautés chrétiennes est attestée en Gaule à une date très ancienne : on ne peut rappeler sans émotion que la ville de Lyon avait déjà un évêque au milieu du IIe siècle et que saint Irénée, l'auteur de l'Adversus haereses, y donna un témoignage éloquent de la vigueur de la pensée chrétienne. Or, saint Irénée venait de Smyrne pour prêcher la foi au Christ ressuscité. Lyon avait un évêque dont la langue maternelle était le grec : y a-t-il plus beau signe de la nature et de la destination universelles du message chrétien ? Implantée à haute époque dans votre pays, l'Église y a joué un rôle civilisateur auquel il me plaît de rendre hommage en ce lieu. Vous y avez-vous-même fait allusion dans votre discours au Palais du Latran en décembre dernier. Transmission de la culture antique par le biais des moines, professeurs ou copistes, formation des coeurs et des esprits à l'amour du pauvre, aide aux plus démunis par la fondation de nombreuses congrégations religieuses, la contribution des chrétiens à la mise en place des institutions de la Gaule, puis de la France, est trop connue pour que je m'y attarde longtemps. Les milliers de chapelles, d'églises, d'abbayes et de cathédrales qui ornent le coeur de vos villes ou la solitude de vos campagnes disent assez combien vos pères dans la foi ont voulu honorer Celui qui leur avait donné la vie et qui nous maintient dans l'existence.
De nombreuses personnes en France se sont arrêtées pour réfléchir sur les rapports de l'Église et de l'État. Sur le problème des relations entre la sphère politique et la sphère religieuse, le Christ avait déjà offert le principe d'une juste solution lorsqu'il répondit à une question qu'on Lui posait : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (Mc 12,17). L'Église en France jouit actuellement d'un régime de liberté. La méfiance du passé s'est transformée peu à peu en un dialogue serein et positif, qui se consolide toujours plus. Un nouvel instrument de dialogue existe depuis 2002 et j'ai grande confiance en son travail, car la bonne volonté est réciproque. Nous savons que restent encore ouverts certains terrains de dialogue qu'il nous faudra parcourir et assainir peu à peu avec détermination et patience. Vous avez d'ailleurs utilisé, Monsieur le Président, l'expression belle de «laïcité positive» pour qualifier cette compréhension plus ouverte. En ce moment historique où les cultures s'entrecroisent de plus en plus, je suis profondément convaincu qu'une nouvelle réflexion sur le vrai sens et sur l'importance de la laïcité est devenue nécessaire. Il est en effet fondamental, d'une part, d'insister sur la distinction entre le politique et le religieux, afin de garantir aussi bien la liberté religieuse des citoyens que la responsabilité de l'État envers eux, et d'autre part, de prendre une conscience plus claire de la fonction irremplaçable de la religion pour la formation des consciences et de la contribution qu'elle peut apporter, avec d'autres instances, à la création d'un consensus éthique fondamental dans la société.
Le Pape, témoin d'un Dieu aimant et Sauveur, s'efforce d'être un semeur de charité et d'espérance. Toute société humaine a besoin d'espérance, et cette nécessité est encore plus forte dans le monde d'aujourd'hui qui offre peu d'aspirations spirituelles et peu de certitudes matérielles. Les jeunes sont ma préoccupation majeure. Certains d'entre eux peinent à trouver une orientation qui leur convienne ou souffrent d'une perte de repères dans leur vie familiale. D'autres encore expérimentent les limites d'un communautarisme religieux. Parfois marginalisés et souvent abandonnés à eux-mêmes, ils sont fragiles et ils doivent affronter seuls une réalité qui les dépasse. Il est donc nécessaire de leur offrir un bon cadre éducatif et de les encourager à respecter et à aider les autres, afin qu'ils arrivent sereinement à l'âge responsable.
L'Église peut apporter dans ce domaine sa contribution spécifique. La situation sociale occidentale, hélas marquée par une avancée sournoise de la distance entre les riches et les pauvres, me soucie aussi. Je suis certain qu'il est possible de trouver de justes solutions qui, dépassant l'aide immédiate nécessaire, iront au coeur des problèmes afin de protéger les faibles et de promouvoir leur dignité. À travers ses nombreuses institutions et par ses activités, l'Église, tout comme de nombreuses associations dans votre pays, tente souvent de parer à l'immédiat, mais c'est à l'État qu'il revient de légiférer pour éradiquer les injustices. Dans un cadre beaucoup plus large, Monsieur le Président, l'état de notre planète me préoccupe aussi. Avec grande générosité, Dieu nous a confié le monde qu'il a créé. Il faudra apprendre à le respecter et à le protéger davantage.
Il me semble qu'est arrivé le moment de faire des propositions plus constructives pour garantir le bien des générations futures.
L'exercice de la Présidence de l'Union Européenne est l'occasion pour votre pays de témoigner de l'attachement de la France aux droits de l'homme et à leur promotion pour le bien de l'individu et de la société. Lorsque l'Européen verra et expérimentera personnellement que les droits inaliénables de la personne humaine, depuis sa conception jusqu'à sa mort naturelle, ainsi que ceux relatifs à son éducation libre, à sa vie familiale, à son travail, sans oublier naturellement ses droits religieux, lorsque donc cet Européen saisira que ces droits, qui constituent un tout indissociable, sont promus et respectés, alors il comprendra pleinement la grandeur de la construction de l'Union et en deviendra un artisan actif. La charge qui vous incombe, Monsieur le Président, n'est pas facile. Les temps sont incertains, et c'est une entreprise ardue de trouver la bonne voie parmi les méandres du quotidien social et économique, national et international. En particulier, devant le danger de l'émergence d'anciennes méfiances, de tensions et d'oppositions entre les Nations, dont nous sommes aujourd'hui les témoins préoccupés, la France, historiquement sensible à la réconciliation des peuples, est appelée à aider l'Europe à construire la paix dans ses frontières et dans le monde entier. À cet égard, il est important de promouvoir une unité qui ne peut pas et ne veut pas être une uniformité, mais qui est capable de garantir le respect des différences nationales et des diverses traditions culturelles qui constituent une richesse dans la symphonie européenne, en rappelant d'autre part que « l'identité nationale elle-même ne se réalise que dans l'ouverture aux autres peuples et à travers la solidarité envers eux » (Exhortation apostolique Ecclesia in Europa, n. 112). J'exprime ma confiance que votre pays contribuera toujours plus à faire progresser ce siècle vers la sérénité, l'harmonie et la paix.
Monsieur le Président, chers amis, je désire une fois encore vous exprimer ma gratitude pour cette rencontre. Je vous assure de ma fervente prière pour votre belle Nation afin que Dieu lui concède paix et prospérité, liberté et unité, égalité et fraternité. Je confie ces voeux à l'intercession maternelle de la Vierge Marie, patronne principale de la France. Que Dieu bénisse la France et tous les Français !
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France : Discours de Benoît XVI à la délégation juive
ROME, Vendredi 12 septembre 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous l'allocution que le pape Benoît XVI a prononcée en présence de la délégation juive qu'il a rencontrée ce vendredi après-midi, à Paris, dans le cadre de son voyage à Paris et Lourdes.
C'est avec plaisir que je vous reçois ce soir, chers amis. Il est heureux que notre rencontre se place à la veille de la célébration hebdomadaire du shabbat, ce jour qui, depuis des temps immémoriaux, tient une place si importante dans la vie religieuse et culturelle du peuple d'Israël. Tout juif pieux sanctifie le shabbat en lisant les Écritures et en récitant les Psaumes. Chers amis, vous le savez, la prière de Jésus aussi était nourrie par les Psaumes. Il se rendait régulièrement au Temple et à la synagogue. Il y a même pris la parole un shabbat. Il y a souligné avec quelle bonté Dieu l'Eternel prend soin de l'homme, jusque dans l'organisation du temps. Le Talmud Yoma (85b) ne dit-il pas: « Le shabbat vous est donné, mais vous n'êtes pas donné au shabbat » ? Le Christ a appelé le peuple de l'Alliance à toujours reconnaître la grandeur inouïe et l'amour du Créateur de tous les hommes. Chers amis, à cause de ce qui nous unit et à cause de ce qui nous sépare, nous avons une fraternité à fortifier et à vivre. Et nous savons que les liens de fraternité sont une invitation continuelle à se connaître mieux et à se respecter.
Par sa nature même, l'Église catholique désire respecter l'Alliance conclue par le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Elle s'inscrit, elle aussi, dans l'Alliance éternelle du Tout Puissant dont les desseins sont sans repentance, et elle respecte les fils de la Promesse, les fils de l'Alliance, ses frères aimés dans la foi. Elle redit avec force par ma voix les paroles du grand Pape Pie XI, mon vénéré prédécesseur : « Spirituellement, nous sommes des sémites » (Allocution à des pèlerins belges, 6. 09. 1938). Ainsi, l'Église s'élève contre toute forme d'antisémitisme dont aucune justification théologique, n'est recevable. Le théologien Henri de Lubac, dans une heure « des ténèbres » comme disait le Pape Pie XII (Summi Pontificatus, 20.10.1939), a compris qu'être antisémite était aussi être antichrétien (cf. Un nouveau front religieux, publié en 1942 dans : Israël et la Foi Chrétienne, p. 136). Une fois encore, je tiens à rendre un profond hommage à ceux qui sont morts injustement et à ceux qui ont œuvré pour que les noms des victimes restent en mémoire. Dieu n'oublie pas !
Je ne peux omettre, en une occasion comme celle-ci, de mentionner le rôle éminent joué par les Juifs de France pour l'édification de la Nation tout entière, et leur prestigieuse contribution à son patrimoine spirituel. Ils ont donné - et continuent de donner - de grandes figures politiques, intellectuelles et artistiques. Je forme des vœux respectueux et affectueux à l'adresse de chacun d'entre eux, et j'appelle avec ferveur sur toutes vos familles et sur toutes vos communautés une Bénédiction particulière du Maître des temps et de l'Histoire. Shabbat shalom !
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Benoît XVI à Paris : Allocution du card. Vingt-Trois au collège des Bernardins
ROME, Samedi 13 septembre 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le texte de l'allocution de bienvenue que le cardinal André Vingt-Trois a prononcée à l'arrivée de Benoît XVI au collège des Bernardins pour son discours attendu au monde de la culture, vendredi 12 septembre après-midi.
Très Saint-Père,
Avant tout, je veux vous dire notre vive reconnaissance. En effet, pour venir à Paris, vous avez généreusement accepté d'anticiper de vingt quatre heures votre pèlerinage à Lourdes à l'occasion du jubilé des cent cinquante ans des apparitions de la Vierge Marie à Bernadette. Pour ouvrir notre rencontre, vous ne m'en voudrez pas d'évoquer ici le souvenir et la figure du regretté cardinal Jean-Marie LUSTIGER, mort il y a juste un an. Le projet du Collège des Bernardins est vraiment son oeuvre. Il y a pensé très longtemps. Il n'a rien ménagé pour en rendre la réalisation possible.
Avec les soutiens très importants de l'État, de la Ville de Paris et de la Région d'Ile de France, la restauration historique de ce magnifique ensemble architectural a été réalisée et le Collège des Bernardins a pu être rendu à sa vocation première de haut lieu de la culture. Sans l'intuition du cardinal Lustiger, sans sa détermination et son implication, je ne crois pas que cette oeuvre aurait abouti. Mais si j'ai voulu vous inviter dans ce lieu magnifique et si je me réjouis que vous ayez accepté cette invitation, ce n'est évidemment pas seulement pour nous congratuler sur le patrimoine reçu de nos pères dans la foi. Le projet des Bernardins ne vise pas à reconstituer une oeuvre du Moyen-âge. Nous ne sommes pas une entreprise de sauvegarde du patrimoine historique, si brillant et si attachant soit-il. La question à laquelle nous sommes confrontés en ce XXI° siècle n'est pas celle de la duplication de l'université du XIII° siècle, ni du XIX° siècle d'ailleurs. Comment notre patrimoine philosophique et théologique, dont ce chef d'oeuvre architectural est un beau symbole, peut-il aider aujourd'hui l'humanité de notre temps à formuler les questions fondamentales
auxquelles elle ne peut échapper et comment pouvons-nous contribuer à l'élaboration des réponses à ces questions dans un dialogue permanent avec nos contemporains ?
Permettez-moi d'interpréter votre présence dans ce magnifique lieu comme un signe qui nous est adressé sur la place et la fonction des religions chrétiennes dans le contexte particulier des sociétés européennes. L'histoire de la prise de conscience du continent, les expériences successives de communication entre les peuples de l'Europe, aussi bien que les expériences de division et de déchirement sont indissociables du développement de l'expérience et de la pensée chrétienne, comme aussi des heures sombres de la division entre l'Orient et l'Occident et de la division spécifiquement occidentale vécue au temps de la Réforme.
Depuis un demi-siècle, l'Europe cherche sa voie et se construit plus ou moins laborieusement. Mais à mesure qu'elle s'étend en accueillant de nouveaux membres, la confrontation des cultures se fait plus vive, l'interrogation sur les finalités plus urgente. Vers quel avenir va notre continent ? Sur quelles bases anthropologiques et éthiques se développe notre union ? Pour quel service de l'humanité ? Nous sommes convaincus que la Sagesse chrétienne peut apporter sa contribution à cette grande oeuvre.
Depuis que la traduction française de votre ouvrage La foi chrétienne, hier et aujourd'hui a été publiée, il y a tantôt quarante ans, beaucoup de chrétiens en France savent que ces sujets sont au coeur de votre réflexion. Nous sommes heureux de pouvoir en bénéficier.
Vous avez devant vous une assemblée qui réunit Madame la Ministre de la Culture, Monsieur le Maire de Paris et de nombreuses personnalités. Vous voyez une délégation importante des académies de l'Institut de France, dont vous êtes un membre éminent, et dont le Chancelier va vous adresser le salut de ses confrères. Vous avez aussi des représentants des communautés musulmanes de France que je remercie d'avoir accepté notre invitation et un parterre de personnalités engagées dans la réflexion sur notre société : universitaires, écrivains, artistes, communicateurs, etc...Tous ont répondu à mon invitation et je m'en félicite.
Comment aurions-nous pu rêver une meilleure manière et une manière plus prestigieuse d'inaugurer les activités du Collège des Bernardins ?
+ André card. VINGT-TROIS
France : Discours de Benoît XVI au monde de la culture (collège des Bernardins)
ROME, Vendredi 12 septembre 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le discours que le pape Benoît XVI a prononcé ce vendredi au collège des Bernardins, à Paris, à l'occasion de sa rencontre avec le monde de la culture.
Monsieur le Cardinal,
Madame le Ministre de la Culture,
Monsieur le Maire,
Monsieur le Chancelier de l'Institut,
Chers amis,
Merci, Monsieur le Cardinal, pour vos aimables paroles. Nous nous trouvons dans un lieu historique, lieu édifié par les fils de saint Bernard de Clairvaux et que votre prédécesseur, le regretté Cardinal Jean-Marie Lustiger, a voulu comme un centre de dialogue de la Sagesse chrétienne avec les courants culturels intellectuels et artistiques de votre société. Je salue particulièrement Madame le Ministre de la Culture qui représente le gouvernement, ainsi que Messieurs Giscard d'Estaing et Chirac. J'adresse également mes salutations aux ministres présents, aux représentants de l'Unesco, à Monsieur le Maire de Paris et à toutes les autorités. Je ne veux pas oublier mes collègues de l'Institut de France qui savent ma considération et je désire remercier le Prince de Broglie de ses paroles cordiales. Nous nous reverrons demain matin. Je remercie les délégués de la communauté musulmane française d'avoir accepté de participer à cette rencontre ; je leur adresse mes vœux les meilleurs en ce temps du ramadan. Mes salutations chaleureuses vont maintenant tout naturellement vers l'ensemble du monde multiforme de la culture que vous représentez si dignement, chers invités.
J'aimerais vous parler ce soir des origines de la théologie occidentale et des racines de la culture européenne. J'ai mentionné en ouverture que le lieu où nous nous trouvons était emblématique. Il est lié à la culture monastique. De jeunes moines ont ici vécu pour s'initier profondément à leur vocation et pour bien vivre leur mission. Ce lieu évoque-t-il pour nous encore quelque chose ou n'y rencontrons-nous qu'un monde désormais révolu ? Pour pouvoir répondre, nous devons réfléchir un instant sur la nature même du monachisme occidental. De quoi s'agissait-il alors ? En considérant les fruits historiques du monachisme, nous pouvons dire qu'au cours de la grande fracture culturelle, provoquée par la migration des peuples et par la formation des nouveaux ordres étatiques, les monastères furent des espaces où survécurent les trésors de l'antique culture et où, en puisant à ces derniers, se forma petit à petit une culture nouvelle. Comment cela s'est-il passé ? Quelle était la motivation des personnes qui se réunissaient en ces lieux ? Quelles étaient leurs désirs ? Comment ont-elles vécu ?
Avant toute chose, il faut reconnaître avec beaucoup de réalisme que leur volonté n'était pas de créer une culture nouvelle ni de conserver une culture du passé. Leur motivation était beaucoup plus simple. Leur objectif était de chercher Dieu, quaerere Deum. Au milieu de la confusion de ces temps où rien ne semblait résister, les moines désiraient la chose la plus importante : s'appliquer à trouver ce qui a de la valeur et demeure toujours, trouver la Vie elle-même. Ils étaient à la recherche de Dieu. Des choses secondaires, ils voulaient passer aux réalités essentielles, à ce qui, seul, est vraiment important et sûr. On dit que leur être était tendu vers l'« eschatologie ». Mais cela ne doit pas être compris au sens chronologique du terme - comme s'ils vivaient les yeux tournés vers la fin du monde ou vers leur propre mort - mais au sens existentiel : derrière le provisoire, ils cherchaient le définitif. Quaerere Deum : comme ils étaient chrétiens, il ne s'agissait pas d'une aventure dans un désert sans chemin, d'une recherche dans l'obscurité absolue. Dieu lui-même a placé des bornes milliaires, mieux, il a aplani la voie, et leur tâche consistait à la trouver et à la suivre. Cette voie était sa Parole qui, dans les livres des Saintes Écritures, était offerte aux hommes. La recherche de Dieu requiert donc, intrinsèquement, une culture de la parole, ou, comme le disait Dom Jean Leclercq (1) : eschatologie et grammaire sont dans le monachisme occidental indissociables l'une de l'autre (cf. L'Amour des lettres et le désir de Dieu, p.14). Le désir de Dieu comprend l'amour des lettres, l'amour de la parole, son exploration dans toutes ses dimensions. Puisque dans la parole biblique Dieu est en chemin vers nous et nous vers Lui, ils devaient apprendre à pénétrer le secret de la langue, à la comprendre dans sa structure et dans ses usages. Ainsi, en raison même de la recherche de Dieu, les sciences profanes, qui nous indiquent les chemins vers la langue, devenaient importantes. La bibliothèque faisait, à ce titre, partie intégrante du monastère tout comme l'école. Ces deux lieux ouvraient concrètement un chemin vers la parole. Saint Benoît appelle le monastère une dominici servitii schola, une école du service du Seigneur. L'école et la bibliothèque assuraient la formation de la raison et l'eruditio, sur la base de laquelle l'homme apprend à percevoir, au milieu des paroles, la Parole.
Pour avoir une vision d'ensemble de cette culture de la parole liée à la recherche de Dieu, nous devons faire un pas supplémentaire. La Parole qui ouvre le chemin de la recherche de Dieu et qui est elle-même ce chemin est une Parole qui donne naissance à une communauté. Elle remue certes jusqu'au fond d'elle-même chaque personne en particulier (cf. Ac 2, 37). Grégoire le Grand décrit cela comme une douleur forte et inattendue qui secoue notre âme somnolente et nous réveille pour nous rendre attentifs à Dieu (cf. Leclercq, ibid., p. 35). Mais elle nous rend aussi attentifs les uns aux autres. La Parole ne conduit pas uniquement sur la voie d'une mystique individuelle, mais elle nous introduit dans la communauté de tous ceux qui cheminent dans la foi. C'est pourquoi il faut non seulement réfléchir sur la Parole, mais également la lire de façon juste. Tout comme à l'école rabbinique, chez les moines, la lecture accomplie par l'un d'eux est également un acte corporel. « Le plus souvent, quand legere et lectio sont employés sans spécification, ils désignent une activité qui, comme le chant et l'écriture, occupe tout le corps et tout l'esprit », dit à ce propos Dom Leclercq (ibid., p. 21).
Il y a encore un autre pas à faire. La Parole de Dieu elle-même nous introduit dans un dialogue avec Lui. Le Dieu qui parle dans la Bible nous enseigne comment nous pouvons Lui parler. En particulier, dans le Livre des Psaumes, il nous donne les mots avec lesquels nous pouvons nous adresser à Lui. Dans ce dialogue, nous Lui présentons notre vie, avec ses hauts et ses bas, et nous la transformons en un mouvement vers Lui. Les Psaumes contiennent en plusieurs endroits des instructions sur la façon dont ils doivent être chantés et accompagnés par des instruments musicaux. Pour prier sur la base de la Parole de Dieu, la seule labialisation ne suffit pas, la musique est nécessaire. Deux chants de la liturgie chrétienne dérivent de textes bibliques qui les placent sur les lèvres des Anges : le Gloria qui est chanté une première fois par les Anges à la naissance de Jésus, et le Sanctus qui, selon Isaïe 6, est l'acclamation des Séraphins qui se tiennent dans la proximité immédiate de Dieu. Sous ce jour, la Liturgie chrétienne est une invitation à chanter avec les anges et à donner à la parole sa plus haute fonction. À ce sujet, écoutons encore une fois Jean Leclercq : « Les moines devaient trouver des accents qui traduisent le consentement de l'homme racheté aux mystères qu'il célèbre : les quelques chapiteaux de Cluny qui nous aient été conservés montrent les symboles christologiques des divers tons du chant » (cf. ibid., p. 229).
Pour saint Benoît, la règle déterminante de la prière et du chant des moines est la parole du Psaume : Coram angelis psallam Tibi, Domine - en présence des anges, je veux te chanter, Seigneur (cf. 138, 1). Se trouve ici exprimée la conscience de chanter, dans la prière communautaire, en présence de toute la cour céleste, et donc d'être soumis à la mesure suprême : prier et chanter pour s'unir à la musique des esprits sublimes qui étaient considérés comme les auteurs de l'harmonie du cosmos, de la musique des sphères. Les moines, par leurs prières et leurs chants, doivent correspondre à la grandeur de la Parole qui leur est confiée, à son impératif de réelle beauté. De cette exigence capitale de parler avec Dieu et de Le chanter avec les mots qu'Il a Lui-même donnés est née la grande musique occidentale. Ce n'était pas là l'œuvre d'une « créativité » personnelle où l'individu, prenant comme critère essentiel la représentation de son propre moi, s'érige un monument à lui-même. Il s'agissait plutôt de reconnaître attentivement avec les « oreilles du cœur » les lois constitutives de l'harmonie musicale de la création, les formes essentielles de la musique émise par le Créateur dans le monde et en l'homme, et d'inventer une musique digne de Dieu qui soit, en même temps, authentiquement digne de l'homme et qui proclame hautement cette dignité.
Enfin, pour s'efforcer de saisir cette culture monastique occidentale de la parole, qui s'est développée à partir de la quête intérieure de Dieu, il faut au moins faire une brève allusion à la particularité du Livre ou des Livres par lesquels cette Parole est parvenue jusqu'aux moines. Vue sous un aspect purement historique ou littéraire, la Bible n'est pas un simple livre, mais un recueil de textes littéraires dont la rédaction s'étend sur plus d'un millénaire et dont les différents livres ne sont pas facilement repérables comme constituant un corpus unifié. Au contraire, des tensions visibles existent entre eux. C'est déjà le cas dans la Bible d'Israël, que nous, chrétiens, appelons l'Ancien Testament. Ça l'est plus encore quand nous, chrétiens, lions le Nouveau Testament et ses écrits à la Bible d'Israël en l'interprétant comme chemin vers le Christ. Avec raison, dans le Nouveau Testament, la Bible n'est pas de façon habituelle appelée « l'Écriture » mais « les Écritures » qui, cependant, seront ensuite considérées dans leur ensemble comme l'unique Parole de Dieu qui nous est adressée. Ce pluriel souligne déjà clairement que la Parole de Dieu nous parvient seulement à travers la parole humaine, à travers des paroles humaines, c'est-à-dire que Dieu nous parle seulement dans l'humanité des hommes, et à travers leurs paroles et leur histoire. Cela signifie, ensuite, que l'aspect divin de la Parole et des paroles n'est pas immédiatement perceptible. Pour le dire de façon moderne : l'unité des livres bibliques et le caractère divin de leurs paroles ne sont pas saisissables d'un point de vue purement historique. L'élément historique se présente dans le multiple et l'humain. Ce qui explique la formulation d'un distique médiéval qui, à première vue, apparaît déconcertant : Littera gesta docet - quid credas allegoria... (cf. Augustin de Dacie, Rotulus pugillaris, I). La lettre enseigne les faits ; l'allégorie ce qu'il faut croire, c'est-à-dire l'interprétation christologique et pneumatique.
Nous pouvons exprimer tout cela d'une manière plus simple : l'Écriture a besoin de l'interprétation, et elle a besoin de la communauté où elle s'est formée et où elle est vécue. En elle seulement, elle a son unité et, en elle, se révèle le sens qui unifie le tout. Dit sous une autre forme : il existe des dimensions du sens de la Parole et des paroles qui se découvrent uniquement dans la communion vécue de cette Parole qui crée l'histoire. À travers la perception croissante de la pluralité de ses sens, la Parole n'est pas dévalorisée, mais elle apparaît, au contraire, dans toute sa grandeur et sa dignité. C'est pourquoi le Catéchisme de l'Église catholique peut affirmer avec raison que le christianisme n'est pas au sens classique seulement une religion du livre (cf. n. 108). Le christianisme perçoit dans les paroles la Parole, le Logos lui-même, qui déploie son mystère à travers cette multiplicité. Cette structure particulière de la Bible est un défi toujours nouveau posé à chaque génération. Selon sa nature, elle exclut tout ce qu'on appelle aujourd'hui « fondamentalisme ». La Parole de Dieu, en effet, n'est jamais simplement présente dans la seule littéralité du texte. Pour l'atteindre, il faut un dépassement et un processus de compréhension qui se laisse guider par le mouvement intérieur de l'ensemble des textes et, à partir de là, doit devenir également un processus vital. Ce n'est que dans l'unité dynamique de leur ensemble que les nombreux livres ne forment qu'un Livre. La Parole de Dieu et Son action dans le monde se révèlent dans la parole et dans l'histoire humaines.
Le caractère crucial de ce thème est éclairé par les écrits de saint Paul. Il a exprimé de manière radicale ce que signifient le dépassement de la lettre et sa compréhension holistique, dans la phrase : « La lettre tue, mais l'Esprit donne la vie » (2 Co 3, 6). Et encore : « Là où est l'Esprit..., là est la liberté » (2 Co 3, 17). Toutefois, la grandeur et l'ampleur de cette perception de la Parole biblique ne peut se comprendre que si l'on écoute saint Paul jusqu'au bout, en apprenant que cet Esprit libérateur a un nom et que, de ce fait, la liberté a une mesure intérieure : « Le Seigneur, c'est l'Esprit, et là où l'Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté » (2 Co 3, 17). L'Esprit qui rend libre ne se laisse pas réduire à l'idée ou à la vision personnelle de celui qui interprète. L'Esprit est Christ, et le Christ est le Seigneur qui nous montre le chemin. Avec cette parole sur l'Esprit et sur la liberté, un vaste horizon s'ouvre, mais en même temps, une limite claire est mise à l'arbitraire et à la subjectivité, limite qui oblige fortement l'individu tout comme la communauté et noue un lien supérieur à celui de la lettre du texte : le lien de l'intelligence et de l'amour. Cette tension entre le lien et la liberté, qui va bien au-delà du problème littéraire de l'interprétation de l'Écriture, a déterminé aussi la pensée et l'œuvre du monachisme et a profondément modelé la culture occidentale. Cette tension se présente à nouveau à notre génération comme un défi face aux deux pôles que sont, d'un côté, l'arbitraire subjectif, de l'autre, le fanatisme fondamentaliste. Si la culture européenne d'aujourd'hui comprenait désormais la liberté comme l'absence totale de liens, cela serait fatal et favoriserait inévitablement le fanatisme et l'arbitraire. L'absence de liens et l'arbitraire ne sont pas la liberté, mais sa destruction.
En considérant « l'école du service du Seigneur » - comme Benoît appelait le monachisme -, nous avons jusque-là porté notre attention prioritairement sur son orientation vers la parole, vers l'« ora ». Et, de fait, c'est à partir de là que se détermine l'ensemble de la vie monastique. Mais notre réflexion resterait incomplète si nous ne fixions pas aussi notre regard, au moins brièvement, sur la deuxième composante du monachisme, désignée par le terme « labora ». Dans le monde grec, le travail physique était considéré comme l'œuvre des esclaves. Le sage, l'homme vraiment libre, se consacrait uniquement aux choses de l'esprit ; il abandonnait le travail physique, considéré comme une réalité inférieure, à ces hommes qui n'étaient pas supposés atteindre cette existence supérieure, celle de l'esprit. La tradition juive était très différente : tous les grands rabbins exerçaient parallèlement un métier artisanal. Paul, comme rabbi puis comme héraut de l'Évangile aux Gentils, était un fabricant de tentes et il gagnait sa vie par le travail de ses mains. Il n'était pas une exception, mais il se situait dans la tradition commune du rabbinisme. Le monachisme chrétien a accueilli cette tradition : le travail manuel en est un élément constitutif. Dans sa Regula, Benoît ne parle pas au sens strict de l'école, même si l'enseignement et l'apprentissage - comme nous l'avons vu - étaient acquis dans les faits ; en revanche, il parle explicitement du travail (cf. chap. 48). Augustin avait fait de même en consacrant au travail des moines un livre particulier. Les chrétiens, s'inscrivant dans la tradition pratiquée depuis longtemps par le judaïsme, devaient, en outre, se sentir interpellés par la parole de Jésus dans l'Évangile de Jean, où il défendait son action le jour du shabbat : « Mon Père (...) est toujours à l'œuvre, et moi aussi je suis à l'œuvre » (5, 17). Le monde gréco-romain ne connaissait aucun Dieu Créateur. La divinité suprême selon leur vision ne pouvait pas, pour ainsi dire, se salir les mains par la création de la matière. L'« ordonnancement » du monde était le fait du démiurge, une divinité subordonnée. Le Dieu de la Bible est bien différent : Lui, l'Un, le Dieu vivant et vrai, est également le Créateur. Dieu travaille, Il continue d'œuvrer dans et sur l'histoire des hommes. Et dans le Christ, Il entre comme Personne dans l'enfantement laborieux de l'histoire. « Mon Père est toujours à l'œuvre et moi aussi je suis à l'œuvre. » Dieu Lui-même est le Créateur du monde, et la création n'est pas encore achevée. Dieu travaille ! C'est ainsi que le travail des hommes devait apparaître comme une expression particulière de leur ressemblance avec Dieu qui rend l'homme participant à l'œuvre créatrice de Dieu dans le monde. Sans cette culture du travail qui, avec la culture de la parole, constitue le monachisme, le développement de l'Europe, son ethos et sa conception du monde sont impensables. L'originalité de cet ethos devrait cependant faire comprendre que le travail et la détermination de l'histoire par l'homme sont une collaboration avec le Créateur, qui ont en Lui leur mesure. Là où cette mesure vient à manquer et là où l'homme s'élève lui-même au rang de créateur déiforme, la transformation du monde peut facilement aboutir à sa destruction.
Nous sommes partis de l'observation que, dans l'effondrement de l'ordre ancien et des antiques certitudes, l'attitude de fond des moines était le quaerere Deum - se mettre à la recherche de Dieu. C'est là, pourrions-nous dire, l'attitude vraiment philosophique : regarder au-delà des réalités pénultièmes et se mettre à la recherche des réalités ultimes qui sont vraies. Celui qui devenait moine s'engageait sur un chemin élevé et long, il était néanmoins déjà en possession de la direction : la Parole de la Bible dans laquelle il écoutait Dieu parler. Dès lors, il devait s'efforcer de Le comprendre pour pouvoir aller à Lui. Ainsi, le cheminement des moines, tout en restant impossible à évaluer dans sa progression, s'effectuait au cœur de la Parole reçue. La quête des moines comprend déjà en soi, dans une certaine mesure, sa résolution. Pour que cette recherche soit possible, il est nécessaire qu'il existe dans un premier temps un mouvement intérieur qui suscite non seulement la volonté de chercher, mais qui rende aussi crédible le fait que dans cette Parole se trouve un chemin de vie, un chemin de vie sur lequel Dieu va à la rencontre de l'homme pour lui permettre de venir à Sa rencontre. En d'autres termes, l'annonce de la Parole est nécessaire. Elle s'adresse à l'homme et forge en lui une conviction qui peut devenir vie. Afin que s'ouvre un chemin au cœur de la parole biblique en tant que Parole de Dieu, cette même Parole doit d'abord être annoncée ouvertement. L'expression classique de la nécessité pour la foi chrétienne de se rendre communicable aux autres se résume dans une phrase de la Première Lettre de Pierre, que la théologie médiévale regardait comme le fondement biblique du travail des théologiens : « Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte (logos) de l'espérance qui est en vous » (3, 15). (Logos, la raison de l'espérance, doit devenir apo-logie, la Parole doit devenir réponse). De fait, les chrétiens de l'Église naissante ne considéraient pas leur annonce missionnaire comme une propagande qui devait servir à augmenter l'importance de leur groupe, mais comme une nécessité intrinsèque qui dérivait de la nature de leur foi. Le Dieu en qui ils croyaient était le Dieu de tous, le Dieu Un et Vrai qui s'était fait connaître au cours de l'histoire d'Israël et, finalement, à travers son Fils, apportant ainsi la réponse qui concernait tous les hommes et que, au plus profond d'eux-mêmes, tous attendent. L'universalité de Dieu et l'universalité de la raison ouverte à Lui constituaient pour eux la motivation et, à la fois, le devoir de l'annonce. Pour eux, la foi ne dépendait pas des habitudes culturelles, qui sont diverses selon les peuples, mais relevait du domaine de la vérité qui concerne, de manière égale, tous les hommes.
Le schéma fondamental de l'annonce chrétienne ad extra - aux hommes qui, par leurs questionnements, sont en recherche - se dessine dans le discours de saint Paul à l'Aréopage. N'oublions pas qu'à cette époque, l'Aréopage n'était pas une sorte d'académie où les esprits les plus savants se rencontraient pour discuter sur les sujets les plus élevés, mais un tribunal qui était compétent en matière de religion et qui devait s'opposer à l'intrusion de religions étrangères. C'est précisément ce dont on accuse Paul : « On dirait un prêcheur de divinités étrangères » (Ac 17, 18). Ce à quoi Paul réplique : « J'ai trouvé chez vous un autel portant cette inscription : "Au dieu inconnu". Or, ce que vous vénérez sans le connaître, je viens vous l'annoncer » (cf. 17, 23). Paul n'annonce pas des dieux inconnus. Il annonce Celui que les hommes ignorent et pourtant connaissent : l'Inconnu-Connu. C'est Celui qu'ils cherchent, et dont, au fond, ils ont connaissance et qui est cependant l'Inconnu et l'Inconnaissable. Au plus profond, la pensée et le sentiment humains savent de quelque manière que Dieu doit exister et qu'à l'origine de toutes choses, il doit y avoir non pas l'irrationalité, mais la Raison créatrice, non pas le hasard aveugle, mais la liberté. Toutefois, bien que tous les hommes le sachent d'une certaine façon - comme Paul le souligne dans la Lettre aux Romains (1, 21) - cette connaissance demeure ambiguë : un Dieu seulement pensé et élaboré par l'esprit humain n'est pas le vrai Dieu. Si Lui ne se montre pas, quoi que nous fassions, nous ne parvenons pas pleinement jusqu'à Lui. La nouveauté de l'annonce chrétienne c'est la possibilité de dire maintenant à tous les peuples : Il s'est montré, Lui personnellement. Et à présent, le chemin qui mène à Lui est ouvert. La nouveauté de l'annonce chrétienne réside en un fait : Dieu s'est révélé. Ce n'est pas un fait nu mais un fait qui, lui-même, est Logos - présence de la Raison éternelle dans notre chair. Verbum caro factum est (Jn 1, 14) : il en est vraiment ainsi en réalité, à présent, le Logos est là, le Logos est présent au milieu de nous. C'est un fait rationnel. Cependant, l'humilité de la raison sera toujours nécessaire pour pouvoir l'accueillir. Il faut l'humilité de l'homme pour répondre à l'humilité de Dieu.
Sous de nombreux aspects, la situation actuelle est différente de celle que Paul a rencontrée à Athènes, mais, tout en étant différente, elle est aussi, en de nombreux points, très analogue. Nos villes ne sont plus remplies d'autels et d'images représentant de multiples divinités. Pour beaucoup, Dieu est vraiment devenu le grand Inconnu. Malgré tout, comme jadis où derrière les nombreuses représentations des dieux était cachée et présente la question du Dieu inconnu, de même, aujourd'hui, l'actuelle absence de Dieu est aussi tacitement hantée par la question qui Le concerne. Quaerere Deum - chercher Dieu et se laisser trouver par Lui : cela n'est pas moins nécessaire aujourd'hui que par le passé. Une culture purement positiviste, qui renverrait dans le domaine subjectif, comme non scientifique, la question concernant Dieu, serait la capitulation de la raison, le renoncement à ses possibilités les plus élevées et donc un échec de l'humanisme, dont les conséquences ne pourraient être que graves. Ce qui a fondé la culture de l'Europe, la recherche de Dieu et la disponibilité à L'écouter, demeure aujourd'hui encore le fondement de toute culture véritable.
Merci beaucoup.
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Discours de Benoît XVI à Notre-Dame de Paris en présence du clergé
ROME, Vendredi 12 septembre 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le discours que le pape Benoît XVI a prononcé au cours des Vêpres, à Notre-Dame de Paris, en présence du clergé et des personnes consacrées, ce vendredi après-midi.
Chers Frères Cardinaux et Évêques,
Messieurs les Chanoines du Chapitre,
Messieurs les Chapelains de Notre-Dame,
Chers prêtres et diacres,
Chers amis membres des Églises et Communautés ecclésiales non catholiques,
Chers frères et sœurs !
Béni soit Dieu qui nous permet de nous retrouver en un lieu si cher au cœur des Parisiens, mais aussi de tous les Français ! Béni soit Dieu qui nous donne la grâce de Lui faire l'hommage de notre prière vespérale pour Lui rendre la louange qu'Il mérite avec les paroles que la liturgie de l'Église a héritées de la liturgie synagogale pratiquée par le Christ et par ses premiers disciples ! Oui, béni soit Dieu de venir ainsi à notre aide - in adiutorium nostrum - pour nous aider à faire monter vers Lui l'offrande du sacrifice de nos lèvres !
Nous voici dans l'église mère du diocèse de Paris, la cathédrale Notre-Dame, qui se dresse au cœur de la cité comme un signe vivant de la présence de Dieu au milieu des hommes. Mon prédécesseur Alexandre III en posa la première pierre, les Papes Pie VII et Jean-Paul II l'honorèrent de leur visite, et je suis heureux de m'inscrire à leur suite, après y être venu voici un quart de siècle pour y prononcer une conférence sur la catéchèse. Il est difficile de ne pas rendre grâce à Celui qui a créé la matière aussi bien que l'esprit, pour la beauté de l'édifice qui nous reçoit. Les chrétiens de Lutèce avaient déjà construit une cathédrale dédiée à saint Étienne, premier martyr, mais, devenue trop exiguë, elle fut remplacée progressivement, entre le XIIe et le XIVe siècle, par celle que nous admirons de nos jours. La foi du Moyen Âge a bâti les cathédrales, et vos ancêtres sont venus ici pour louer Dieu, lui confier leurs espérances et lui dire leur amour. De grands événements religieux et civils se sont déroulés dans ce sanctuaire où les architectes, les peintres, les sculpteurs et les musiciens ont donné le meilleur d'eux-mêmes. Qu'il suffise de rappeler, parmi bien d'autres, les noms de l'architecte Jean de Chelles, du peintre Charles Le Brun, du sculpteur Nicolas Coustou et des organistes Louis Vierne et Pierre Cochereau. L'art, chemin vers Dieu, et la prière chorale, louange de l'Église au Créateur, ont aidé Paul Claudel, venu assister aux vêpres du jour de Noël 1886, à trouver le chemin vers une expérience personnelle de Dieu. Il est significatif que Dieu ait illuminé son âme précisément pendant le chant du Magnificat, dans lequel l'Église écoute le cantique de la Vierge Marie, sainte Patronne de ces lieux, qui rappelle au monde que le Tout-Puissant a exalté les humbles (cf. Lc 1, 52). Théâtre de conversions moins connues, mais non moins réelles, chaire où des prédicateurs de l'Évangile, comme les Pères Lacordaire, Monsabré et Samson, ont su transmettre la flamme de leur passion aux auditoires les plus variés, la cathédrale Notre-Dame demeure à juste titre l'un des monuments les plus célèbres du patrimoine de votre pays. Les reliques de la Vraie Croix et de la Couronne d'épines, que je viens de vénérer, comme on le fait depuis saint Louis, y ont trouvé aujourd'hui un écrin digne d'elles, qui constitue l'offrande de l'esprit des hommes à l'Amour créateur.
Témoin (...) de l'échange incessant que Dieu a voulu établir entre les hommes et Lui, la Parole vient de retentir sous les voûtes historiques de cette cathédrale pour être la matière de notre sacrifice du soir, souligné par l'offrande de l'encens qui rend visible notre louange à Dieu. Providentiellement, les paroles du psalmiste décrivent l'émotion de notre âme avec une justesse que nous n'aurions osé imaginer : « Quelle joie quand on m'a dit : nous irons dans la maison du Seigneur ! » (Ps 121, 1.) Laetatus sum in his quae dicta sunt mihi : la joie du psalmiste, enclose dans les paroles mêmes du psaume, se répand dans nos cœurs et y suscite un profond écho. Notre joie est bien d'aller dans la maison du Seigneur, car, les Pères nous l'ont enseigné, cette maison n'est autre que le symbole concret de la Jérusalem d'en haut, celle qui descend vers nous (cf. Ap 21, 2) pour nous offrir la plus belle des demeures. « Si nous y séjournons, écrit saint Hilaire de Poitiers, nous sommes concitoyens des saints et membres de la famille de Dieu, car c'est la maison de Dieu » (traité sur le Psaume 121, 2). Et saint Augustin renchérit : « Ce psaume aspire à la Jérusalem céleste... C'est un cantique des degrés, qui ne sont pas faits pour descendre, mais pour monter... Dans notre exil, nous soupirons, mais nous rencontrons parfois des compagnons qui ont vu la cité sainte et qui nous invitent à y courir » (Enarratio sur le Psaume 121, 2). Chers amis, au cours de ces vêpres , nous rejoignons par la pensée et dans la prière les innombrables voix de ceux et de celles qui ont chanté ce psaume, ici même, avant nous, depuis des siècles et des siècles. Nous rejoignons ces pèlerins qui montaient vers Jérusalem et vers les degrés de son Temple, nous rejoignons les milliers d'hommes et de femmes qui ont compris que leur pèlerinage sur la terre trouverait son terme au ciel, dans la Jérusalem éternelle, et qui ont fait confiance au Christ pour les y mener. Quelle joie, en effet, de nous savoir invisiblement entourés par une telle foule de témoins !
Notre marche vers la cité sainte ne serait pas possible si elle ne se faisait en Église, germe et préfiguration de la Jérusalem d'en haut. « Si le Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain » (Ps 126, 1). Qui est ce Seigneur, sinon Notre Seigneur Jésus Christ. C'est Lui qui a fondé son Église, qui l'a bâtie sur le roc, sur la foi de l'Apôtre Pierre. Comme le dit encore saint Augustin, « c'est Jésus Christ, Lui-même, Notre Seigneur, qui construit son temple. Beaucoup se fatiguent à bâtir, mais si le Seigneur n'en construit un, c'est en vain que travaillent ceux qui construisent » (Traité sur le Psaume 126, 2). Or, chers amis, Augustin se pose la question de savoir quels sont ces travailleurs ; et il répond lui-même : « Ceux qui prêchent dans l'Église la parole de Dieu, qui administrent les sacrements. Nous courons tous maintenant, nous travaillons tous, nous édifions tous », mais c'est Dieu seul qui, en nous, « édifie, qui avertit, qui ouvre l'intelligence, qui applique notre esprit aux vérités de la foi » (ibid.). Quelle merveille revêt notre action au service de la Parole divine ! Nous sommes les instruments de l'Esprit ; Dieu a l'humilité de passer par nous pour répandre sa Parole. Nous devenons sa voix, après avoir tendu l'oreille vers sa bouche. Nous mettons sa Parole sur nos lèvres pour la donner au monde. L'offrande de notre prière est agréé par Lui et Lui sert pour se communiquer à tous ceux que nous rencontrons. En vérité, comme Paul le dit aux Éphésiens, « Il nous a comblés de sa bénédiction spirituelle en Jésus Christ » (1, 3), puisqu'il nous a choisis pour être ses témoins jusqu'aux extrémités de la terre et qu'il nous a élus dès avant notre conception, par un don mystérieux de sa grâce.
Le Verbe, Sa Parole, qui depuis toujours était auprès de Lui (cf. Jn 1, 1), est né d'une Femme, est né sujet de la Loi, « pour racheter ceux qui étaient sujets de la Loi et pour faire de nous des fils » (Ga 4, 4-5). Dieu a pris chair dans le sein d'une Femme, d'une Vierge. Votre cathédrale est une vivante hymne de pierre et de lumière à la louange de cet acte unique de l'histoire de l'humanité : la Parole éternelle de Dieu entrant dans l'histoire des hommes à la plénitude des temps pour les racheter par l'offrande de lui-même dans le sacrifice de la Croix. Nos liturgies de la terre, tout entières ordonnées à la célébration de cet Acte unique de l'histoire, ne parviendront jamais à en exprimer totalement l'infinie densité. La beauté des rites ne sera, certes, jamais assez recherchée, assez soignée, assez travaillée, puisque rien n'est trop beau pour Dieu, qui est la Beauté infinie. (...) Nos liturgies de la terre ne pourront jamais être qu'un pâle reflet de la liturgie céleste, qui se célèbre dans la Jérusalem d'en haut, objet du terme de notre pèlerinage sur terre. Puissent, pourtant, nos célébrations s'en approcher le plus possible et la faire pressentir !
Dès maintenant, la Parole de Dieu nous est donnée pour être l'âme de notre apostolat, l'âme de notre vie de prêtres. Chaque matin, la Parole nous réveille. Chaque matin, le Seigneur Lui-même nous « ouvre l'oreille » (Is 50, 5) par les psaumes de l'Office des lectures et des Laudes. Tout au long de la journée, la Parole de Dieu devient la matière de la prière de l'Église tout entière, qui veut ainsi témoigner de sa fidélité au Christ. Selon la célèbre formule de saint Jérôme, qui sera reprise au cours de la XIIe Assemblée du Synode des Évêques, au mois d'octobre prochain : « Ignorer les Écritures, c'est ignorer le Christ » (Prologue du commentaire d'Isaïe). Chers frères prêtres, n'ayez pas peur de consacrer beaucoup de temps à la lecture, à la méditation de l'Écriture et à la prière de l'Office Divin ! Presque à votre insu la Parole lue et méditée en Église agit sur vous et vous transforme. Comme manifestation de la Sagesse de Dieu, si elle devient la « compagne » de votre vie, elle sera votre « conseillère pour le bien », votre « réconfort dans les soucis et dans la tristesse » (Sg 8, 9).
« La Parole de Dieu est vivante, énergique et plus coupante qu'une épée à deux tranchants », comme l'écrit l'auteur de la Lettre aux Hébreux (He 4, 12). À vous, chers séminaristes, qui vous préparez à recevoir le sacrement de l'Ordre, afin de participer à la triple charge d'enseigner, de gouverner et de sanctifier, cette Parole est remise comme un bien précieux. Grâce à elle, que vous méditez quotidiennement, vous entrez dans la vie même du Christ que vous serez appelés à répandre autour de vous. Par sa parole, le Seigneur Jésus a institué le Saint Sacrement de son Corps et de son Sang ; par sa parole, il a guéri les malades, chassé les démons, pardonné les péchés ; par sa parole, il a révélé aux hommes les mystères cachés du Royaume. Vous êtes destinés à devenir dépositaires de cette Parole efficace, qui fait ce qu'elle dit. Entretenez toujours en vous le goût de la Parole de Dieu ! Apprenez, grâce à elle, à aimer tous ceux qui seront placés sur votre route. Personne n'est de trop dans l'Église, personne ! Tout le monde peut et doit y trouver sa place.
Et vous, chers diacres, qui êtes d'efficaces collaborateurs des Évêques et des prêtres, continuez à aimer la Parole de Dieu : vous proclamez l'Évangile au cœur de la célébration eucharistique ; vous le commentez dans la catéchèse pour vos frères et vos sœurs : mettez-le au centre de votre vie, de votre service du prochain, de votre diaconie tout entière. Sans chercher à remplacer les prêtres, mais en les aidant avec amitié et efficacité, soyez de vivants témoins de la puissance infinie de la Parole divine !
À un titre particulier, les religieux, les religieuses et toutes les personnes consacrées vivent de la Sagesse de Dieu, exprimée par sa Parole. La profession des conseils évangéliques vous a configurés, chers consacrés, à Celui qui, pour nous, s'est fait pauvre, obéissant et chaste. Votre seule richesse - la seule, à dire vrai, qui franchira les siècles et le rideau de la mort -, c'est bien la Parole du Seigneur. C'est Lui qui a dit : « Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront jamais » (Mt 24, 35). Votre obéissance est, étymologiquement, une écoute, puisque le mot « obéir » vient du latin obaudire, qui signifie tendre l'oreille vers quelque chose ou quelqu'un. En obéissant, vous tournez votre âme vers Celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie (cf. Jn 14, 6) et qui vous dit, comme Benoît l'enseignait à ses moines : « Écoute, mon fils, les instructions du maître et prête l'oreille de ton cœur » (Prologue de la Règle de saint Benoît). Enfin, vous vous laissez purifier chaque jour par Celui qui nous a dit : « Tout sarment qui donne du fruit, mon Père le nettoie, pour qu'il en donne davantage » (Jn 15, 2). La pureté de la Parole divine est le modèle de votre propre chasteté ; elle en garantit la fécondité spirituelle.
Avec une confiance indéfectible en la puissance de Dieu qui nous a sauvés « en espérance » (cf. Rm 8, 24) et qui veut faire de nous un seul troupeau sous la houlette d'un seul pasteur, le Christ Jésus, je prie pour l'unité de l'Église. Je salue avec respect et affection les représentants des Églises chrétiennes et des communautés ecclésiales, venus prier fraternellement les Vêpres avec nous dans cette cathédrale. La puissance de la Parole de Dieu est telle que nous pouvons tous lui être confiés, comme le fit jadis saint Paul, notre intercesseur privilégié en cette année. Prenant congé à Milet des anciens de la ville d'Éphèse, il n'hésitait pas à les confier « à Dieu et à son message de grâce » (Ac 20, 32), tout en les mettant en garde contre toute forme de division. C'est le sens de cette unité de la Parole de Dieu, signe, gage et garante de l'unité de l'Église, que je demande ardemment au Seigneur de faire grandir en nous : pas d'amour dans l'Église sans amour de la Parole, pas d'Église sans unité autour du Christ rédempteur, pas de fruits de la rédemption sans amour de Dieu et du prochain, selon les deux commandements qui résument toute l'Écriture sainte !
Chers frères et sœurs, en Notre Dame, nous avons le plus bel exemple de la fidélité à la Parole divine. Cette fidélité fut telle qu'elle s'accomplit en Incarnation : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole ! » (Lc 1, 38), dit Marie avec une confiance absolue. Notre prière du soir va reprendre le Magnificat de Celle que toutes les générations diront bienheureuse, car elle a cru en l'accomplissement des paroles qui lui avaient été dites de la part du Seigneur (cf. Lc 1, 45) ; elle a espéré contre toute espérance en la résurrection de son Fils ; elle a aimé l'humanité au point de lui être donnée pour Mère (cf. Jn 19, 27). Ainsi, « dans la Parole de Dieu, Marie est vraiment chez elle, elle en sort et elle y rentre avec un grand naturel. Elle parle et pense au moyen de la Parole de Dieu ; la Parole de Dieu devient sa parole, et sa parole naît de la Parole de Dieu » (Deus caritas est, n. 41). Nous pouvons lui dire avec sérénité : « Sainte Marie, Mère de Dieu, notre Mère, enseigne-nous à croire, à espérer et à aimer avec toi. Indique-nous le chemin vers son règne ! » (Spe salvi, n. 50).
Amen.
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Benoît XVI à Paris : Discours aux jeunes
ROME, Vendredi 12 septembre 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le discours que le pape Benoît XVI a adressé aux jeunes réunis sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame, à Paris, ce vendredi soir.
Chers jeunes,
Après le recueillement priant des Vêpres à Notre-Dame, c'est avec enthousiasme que vous me saluez ce soir, donnant ainsi un caractère festif et très sympathique à cette rencontre. Elle me rappelle celle inoubliable de juillet dernier à Sydney, à laquelle certains d'entre vous ont participé à l'occasion de la Journée Mondiale de la Jeunesse. Ce soir, je voudrais vous parler de deux points profondément liés l'un à l'autre, qui constituent un véritable trésor où vous pourrez mettre votre cœur (cf. Mt 6, 21).
Le premier se rapporte au thème choisi pour Sydney. Il est aussi celui de votre veillée de prière qui va débuter dans quelques instants. Il s'agit d'un passage tiré des Actes des Apôtres, livre que certains appellent fort justement l'Évangile du Saint Esprit : « Vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins » (Ac 1, 8). Le Seigneur vous le dit à vous maintenant. Sydney a fait redécouvrir à de nombreux jeunes l'importance de l'Esprit Saint, dans notre vie, dans la vie du chrétien. L'Esprit nous met intimement en rapport avec Dieu, chez qui se trouve la source de toute richesse humaine authentique. Tous, vous cherchez à aimer et à être aimés ! C'est vers Dieu que vous devez vous tourner pour apprendre à aimer et pour avoir la force d'aimer. L'Esprit, qui est Amour, peut ouvrir vos cœurs pour recevoir le don de l'amour authentique. Tous, vous cherchez la vérité et vous voulez en vivre, en vivre réellement ! Cette vérité, c'est le Christ. Il est le seul Chemin, l'unique Vérité et la vraie Vie. Suivre le Christ signifie véritablement « prendre le large », comme le disent à plusieurs reprises les Psaumes. La route de la Vérité est en même temps une et multiple, selon les divers charismes de chacun, tout comme la Vérité est une et à la fois d'une richesse inépuisable. Confiez-vous à l'Esprit Saint pour découvrir le Christ. L'Esprit est le guide nécessaire de la prière, l'âme de notre espérance et la source de la vraie joie.
Pour approfondir ces vérités de foi, je vous encourage à méditer la grandeur du sacrement de la Confirmation que vous avez reçu et qui vous introduit dans une vie de foi adulte. Il est urgent de mieux comprendre ce sacrement pour vérifier la qualité et la profondeur de votre foi et pour l'affermir. L'Esprit Saint vous fait approcher du Mystère de Dieu et vous fait comprendre qui est Dieu. Il vous invite à voir dans votre prochain, le frère que Dieu vous a donné pour vivre avec lui en communion, humainement et spirituellement, pour vivre en Église, donc. En vous révélant qui est le Christ, mort et ressuscité pour nous, Il vous pousse à témoigner. Vous êtes à l'âge de la générosité. Il est urgent de parler du Christ autour de vous, à vos familles et à vos amis, sur vos lieux d'études, de travail ou de loisirs. N'ayez pas peur ! Ayez « le courage de vivre l'évangile et l'audace de le proclamer » (Message aux jeunes du Monde, 20 juillet 2007). Pour cela, je vous encourage à avoir les mots qu'il faut pour annoncer Dieu autour de vous, appuyant votre témoignage sur la force de l'Esprit demandé dans la prière. Portez la Bonne Nouvelle aux jeunes de votre âge et aussi aux autres. Ils connaissent les turbulences des affections, le souci et l'incertitude face au travail et aux études. Ils affrontent des souffrances et ils font l'expérience de joies uniques. Témoignez de Dieu, car, en tant que jeunes, vous faites pleinement partie de la communauté catholique en vertu de votre baptême et en raison de la commune profession de foi (cf. Ep 4, 5). L'Église vous fait confiance, je tiens à vous le dire !
En cette année dédiée à saint Paul, je voudrais vous confier un second trésor, qui était au centre de la vie de cet Apôtre fascinant. Il s'agit du mystère de la Croix. Dimanche, à Lourdes, je célèbrerai la fête de la Croix Glorieuse en me joignant à d'innombrables pèlerins. Beaucoup d'entre vous portent autour de leur cou une chaîne avec une croix. Moi aussi, j'en porte une, comme tous les Évêques d'ailleurs. Ce n'est pas un ornement, ni un bijou. C'est le symbole précieux de notre foi, le signe visible et matériel du ralliement au Christ. Saint Paul parle clairement de la croix au début de sa première Lettre aux Corinthiens. A Corinthe, vivait une communauté agitée et turbulente qui était exposée aux dangers de la corruption de la vie ambiante. Ces dangers sont semblables à ceux que nous connaissons aujourd'hui. Je ne citerais que les suivants: les querelles et les luttes au sein de la communauté des croyants, la séduction offerte par de pseudo sagesses religieuses ou philosophiques, la superficialité de la foi et la morale dissolue. Saint Paul débute sa Lettre en écrivant : « Le langage de la croix est folie pour ceux qui vont vers leur perte, mais pour ceux qui vont vers le salut, pour nous, il est puissance de Dieu » (1 Co 1,18). Puis l'Apôtre montre l'opposition singulière qui existe entre la sagesse et la folie, selon Dieu et selon les hommes. Il en parle lorsqu'il évoque la fondation de l'Église à Corinthe et au sujet de sa propre prédication. Il conclut en insistant sur la beauté de la sagesse de Dieu que le Christ et, à sa suite, ses Apôtres sont venus enseigner au monde et aux chrétiens. Cette sagesse, mystérieuse et demeurée cachée (cf. 1 Co 2, 7), nous a été révélée par l'Esprit car « l'homme qui n'a que ses forces d'homme ne peut pas saisir ce qui vient de l'Esprit de Dieu ; pour lui ce n'est que folie, et il ne peut pas comprendre, car c'est par l'Esprit qu'on en juge » (1 Co 2, 14).
L'Esprit ouvre l'intelligence humaine à de nouveaux horizons qui la dépassent et lui fait comprendre que l'unique vraie sagesse réside dans la grandeur du Christ. Pour les chrétiens, la Croix symbolise la sagesse de Dieu et son amour infini révélé dans le don salvifique du Christ mort et ressuscité pour la vie du monde, pour la vie de chacun et de chacune d'entre vous en particulier. Puisse cette découverte bouleversante de Dieu qui s'est fait homme par amour vous inviter à respecter et à vénérer la Croix ! Elle est non seulement le signe de votre vie en Dieu et de votre salut, mais elle est aussi - vous le comprenez - le témoin muet des douleurs des hommes et, en même temps, l'expression unique et précieuse de toutes leurs espérances. Chers jeunes, je sais que vénérer la Croix attire aussi parfois la raillerie et même la persécution. La Croix compromet en quelque sorte la sécurité humaine, mais elle affermit, aussi et surtout, la grâce de Dieu et confirme notre salut. Ce soir, je vous confie la Croix du Christ.
L'Esprit Saint vous en fera comprendre les mystères d'amour et vous crierez alors avec Saint Paul : « Pour moi, que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste mon seul orgueil. Par elle, le monde est à jamais crucifié pour moi, comme moi pour le monde » (Gal 6, 14). Paul avait compris la parole de Jésus - apparemment paradoxale - selon laquelle c'est seulement en donnant («en perdant ») sa propre vie qu'on peut la trouver (cf. Mc 8, 35 ; Jn 12, 24) et il en avait conclu que la Croix exprime la loi fondamentale de l'amour et est la formulation parfaite de la vraie vie. Puisse l'approfondissement du mystère de la Croix faire découvrir à certains d'entre vous l'appel à servir le Christ de manière plus totale dans la vie sacerdotale ou religieuse !
Il est temps maintenant de commencer la veillée de prière pour laquelle vous vous êtes rassemblés ce soir. N'oubliez pas les deux trésors que le Pape vous a présentés ce soir : l'Esprit Saint et la Croix ! Je voudrais, pour conclure vous dire encore une fois que je vous fais confiance, chers jeunes, et je voudrais que vous éprouviez aujourd'hui et demain l'estime et l'affection de l'Église, et le monde verra ainsi l'Église vivante ! Que Dieu vous accompagne chaque jour et qu'Il vous bénisse ainsi que vos familles et vos amis.
Bien volontiers, je vous donne la Bénédiction Apostolique ainsi qu'à tous les jeunes de France.
Merci pour votre foi et bonne veillée.
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Benoît XVI à Paris : Salutation du balcon de la Nonciature apostolique
ROME, Samedi 13 septembre 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le texte de la salutation que le pape Benoît XVI a adressée vendredi soir aux fidèles, du balcon de la Nonciature apostolique à Paris.
Chers amis,
Votre accueil si chaleureux émeut le Pape ! Merci d'avoir bien voulu m'attendre ici malgré l'heure tardive et de façon si enthousiaste !
Ces prochaines journées à Paris et à Lourdes me procurent déjà beaucoup de joie. Je rends grâce au Seigneur qui m'a donné de réaliser ce premier voyage pastoral en France comme successeur de Pierre et de trouver une réponse si encourageante chez les fidèles.
Je suis heureux de venir me joindre demain à la foule des pèlerins de Lourdes pour célébrer le Jubilé des Apparitions de la Vierge. Les catholiques en France ont plus que jamais besoin de renouveler leur confiance en Marie, reconnaissant en Elle le modèle de leur engagement au service de l'Évangile. Mais avant mon départ pour Lourdes, je vous attends tous demain matin pour la célébration de l'Eucharistie sur l'Esplanade des Invalides.
Je compte sur vous et sur vos prières pour que ce voyage porte du fruit. Que la Vierge Marie vous garde ! De tout cœur, je vous donne la Bénédiction Apostolique.
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Discours du pape à l’Institut de France
ROME, Samedi 13 septembre 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le texte du discours que le pape Benoît XVI a adressé vendredi après-midi à l'Institut de France.
Monsieur le Chancelier,
Madame et Messieurs les Secrétaires Perpétuels des Cinq Académies,
Messieurs les Cardinaux,
Chers frères dans l'Épiscopat et le Sacerdoce,
Chers Amis Académiciens, Mesdames et Messieurs !
C'est pour moi un très grand honneur d'être reçu ce matin sous la Coupole. Je vous remercie (...) de vos paroles d'accueil pleines de courtoisie et de la médaille que vous avez bien voulu m'offrir. Je ne pouvais pas venir à Paris sans vous saluer personnellement. Il m'est agréable de profiter de cette heureuse occasion pour souligner les liens profonds qui m'attachent à la culture française pour laquelle j'éprouve une grande admiration. Dans mon parcours intellectuel, la rencontre avec la culture française a eu une importance singulière. Je saisis volontiers l'occasion qui m'est donnée pour exprimer à son égard ma gratitude, à titre personnel et comme successeur de Pierre. La plaque que nous venons de dévoiler gardera le souvenir de notre rencontre.
Rabelais affirmait fort justement en son temps : « Science sans conscience n'est que ruine de l'âme ! » (Pantagruel, 8). C'est pour contribuer à éviter le risque d'une semblable dichotomie que, au mois de janvier, et pour la première fois en trois siècles et demi, deux Académies de l'Institut, deux Académies Pontificales et l'Institut Catholique de Paris ont organisé un Colloque inter-académique sur l'identité changeante de l'individu qui a illustré l'intérêt de larges recherches pluridisciplinaires. Cette initiative pourrait se poursuivre afin d'explorer en commun les innombrables sentiers des sciences humaines et expérimentales. Ce voeu s'accompagne de la prière que je fais monter vers le Seigneur pour vous, pour les personnes qui vous sont chères et pour tous les membres des Académies, ainsi que pour tout le personnel de l'Institut de France. Que Dieu vous bénisse !
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Le cardinal Vingt-Trois accueille le pape aux Invalides
ROME, Samedi 13 septembre 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le texte de l'allocution de bienvenue que le cardinal André Vingt-Trois a prononcée à l'arrivée de Benoît XVI sur l'esplanade des Invalides, à Paris, avant la messe que le pape a présidée, ce samedi matin 13 septembre.
Très Saint Père,
« Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » Permettez-moi de vous saluer ce matin à l'aide de cette salutation biblique qui inscrit notre rassemblement dans sa dimension sacramentelle et spirituelle. C'est avec une immense joie et une profonde gratitude que nous vous accueillons aujourd'hui dans ce cadre grandiose, nous, habitants de Paris et de l'Ile de France, mais aussi représentants de nombreux diocèses français qui ont fait souvent une longue route pour participer ce matin à la célébration que vous présidez.
Toutes les générations sont ici représentées et vous retrouvez le groupe important des jeunes auxquels vous vous êtes adressé hier soir devant la cathédrale et qui, cette nuit, ont tracé dans la ville endormie un chemin de lumière, signe de l'espérance que représentent leur foi chrétienne et leur engagement dans la cité.
Comme d'autres pays d'Europe occidentale, la France, et particulièrement Paris et sa région, sont un véritable carrefour des peuples et des nationalités. Ici, les Églises chrétiennes des rites orientaux sont largement représentées : arméniens, ukrainiens, maronites, coptes, syriaques, chaldéens, et grecs-melchites, grecs catholiques roumains et russes, constituent en France des communautés vivantes. Mais ici aussi se rejoignent de nombreux immigrés des cinq continents : européens de différents pays, océaniens, américains, africains et asiatiques sont rassemblés dans plus de cinquante communautés nationales.
Certains sont immigrés depuis plusieurs générations et très enracinés dans notre société française, d'autres sont arrivés plus récemment. Beaucoup parmi eux ont du quitter leur pays, leur maison et leur famille, chassés par la guerre ou la répression politique ou tout simplement par la misère économique. Nos communautés chrétiennes sont heureuses de les accueillir et de les aider à trouver leur place parmi nous, comme ils ont leur place à la table eucharistique. Nous voulons aussi que notre pays contribue de manière significative et durable au développement de leurs pays d'origine et à leur assainissement politique, de façon qu'ils puissent retrouver leurs familles quand ils le souhaiteront.
Très Saint Père,
Nous nous réjouissons que notre profonde communion avec vous et, par vous, avec l'Église universelle, s'exprime et se fortifie dans la même profession de foi ; qu'elle s'alimente et se nourrisse à la table commune où le Seigneur nous donne la Parole et le Pain de Vie ; qu'elle s'approfondisse et se développe par les liens de la charité. Successeur de Pierre, vous présidez à la communion et à la charité et nous voulons manifester l'unité de notre Église en communiant avec vous dans une unique célébration comme nous avons « un seul Seigneur, une seule foi, un seul Dieu et Père. »
« Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! »
+ André card. VINGT-TROIS
Benoît XVI à Paris : Homélie aux Invalides
ROME, Samedi 13 septembre 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le texte de l'homélie que le pape Benoît XVI a prononcée lors de la messe qu'il a présidée, ce dimanche matin, sur l'esplanade des Invalides, à Paris.
Monsieur le Cardinal Vingt-Trois,
Messieurs les Cardinaux et Chers Frères dans l'Épiscopat,
Frères et soeurs dans le Christ,
Jésus-Christ nous rassemble en cet admirable lieu, au coeur de Paris, en ce jour où l'Église universelle fête saint Jean Chrysostome, l'un de ses plus grands Docteurs qui par son témoignage de vie et son enseignement, a montré efficacement aux chrétiens la route à suivre. Je salue avec joie toutes les Autorités qui m'ont accueilli en cette noble cité, tout spécialement le Cardinal André Vingt-Trois, que je remercie pour ses aimables paroles. Je salue aussi tous les Évêques, les Prêtres, les Diacres qui m'entourent pour la célébration du sacrifice du Christ. Je remercie toutes les Personnalités, en particulier Monsieur le Premier Ministre, qui ont tenu à être présentes ici ce matin ; je les assure de ma prière fervente pour l'accomplissement de leur haute mission au service de leurs concitoyens.
La première Lettre de saint Paul, adressée aux Corinthiens, nous fait découvrir, en cette année paulinienne qui s'est ouverte le 28 juin dernier, à quel point les conseils donnés par l'Apôtre restent d'actualité. « Fuyez le culte des idoles » (1Co 10, 14), écrit-il à une communauté très marquée par le paganisme et partagée entre l'adhésion à la nouveauté de 'Évangile et l'observance de vieilles pratiques héritées de ses ancêtres. Fuir les idoles, cela voulait dire alors, cesser d'honorer les divinités de l'Olympe et de leur offrir des sacrifices sanglants. Fuir les idoles, c'était se mettre à l'école des prophètes de l'Ancien Testament qui dénonçaient la tendance humaine à se forger de fausses représentations de Dieu. Comme le dit le Psaume 113 à propos des statues des idoles, elles ne sont qu' « or et argent, ouvrages de mains humaines. Elles ont une bouche et ne parlent pas, des yeux et ne voient pas, des oreilles et n'entendent pas, des narines et ne sentent pas » (4-5). Hormis le peuple d'Israël, qui avait reçu la révélation du Dieu unique, le monde antique était asservi au culte des idoles. Très présentes à Corinthe, les erreurs du paganisme devaient être dénoncées, car elles constituaient une puissante aliénation et détournaient l'homme de sa véritable destinée. Elles l'empêchaient de reconnaître que le Christ est le seul et le vrai Sauveur, le seul qui indique à l'homme le chemin vers Dieu.
Cet appel à fuir les idoles reste pertinent aujourd'hui. Le monde contemporain ne s'est-il pas créé ses propres idoles ? N'a-t-il pas imité, peut-être à son insu, les païens de l'Antiquité, en détournant l'homme de sa fin véritable, du bonheur de vivre éternellement avec Dieu ? C'est là une question que tout homme, honnête avec lui-même, ne peut que se poser. Qu'est-ce qui est important dans ma vie ? Qu'est-ce que je mets à la première place ? Le mot « idole » vient du grec et signifie « image », « figure », « représentation », mais aussi « spectre », « fantôme », « vaine apparence ». L'idole est un leurre, car elle détourne son serviteur de la réalité pour le cantonner dans le royaume des apparences. Or n'est-ce pas une tentation propre à notre époque, la seule sur laquelle nous puissions agir efficacement ? Tentation d'idolâtrer un passé qui n'existe plus, en oubliant ses carences, tentation d'idolâtrer un avenir qui n'existe pas encore, en croyant que, par ses seules forces, l'homme réalisera le bonheur éternel sur la terre ! Saint Paul explique aux Colossiens que la cupidité insatiable est une idolâtrie (Cf. 3,5) et il rappelle à son disciple Timothée que l'amour de l'argent est la racine de tous les maux. Pour s'y être livrés, précise-t-il, « certains se sont égarés loin de la foi et se sont infligés à eux-mêmes des tourments sans nombre » (1 Tm 6, 10). L'argent, la soif de l'avoir, du pouvoir et même du savoir n'ont-ils pas détourné l'homme de sa Fin véritable, de sa propre Vérité ?
Chers frères et soeurs, la question que nous pose la liturgie de ce jour trouve sa réponse dans cette même liturgie, que nous avons héritée de nos Pères dans la foi, et notamment de saint Paul lui-même (Cf. 1 Co 11, 23). Dans son commentaire de ce texte, saint Jean Chrysostome fait remarquer que saint Paul condamne sévèrement l'idolâtrie, qui est une « faute grave », un « scandale », une véritable « peste » (Homélie 24 sur la première Lettre aux Corinthiens, 1). Immédiatement, il ajoute que cette condamnation radicale de l'idolâtrie n'est en aucun cas une condamnation de la personne de l'idolâtre. Jamais, dans nos jugements, nous ne devons confondre le péché qui est inacceptable, et le pécheur dont nous ne pouvons pas juger l'état de la conscience et qui, de toute façon, est toujours susceptible de conversion et de pardon. Saint Paul en appelle à la raison de ses lecteurs : « Je vous parle comme à des gens réfléchis : jugez vous-mêmes de ce que je dis » (1 Co 10, 15). Jamais Dieu ne demande à l'homme de faire le sacrifice de sa raison ! Jamais la raison n'entre en contradiction réelle avec la foi ! L'unique Dieu, Père, Fils et Esprit Saint, a créé notre raison et nous donne la foi, en proposant à notre liberté de la recevoir comme un don précieux. C'est le culte des idoles qui détourne l'homme de cette perspective, et la raison elle-même peut se forger des idoles. Demandons donc à Dieu qui nous voit et nous entend, de nous aider à nous purifier de toutes nos idoles, pour accéder à la vérité de notre être, pour accéder à la vérité de son être infini !
Mais comment parvenir à Dieu ? Comment parvenir à trouver ou retrouver Celui que l'homme cherche au plus profond de lui-même, tout en l'oubliant si souvent ? Saint Paul nous demande de faire usage non seulement de notre raison, mais surtout de notre foi pour le découvrir. Or, que nous dit la foi ? Le pain que nous rompons est communion au Corps du Christ; la coupe d'action de grâce que nous bénissons est communion au Sang du Christ. Révélation extraordinaire, qui nous vient du Christ et qui nous est transmise par les Apôtres et par toute l'Église depuis deux millénaires : le Christ a institué le sacrement de l'Eucharistie au soir du Jeudi Saint. Il a voulu que son sacrifice soit de nouveau présenté, de manière non sanglante, chaque fois qu'un prêtre redit les paroles de la consécration sur le pain et le vin. Des millions de fois, depuis deux mille ans, dans la plus humble des chapelles comme dans la plus grandiose des basiliques ou des cathédrales, le Seigneur ressuscité s'est donné à son peuple, devenant ainsi, selon la formule de saint Augustin, « plus intime à nous-mêmes que nous mêmes» (cf. Confessions III, 6. 11).
Frères et soeurs, entourons de la plus grande vénération le sacrement du Corps et du Sang du Seigneur, le Très Saint-Sacrement de la présence réelle du Seigneur à son Église et à toute l'humanité. Ne négligeons rien pour lui manifester notre respect et notre amour ! Donnons-lui les plus grandes marques d'honneur ! Par nos paroles, nos silences et nos gestes, n'acceptons jamais de laisser s'affadir en nous et autour de nous la foi dans le Christ ressuscité présent dans l'Eucharistie ! Comme le dit magnifiquement saint Jean Chrysostome lui-même : « Passons en revue les ineffables bienfaits de Dieu et tous les biens dont il nous fait jouir, lorsque nous lui offrons cette coupe, lorsque nous communions, lui rendant grâce d'avoir délivré le genre humain de l'erreur, d'avoir rapproché de lui ceux qui en étaient éloignés, d'avoir fait, des désespérés, et des athées de ce monde, un peuple de frères, de cohéritiers du Fils de Dieu » (Homélie 24 sur la Première Lettre aux Corinthiens, 1). En effet, poursuit-il, « ce qui est dans la coupe, c'est précisément ce qui a coulé de son côté, et c'est à cela que nous participons » (ibid.). Il n'y a pas seulement participation et partage, il y a « union », dit-il.
La Messe est le sacrifice d'action de grâce par excellence, celui qui nous permet d'unir notre propre action de grâce à celle du Sauveur, le Fils éternel du Père. En elle-même, la Messe nous invite aussi à fuir les idoles, car, saint Paul insiste, « vous ne pouvez pas en même temps prendre part à la table du Seigneur et à celle des esprits mauvais » (1 Co 10, 21). La Messe nous invite à discerner ce qui, en nous, obéit à l'Esprit de Dieu et ce qui, en nous, reste à l'écoute de l'esprit du mal. Dans la Messe, nous ne voulons appartenir qu'au Christ et nous reprenons avec gratitude le cri du psalmiste : « Comment rendraije au Seigneur tout le bien qu'Il m'a fait ? » (Ps 115, 12). Oui, comment rendre grâce au Seigneur pour la vie qu'Il nous a donnée ? Là encore, la réponse à la question du psalmiste se trouve dans le psaume lui-même, car la Parole de Dieu répond miséricordieusement elle-même aux questions qu'elle pose. Comment rendre grâce au Seigneur pour tout le bien qu'il nous fait sinon en se conformant à ses propres paroles : « J'élèverai la coupe du salut, j'invoquerai le nom du Seigneur » (Ps 115, 13) ?
Élever la coupe du salut et invoquer le nom du Seigneur, n'est-ce pas précisément le meilleur moyen de « fuir les idoles », comme nous le demande saint Paul ? Chaque fois qu'une Messe est célébrée, chaque fois que le Christ se rend sacramentellement présent dans son Église, c'est l'oeuvre de notre salut qui s'accomplit. Célébrer l'Eucharistie signifie reconnaître que Dieu seul est en mesure de nous offrir le bonheur en plénitude, de nous enseigner les vraies valeurs, les valeurs éternelles qui ne connaîtront jamais de couchant. Dieu est présent sur l'autel, mais il est aussi présent sur l'autel de notre coeur lorsque, en communiant, nous le recevons dans le Sacrement eucharistique. Lui seul nous apprend à fuir les idoles, mirages de la pensée.
Or, chers frères et soeurs, qui peut élever la coupe du salut et invoquer le nom du Seigneur au nom du peuple de Dieu tout entier, sinon le prêtre ordonné dans ce but par l'Évêque ? Ici, chers fidèles de Paris et de la région parisienne, mais aussi vous tous qui êtes venus de la France entière et d'autres pays limitrophes, permettez-moi de lancer un appel confiant en la foi et en la générosité des jeunes qui se posent la question de la vocation religieuse ou sacerdotale : n'ayez pas peur ! N'ayez pas peur de donner votre vie au Christ ! Rien ne remplacera jamais le ministère des prêtres au coeur de l'Église ! Rien ne remplacera jamais une Messe pour le Salut du monde ! Chers jeunes ou moins jeunes qui m'écoutez, ne laissez pas l'appel du Christ sans réponse. Saint Jean Chrysostome, dans son Traité sur le sacerdoce, a montré combien la réponse de l'homme pouvait être lente à venir, cependant il est l'exemple vivant de l'action de Dieu au coeur d'une liberté humaine qui se laisse façonner par sa grâce.
Enfin, si nous reprenons les Paroles que le Christ nous a laissées dans son Évangile, nous verrons qu'Il nous a lui-même appris à fuir l'idolâtrie, en nous invitant à bâtir notre maison « sur le roc » (Lc 6, 48). Qui est ce roc, sinon Lui-même ? Nos pensées, nos paroles et nos actions n'acquièrent leur véritable dimension que si nous les référons au message de l'Évangile. « Ce que dit la bouche, c'est ce qui déborde du coeur » (Lc 6, 45). Lorsque nous parlons, cherchons-nous le bien de notre interlocuteur ? Lorsque nous pensons, cherchons-nous à mettre notre pensée en accord avec la pensée de Dieu ?
Lorsque nous agissons, cherchons-nous à répandre l'Amour qui nous fait vivre? Saint Jean Chrysostome dit encore : «maintenant, si nous participons tous au même pain, et si tous nous devenons cette même substance, pourquoi ne montrons-nous pas la même charité ? Pourquoi, pour la même raison, ne devenons-nous pas un même tout unique ? ... ô homme, c'est le Christ qui est venu te chercher, toi qui étais si loin de lui, pour s'unir à toi ; et toi, tu ne veux pas t'unir à ton frère ? » (Homélie 24 sur la Première Lettre aux Corinthiens, 2).
L'espérance demeurera toujours la plus forte ! L'Église, bâtie sur le roc du Christ, possède les promesses de la vie éternelle, non parce que ses membres seraient plus saints que tous les autres hommes, mais parce que le Christ a fait cette promesse à Pierre : « Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Église, et la puissance de la mort ne l'emportera pas sur elle. » (Mt 16, 18). Dans cette espérance indéfectible de la présence éternelle de Dieu à chacune de nos âmes, dans cette joie de savoir que le Christ est avec nous jusqu'à la fin des temps, dans cette force que l'Esprit donne à tous ceux et à toutes celles qui acceptent de se laisser saisir par lui, je vous confie, chers chrétiens de Paris et de France, à l'action puissante et miséricordieuse du Dieu d'amour qui est mort pour nous sur la Croix et ressuscité victorieusement au matin de Pâques. À tous les hommes de bonne volonté qui m'écoutent, je redis comme saint Paul : Fuyez le culte des idoles, ne vous lassez pas de faire le bien !
Que Dieu notre Père vous conduise à Lui et fasse briller sur vous la splendeur de sa gloire ! Que le Fils unique de Dieu, notre Maître et notre Frère, vous révèle la beauté de son visage de Ressuscité ! Que l'Esprit Saint vous comble de ses dons et vous donne la joie de connaître la paix et la lumière de la Très Sainte Trinité, maintenant et dans les siècles des siècles !
Amen !
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Discours de Benoît XVI à la fin de la procession aux flambeaux, à Lourdes
ROME, Samedi 13 septembre 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le texte intégral du discours que le pape Benoît XVI a prononcé ce samedi soir, au terme de la procession aux flambeaux, sur l'esplanade du Rosaire, à Lourdes.
Cher Monseigneur Perrier, Évêque de Tarbes et Lourdes,
Chers Frères dans l'Épiscopat et le Sacerdoce,
Chers Pèlerins, Chers Frères et Soeurs,
Il y a cent cinquante ans, le 11 février 1858, en ce lieu-dit La grotte de Massabielle, à l'écart de la ville, une simple jeune fille de Lourdes, Bernadette Soubirous, a vu une lumière et, dans cette lumière, une jeune dame « belle, belle plus que tout ». Cette dame s'est adressée à elle avec bonté et douceur, avec respect et confiance : « Elle me disait vous (raconte Bernadette)... Voulez-vous me faire la grâce de venir ici pendant quinze jours ? (lui demande-t-elle)... Elle me regardait comme une personne qui parle à une autre personne ». C'est dans cette conversation, dans ce dialogue tout empreint de délicatesse, que la Dame la charge de transmettre certains messages très simples sur la prière, la pénitence et la conversion. Il n'est pas étonnant que Marie soit belle puisque, lors de l'apparition du 25 mars 1858, elle révèle ici son nom : « Je suis l'Immaculée Conception ».
Regardons à notre tour cette « Femme ayant le soleil pour manteau » que nous montre l'Écriture (Ap 12,1). La Très Sainte Vierge Marie, la Femme glorieuse de l'Apocalypse, porte sur la tête une couronne de douze étoiles qui représentent les douze tribus d'Israël, tout le peuple de Dieu, toute la communion des saints, et avec, à ses pieds, la lune, image de la mort et de la mortalité. Marie a laissé la mort derrière elle ; elle est entièrement revêtue de vie, celle de son Fils, le Christ ressuscité. Elle est ainsi le signe de la victoire de l'amour, du bien et de Dieu, donnant à notre monde l'espérance dont il a besoin. Ce soir, tournons notre regard vers Marie, si glorieuse et si humaine, et laissons-la nous conduire vers Dieu qui est vainqueur.
De nombreuses personnes en ont témoigné : la rencontre avec le visage lumineux de Bernadette bouleversait les coeurs et les regards. Que ce soit pendant les apparitions elles-mêmes ou lorsqu' elle les racontait : son visage était alors tout rayonnant. Bernadette était désormais habitée par la lumière de Massabielle. La vie quotidienne de la famille Soubirous était pourtant faite de misère et de tristesse, de maladie et d'incompréhension, de rejet et de pauvreté. Même s'il ne manquait pas d'amour et de chaleur dans les relations familiales, il était difficile de vivre au cachot. Cependant, les ombres de la terre n'ont pas empêché la lumière du ciel de briller. « La lumière brille dans les ténèbres ... » (Jn 1, 5).
Lourdes est l'un de ces lieux que Dieu a choisi pour y faire refléter un éclat particulier de sa beauté, d'où l'importance ici du symbole de la lumière. Dès la quatrième apparition, Bernadette, en arrivant à la grotte, allumait chaque matin un cierge bénit et le tenait dans sa main gauche, tant que la Vierge se montrait. Très vite, des personnes confièrent un cierge à Bernadette pour qu'elle l'enfonce dans la terre au fond de la grotte. Très vite aussi, des personnes déposèrent des cierges en ce lieu de lumière et de paix. La Mère de Dieu fit elle-même savoir qu'elle agréait l'hommage touchant de ces milliers de flambeaux, qui depuis lors éclairent sans fin, pour la glorifier, le rocher de l'apparition. Depuis ce jour, devant la grotte, nuit et jour, été comme hiver, un buisson ardent brille, embrasé de la prière des pèlerins et des malades, qui exprime leurs préoccupations et leurs besoins mais surtout leur foi et leur espérance.
En venant en pèlerinage, ici, à Lourdes, nous voulons entrer, à la suite de Bernadette, dans cette extraordinaire proximité entre le ciel et la terre qui ne s'est jamais démentie et qui ne cesse de se consolider. Au cours des apparitions, il est à remarquer que Bernadette prie le chapelet sous les yeux de Marie qui se joint à elle pour la doxologie. Ce fait confirme le caractère profondément théocentrique de la prière du chapelet. Alors que nous prions le chapelet, Marie nous offre son coeur et son regard pour contempler la vie de son Fils, le Christ-Jésus. Mon vénéré prédécesseur Jean-Paul II est venu à deux reprises, ici, à Lourdes. Dans sa vie et dans son ministère, nous savons combien sa prière s'appuyait sur l'intercession de la Vierge Marie. Comme beaucoup de ceux qui l'ont précédé sur le siège de Pierre, lui aussi a vivement encouragé la prière du chapelet ; il l'a fait, entre autres, d'une manière tout à fait singulière, en enrichissant le Saint Rosaire avec la méditation des Mystères Lumineux. Ceux-ci sont d'ailleurs représentés sur la façade de la Basilique dans les nouvelles mosaïques inaugurées l'an dernier. Comme avec tous les événements de la vie du Christ « qu'elle gardait et méditait dans son coeur » (Lc 2, 19), Marie nous fait comprendre toutes les étapes du ministère public comme partie intégrante de la révélation de la Gloire de Dieu. Puisse Lourdes, terre de lumière, demeurer une école pour apprendre à prier le Rosaire, qui introduit le disciple de Jésus, sous les yeux de sa Mère, dans un dialogue authentique et cordial avec son Maître !
Par la bouche de Bernadette, nous entendons la Vierge Marie nous demander de « venir ici en procession » pour prier avec simplicité et ferveur. La procession aux flambeaux, traduit à nos yeux de chair, le mystère de la prière : dans la communion de l'Église, qui unit élus du ciel et pèlerins de la terre, la lumière jaillit du dialogue entre l'homme et son Seigneur et une route lumineuse s'ouvre dans l'histoire des hommes, y compris dans ses moments les plus obscurs. Cette procession est un moment de grande joie ecclésiale, mais aussi un temps de gravité : les intentions que nous apportons soulignent notre profonde communion avec tous les êtres qui souffrent. Nous pensons aux victimes innocentes qui subissent la violence, la guerre, le terrorisme, la famine, des injustices, des fléaux et des calamités, la haine et les oppressions, des atteintes à leur dignité humaine et à leurs droits fondamentaux, à leur liberté d'agir et de penser ; nous pensons aussi à ceux qui connaissent des problèmes familiaux, ou qui éprouvent une souffrance face au chômage, à la maladie, à l'infirmité, à la solitude, à leur situation d'immigrés. Je désire ne pas oublier ceux qui souffrent à cause du nom du Christ et qui meurent pour Lui.
Marie nous apprend à prier, à faire de notre prière un acte d'amour pour Dieu et de charité fraternelle. En priant avec Marie, notre coeur accueille ceux qui souffrent. Comment notre vie ne peut-elle pas ensuite en être transformée ? Pourquoi notre être et notre vie tout entière ne deviendraient-ils pas des lieux d'hospitalité pour nos prochains ? Lourdes est un lieu de lumière parce que c'est un lieu de communion, d'espérance et de conversion.
À la tombée de cette nuit, Jésus nous dit : « Gardez vos lampes allumées » (Lc 12, 35) ; lampe de la foi, lampe de la prière, lampe de l'espérance et de l'amour ! Cet acte de marcher dans la nuit, en portant la lumière, parle fort au plus intime de nous-mêmes, touche notre coeur et dit bien plus que tout autre parole prononcée ou entendue. Ce geste résume à lui seul notre condition de chrétiens en chemin : à la fois, nous avons besoin de lumière et nous sommes appelés à devenir lumière. Le péché nous rend aveugles, il nous empêche de nous proposer comme guides pour nos frères, et il nous amène à nous méfier d'eux pour nous laisser conduire. Nous avons besoin d'être éclairés et nous répétons la supplication de l'aveugle Bartimée : « Maître, fais que je voie ! » (Mc 10, 51). Fais que je voie mon péché qui m'entrave, mais surtout, Seigneur, fais que je voie ta gloire ! Nous le savons : notre prière a déjà été exaucée et nous rendons grâce car, comme le dit saint Paul dans sa Lettre aux Éphésiens : « le Christ t'illuminera » (Ep 5, 14), et saint Pierre ajoute : « il vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière » (1 P 2, 9).
À nous qui ne sommes pas la lumière, le Christ peut désormais dire : « Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 14), nous confiant le soin de faire resplendir la lumière de la charité. Comme l'écrit l'Apôtre saint Jean : « Celui qui aime son frère demeure dans la lumière et il n'y a en lui aucune occasion de chute » (1 Jn 2, 10). Vivre l'amour chrétien, c'est tout à la fois faire entrer la lumière de Dieu dans le monde et en indiquer la véritable source. Saint Léon le Grand l'écrit : « Quiconque, en effet, vit pieusement et chastement dans l'Église, qui songe aux choses d'en haut, non à celles de la terre (cf. Co 3, 2), est d'une certaine façon semblable à la lumière céleste ; tant qu'il observe lui-même l'éclat d'une sainte vie, il montre à beaucoup, comme une étoile, la voie qui mène à Dieu » (Sermon III, 5).
En ce sanctuaire de Lourdes vers lequel les chrétiens du monde entier ont les yeux tournés depuis que la Vierge Marie y a fait briller l'espérance et l'amour en donnant aux malades, aux pauvres et aux petits la première place, nous sommes invités à découvrir la simplicité de notre vocation : il suffit d'aimer.
Demain, la célébration de l'exaltation de la Sainte Croix, nous fera entrer précisément au coeur de ce mystère. En cette veillée, notre regard se tourne déjà vers le signe de l'Alliance nouvelle où toute la vie de Jésus converge. La Croix constitue le suprême et parfait acte d'amour de Jésus qui donne sa vie pour ses amis. « Ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle » (Jn 3, 14-15).
Annoncée dans les Chants du Serviteur de Dieu, la mort de Jésus est une mort qui devient lumière pour les peuples ; c'est une mort qui, en lien avec la liturgie d'expiation, apporte la réconciliation, mort qui marque la fin de la mort. Dès lors, la Croix est signe d'espérance, l'étendard de la victoire de Jésus « car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle » (Jn 3, 16). Par la Croix, notre vie tout entière reçoit lumière, force et espérance. Par elle, est révélée toute la profondeur de l'amour contenu dans le dessein originel du Créateur ; par elle, tout est guéri et porté à son accomplissement. C'est pourquoi la vie dans la foi au Christ mort et ressuscité devient lumière.
Les apparitions étaient entourées de lumière et Dieu a voulu allumer dans le regard de Bernadette une flamme qui a converti d'innombrables coeurs. Combien de personnes viennent ici pour voir, espérant peut-être secrètement bénéficier de quelque miracle ; puis, sur la route du retour, ayant fait une expérience spirituelle d'une vie en Église, elles changent leur regard sur Dieu, sur les autres et sur elles-mêmes. Une petite flamme nommée espérance, compassion, tendresse les habite. La rencontre discrète avec Bernadette et la Vierge Marie peut changer une vie, car elles sont présentes, en ce lieu de Massabielle, pour nous conduire au Christ qui est notre vie, notre force et notre lumière. Que la Vierge Marie et sainte Bernadette vous aident à vivre en enfants de lumière pour témoigner, chaque jour de votre vie, que le Christ est notre lumière, notre espérance et notre vie !
Amen !
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Mgr Perrier accueille Benoît XVI (allocution au début de la messe de dimanche)
ROME, Dimanche 14 septembre 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous l'allocution prononcée par Mgr Jacques Perrier, évêque de Tarbes et Lourdes, au début de la messe présidée par le pape Benoît XVI ce dimanche matin à Lourdes, sur la prairie, à l'occasion du 150e anniversaire des apparitions de la Vierge à Bernadette Soubirous.
* * *
Très Saint Père,
Le 15 août dernier, à l'Angelus, vous déclariez : « En ce moment, je pense spécialement à cette singulière citadelle mondiale de la vie et de l'espérance qu'est Lourdes. » La ville de Lourdes, depuis mille ans et plus, est dominée par une citadelle de pierre.
Mais la vraie citadelle de Lourdes, c'est une source toujours pure, toujours fraîche, toujours lumineuse. Elle coule depuis 150 ans dans la grotte de Massabielle et elle n'est pas près de tarir. Elle est signe de vie et d'espérance, selon vos propres paroles. En cette année jubilaire, 10 millions de pèlerins, venus de tous les pays du monde, ont pensé comme vous. Ils sont passés par Lourdes pour chercher des raisons de vivre et d'espérer. Ils sont venus à la source d'eau vive.
Le 15 août, après avoir déclaré Lourdes citadelle mondiale de la vie et de l'espérance, vous poursuiviez : « ...Lourdes où, s'il plaît à Dieu, je me rendrai dans un mois. » Heureusement, il a plu à Dieu que vous soyez là et vous êtes là. Soyez le bienvenu !
« Bienvenu » : tous les pèlerins, tous ceux qui passent par Lourdes sont les bienvenus. Votre présence mérite plus qu'un souhait de bienvenue. Elle est une bénédiction qu'il nous faut accueillir.
Une fois dans ma vie, j'ai reçu un don de prédiction. C'était le 19 avril 2005. Les radios venaient d'annoncer qu'un pape était élu. J'ai ouvert la télévision pour savoir qui aurait la tâche redoutable de succéder au très aimé pape Jean-Paul II. Tout en attendant, je me surpris à dire à quelqu'un qui se trouvait près de moi : « J'espère qu'il prendra le nom de Benoît. »
Je ne pensais pas alors à saint Benoît. Je ne pensais pas non plus à Benoît XV, calomnié quand il voulut être artisan de paix durant la première guerre mondiale. En disant « j'espère qu'il prendra le nom de Benoît », je pensais à notre monde. Il arrive à notre monde de se croire maudit, car il s'aperçoit que ses merveilleuses découvertes peuvent se retourner contre lui. Plus souvent encore, il se croit oublié, errant sans but sous un ciel vide et muet. Dans ce monde en dépression de sens, la mission de l'Eglise est de dire au monde qu'il est aimé et que, malgré ses blessures, il est béni. Le signe suprême de cette bénédiction, c'est la Croix, la Croix glorieuse du Seigneur que nous fêtons aujourd'hui.
Elle surmonte notre assemblée parce qu'elle est le signe commun à tous les chrétiens. Elle est présente sur l'autel pour l'Eucharistie qui fait mémoire de l'amour infini du Christ. Elle est là, au pied de cette estrade, en pleine assemblée, la croix des Journées Mondiales de la Jeunesse. Elle les a réunis, autour de vous, à Sydney. Elle les réunit de nouveau autour de vous, ici à Lourdes, près de la Grotte. A la suite du pape Jean-Paul II, vendredi soir devant Notre-Dame de Paris, vous avez dit aux jeunes : « Je vous confie la Croix du Christ. » Vous la leur confiez comme un trésor, comme une source de bénédiction.
Par le nom que vous avez choisi, Très Saint-Père, vous démentez les prophètes de malheur. Ce monde n'est pas perdu. Il est sauvé. Soyez béni, Saint-Père, dans votre ministère ! Que vos années au service de l'Eglise, comme témoin de l'Evangile, soient pour le monde, de la part de Dieu, un signe de bénédiction ! Ici à Lourdes, nous confierons sans relâche cette intention à Marie, la nouvelle Eve, l'Immaculée Conception, celle qui est bénie entre toutes les femmes.
+ Jacques PERRIER
Homélie de Benoît XVI à Lourdes (14 septembre)
ROME, Dimanche 14 septembre 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous l'homélie que le pape Benoît XVI a prononcée au cours de la messe qu'il a présidée ce dimanche matin à Lourdes, sur la prairie, à l'occasion du 150e anniversaire des apparitions de la Vierge à Bernadette Soubirous.
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Messieurs les Cardinaux, Cher Monseigneur Perrier,
Chers Frères dans l'Épiscopat et le Sacerdoce,
Chers pèlerins, frères et soeurs,
« Allez dire aux prêtres qu'on vienne ici en procession et qu'on y bâtisse une chapelle ». C'est le message qu'en ces lieux Bernadette a reçu de la « belle Dame » qui lui apparut le 2 mars 1858. Depuis 150 ans, les pèlerins n'ont jamais cessé de venir à la grotte de Massabielle pour entendre le message de conversion et d'espérance qui leur est adressé. Et nous aussi, nous voici ce matin aux pieds de Marie, la Vierge Immaculée, pour nous mettre à son école avec la petite Bernadette.
Je remercie particulièrement Mgr Jacques Perrier, Évêque de Tarbes et Lourdes, pour l'accueil chaleureux qu'il m'a réservé et pour les paroles aimables qu'il m'a adressées. Je salue les Cardinaux, les Évêques, les prêtres, les diacres, les religieux et les religieuses, ainsi que vous tous, chers pèlerins de Lourdes, en particulier les malades. Vous êtes venus en grand nombre accomplir ce pèlerinage jubilaire avec moi et confier vos familles, vos proches et vos amis, et toutes vos intentions à Notre Dame. Ma gratitude va aussi aux Autorités civiles et militaires qui ont voulu être présentes à cette célébration eucharistique.
« Quelle grande chose que de posséder la Croix ! Celui qui la possède, possède un trésor », a dit Saint André de Crète (Homélie X pour l'Exaltation de la Croix, PG 97, 1020). En ce jour où la liturgie de l'Église célèbre la fête de l'Exaltation de la sainte Croix, l'Évangile nous rappelle la signification de ce grand mystère : Dieu a tant aimé le monde qu'Il a donné son Fils unique, pour que les hommes soient sauvés (cf. Jn 3, 16). Le Fils de Dieu s'est fait vulnérable, prenant la condition de serviteur, obéissant jusqu'à la mort et la mort sur une croix (cf. Ph 2, 8). C'est par sa Croix que nous sommes sauvés. L'instrument de supplice qui manifesta, le Vendredi-Saint, le jugement de Dieu sur le monde, est devenu source de vie, de pardon, de miséricorde, signe de réconciliation et de paix. « Pour être guéris du péché, regardons le Christ crucifié ! » disait saint Augustin (Traités sur St Jean, XII, 11). En levant les yeux vers le Crucifié, nous adorons Celui qui est venu enlever le péché du monde et nous donner la vie éternelle. Et l'Église nous invite à élever avec fierté cette Croix glorieuse pour que le monde puisse voir jusqu'où est allé l'amour du Crucifié pour les hommes, pour nous les hommes. Elle nous invite à rendre grâce à Dieu parce que d'un arbre qui apportait la mort, a surgi à nouveau la vie. C'est sur ce bois que Jésus nous révèle sa souveraine majesté, nous révèle qu'Il est exalté dans la gloire. Oui, « Venez, adorons-le ! ». Au milieu de nous se trouve Celui qui nous a aimés jusqu'à donner sa vie pour nous, Celui qui invite tout être humain à s'approcher de lui avec confiance.
C'est ce grand mystère que Marie nous confie aussi ce matin en nous invitant à nous tourner vers son Fils. En effet, il est significatif que, lors de la première apparition à Bernadette, c'est par le signe de la Croix que Marie débute sa rencontre. Plus qu'un simple signe, c'est une initiation aux mystères de la foi que Bernadette reçoit de Marie. Le signe de la Croix est en quelque sorte la synthèse de notre foi, car il nous dit combien Dieu nous a aimés ; il nous dit que, dans le monde, il y a un amour plus fort que la mort, plus fort que nos faiblesses et nos péchés. La puissance de l'amour est plus forte que le mal qui nous menace. C'est ce mystère de l'universalité de l'amour de Dieu pour les hommes que Marie est venue rappeler ici, à Lourdes. Elle invite tous les hommes de bonne volonté, tous ceux qui souffrent dans leur coeur ou dans leur corps, à lever les yeux vers la Croix de Jésus pour y trouver la source de la vie, la source du salut.
L'Église a reçu la mission de montrer à tous ce visage aimant de Dieu manifesté en Jésus-Christ. Saurons-nous comprendre que dans le Crucifié du Golgotha c'est notre dignité d'enfants de Dieu, ternie par le péché, qui nous est rendue ? Tournons nos regards vers le Christ. C'est Lui qui nous rendra libres pour aimer comme il nous aime et pour construire un monde réconcilié. Car, sur cette Croix, Jésus a pris sur lui le poids de toutes les souffrances et des injustices de notre humanité. Il a porté les humiliations et les discriminations, les tortures subies en de nombreuses régions du monde par tant de nos frères et de nos soeurs par amour du Christ. Nous les confions à Marie, mère de Jésus et notre mère, présente au pied de la Croix.
Pour accueillir dans nos vies cette Croix glorieuse, la célébration du jubilé des apparitions de Notre-Dame à Lourdes nous fait entrer dans une démarche de foi et de conversion. Aujourd'hui, Marie vient à notre rencontre pour nous indiquer les voies d'un renouveau de la vie de nos communautés et de chacun de nous. En accueillant son Fils, qu'elle nous présente, nous sommes plongés dans une source vive où la foi peut retrouver une vigueur nouvelle, où l'Église peut se fortifier pour proclamer avec toujours plus d'audace le mystère du Christ. Jésus, né de Marie, est le Fils de Dieu, l'unique Sauveur de tous les hommes, vivant et agissant dans son Église et dans le monde. L'Église est envoyée partout dans le monde pour proclamer cet unique message et inviter les hommes à l'accueillir par une authentique conversion du coeur. Cette mission, qui a été confiée par Jésus à ses disciples, reçoit ici, à l'occasion de ce jubilé, un souffle nouveau. Qu'à la suite des grands évangélisateurs de votre pays, l'esprit missionnaire qui a animé tant d'hommes et de femmes de France, au cours des siècles, soit encore votre fierté et votre engagement !
En suivant le parcours jubilaire sur les pas de Bernadette, l'essentiel du message de Lourdes nous est rappelé. Bernadette est l'aînée d'une famille très pauvre, qui ne possède ni savoir ni pouvoir, faible de santé. Marie l'a choisie pour transmettre son message de conversion, de prière et de pénitence, conformément à la parole de Jésus : « Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits » (Mt 11, 25). Dans leur cheminement spirituel, les chrétiens sont appelés eux aussi à faire fructifier la grâce de leur Baptême, à se nourrir de l'Eucharistie, à puiser dans la prière la force pour témoigner et être solidaires avec tous leurs frères en humanité (cf. Hommage à la Vierge Marie, Place d'Espagne, 8 décembre 2007). C'est donc une véritable catéchèse qui nous est ainsi proposée, sous le regard de Marie. Laissons-la nous instruire et nous guider sur le chemin qui conduit au Royaume de son Fils !
En poursuivant sa catéchèse, la « belle Dame » révèle son nom à Bernadette : « Je suis l'Immaculée Conception ». Marie lui dévoile ainsi la grâce extraordinaire qu'elle a reçue de Dieu, celle d'avoir été conçue sans péché, car « il s'est penché sur son humble servante » (cf. Lc 1, 48). Marie est cette femme de notre terre qui s'est remise entièrement à Dieu et qui a reçu le privilège de donner la vie humaine à son Fils éternel. « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe en moi selon ta parole » (Lc 1, 38). Elle est la beauté transfigurée, l'image de l'humanité nouvelle. En se présentant ainsi dans une totale dépendance de Dieu, Marie exprime en réalité une attitude de pleine liberté, fondée sur l'entière reconnaissance de sa véritable dignité. Ce privilège nous concerne nous aussi, car il nous dévoile notre propre dignité d'hommes et de femmes, marqués certes par le péché, mais sauvés dans l'espérance, une espérance qui nous permet d'affronter notre vie quotidienne. C'est la route que Marie ouvre aussi à l'homme. S'en remettre pleinement à Dieu, c'est trouver le chemin de la liberté véritable. Car, en se tournant vers Dieu, l'homme devient lui-même. Il retrouve sa vocation originelle de personne créée à son image et à sa ressemblance.
Chers Frères et Soeurs, la vocation première du sanctuaire de Lourdes est d'être un lieu de rencontre avec Dieu dans la prière, et un lieu de service des frères, notamment par l'accueil des malades, des pauvres et de toutes les personnes qui souffrent. En ce lieu, Marie vient à nous comme la mère, toujours disponible aux besoins de ses enfants. À travers la lumière qui émane de son visage, c'est la miséricorde de Dieu qui transparaît. Laissons-nous toucher par son regard qui nous dit que nous sommes tous aimés de Dieu et jamais abandonnés par Lui ! Marie vient nous rappeler ici que la prière, intense et humble, confiante et persévérante, doit avoir une place centrale dans notre vie chrétienne. La prière est indispensable pour accueillir la force du Christ. « Celui qui prie ne perd pas son temps, même si la situation apparaît réellement urgente et semble pousser uniquement à l'action » (Deus caritas est, n. 36). Se laisser absorber par les activités risque de faire perdre à la prière sa spécificité chrétienne et sa véritable efficacité. La prière du Rosaire, si chère à Bernadette et aux pèlerins de Lourdes, concentre en elle la profondeur du message évangélique. Elle nous introduit à la contemplation du visage du Christ. Dans cette prière des humbles, nous pouvons puiser d'abondantes grâces.
La présence des jeunes à Lourdes est aussi une réalité importante. Chers amis, ici présents ce matin, réunis autour de la croix de la Journée mondiale de la Jeunesse, lorsque Marie a reçu la visite de l'ange, c'était une jeune fille de Nazareth qui menait la vie simple et courageuse des femmes de son village. Et si le regard de Dieu s'est posé de façon particulière sur elle, en lui faisant confiance, Marie peut vous dire encore qu'aucun de vous n'est indifférent à Dieu. Il pose Son regard aimant sur chacun de vous et vous appelle à une vie heureuse et pleine de sens. Ne vous laissez pas rebuter par les difficultés ! Marie fut troublée à l'annonce de l'ange venu lui dire qu'elle serait La Mère du Sauveur. Elle ressentait combien elle était faible face à la toute-puissance de Dieu. Pourtant, elle a dit « oui » sans hésiter. Et grâce à son oui, le salut est entré dans le monde, changeant ainsi l'histoire de l'humanité. À votre tour, chers jeunes, n'ayez pas peur de dire oui aux appels du Seigneur, lorsqu'Il vous invite à marcher à sa suite. Répondez généreusement au Seigneur ! Lui seul peut combler les aspirations les plus profondes de votre coeur. Vous êtes nombreux à venir à Lourdes pour un service attentif et généreux auprès des malades ou d'autres pèlerins, en vous mettant ainsi à suivre le Christ serviteur. Le service des frères et des sœurs ouvre le coeur et rend disponible. Dans le silence de la prière, que Marie soit votre confidente, elle qui a su parler à Bernadette en la respectant et en lui faisant confiance. Que Marie aide ceux qui sont appelés au mariage à découvrir la beauté d'un amour véritable et profond, vécu comme don réciproque et fidèle ! À ceux, parmi vous, que le Seigneur appelle à sa suite dans la vocation sacerdotale ou religieuse, je voudrais redire tout le bonheur qu'il y a à donner totalement sa vie pour le service de Dieu et des hommes. Que les familles et les communautés chrétiennes soient des lieux où puissent naître et s'épanouir de solides vocations au service de l'Église et du monde !
Le message de Marie est un message d'espérance pour tous les hommes et pour toutes les femmes de notre temps, de quelque pays qu'ils soient. J'aime à invoquer Marie comme étoile de l'espérance (Spe salvi, n. 50). Sur les chemins de nos vies, si souvent sombres, elle est une lumière d'espérance qui nous éclaire et nous oriente dans notre marche. Par son oui, par le don généreux d'elle-même, elle a ouvert à Dieu les portes de notre monde et de notre histoire. Et elle nous invite à vivre comme elle dans une espérance invincible, refusant d'entendre ceux qui prétendent que nous sommes enfermés dans la fatalité. Elle nous accompagne de sa présence maternelle au milieu des événements de la vie des personnes, des familles et des nations. Heureux les hommes et les femmes qui mettent leur confiance en Celui qui, au moment d'offrir sa vie pour notre salut, nous a donné sa Mère pour qu'elle soit notre Mère !
Chers Frères et Soeurs, sur cette terre de France, la Mère du Seigneur est vénérée en d'innombrables sanctuaires, qui manifestent ainsi la foi transmise de générations en générations. Célébrée en son Assomption, elle est la patronne bien-aimée de votre pays. Qu'elle soit toujours honorée avec ferveur dans chacune de vos familles, dans vos communautés religieuses et dans vos paroisses ! Que Marie veille sur tous les habitants de votre beau pays et sur les pèlerins venus nombreux d'autres pays célébrer ce jubilé ! Qu'elle soit pour tous la Mère qui entoure ses enfants dans les joies comme dans les épreuves ! Sainte Marie, Mère de Dieu, notre Mère, enseigne-nous à croire, à espérer et à aimer avec toi. Indique-nous le chemin vers le règne de ton Fils Jésus ! Étoile de la mer, brille sur nous et conduis-nous sur notre route ! (cf. Spe salvi, n. 50). Amen.
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Angélus du dimanche 14 septembre (depuis Lourdes)
ROME, Dimanche 14 septembre 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le texte intégral de la méditation que le pape Benoît XVI a prononcée ce dimanche, avant la prière de l'Angélus, à l'issue de la messe qu'il a présidée sur la prairie des sanctuaires, à Lourdes, en présence d'environ 190.000 pèlerins.
Chers Pèlerins, Chers frères et soeurs !
Chaque jour, la prière de l'Angelus nous offre la possibilité de méditer quelques instants, au plein milieu de nos activités, sur le mystère de l'Incarnation du Fils de Dieu. A midi, alors que les premières heures du jour commencent déjà à faire peser sur nous leur poids de fatigue, notre disponibilité et notre générosité sont renouvelées par la contemplation du ‘oui' de Marie. Ce ‘oui' limpide et sans réserve s'enracine dans le mystère de la liberté de Marie, liberté pleine et entière devant Dieu, dégagée de toute complicité avec le péché, grâce au privilège de son Immaculée Conception.
Ce privilège concédé à Marie, qui la distingue de notre condition commune, ne l'éloigne pas, mais au contraire la rapproche de nous. Alors que le péché divise, nous éloigne les uns des autres, la pureté de Marie la rend infiniment proche de nos coeurs, attentive à chacun de nous et désireuse de notre vrai bien. Vous le voyez ici à Lourdes, comme dans tous les sanctuaires mariaux, des foules immenses accourent aux pieds de Marie pour lui confier ce que chacun a de plus intime, ce qui lui tient particulièrement à coeur. Ce que, par gêne ou par pudeur, beaucoup n'osent parfois pas confier même à leurs proches, ils le confient à Celle qui est la toute pure, à son Coeur immaculé : avec simplicité, sans fard, en vérité. Devant Marie, en vertu même de sa pureté, l'homme n'hésite pas à se montrer dans sa faiblesse, à livrer ses questions et ses doutes, à formuler ses espérances et ses désirs les plus secrets. L'amour maternel de la Vierge Marie désarme tout orgueil ; il rend l'homme capable de se regarder tel qu'il est et il lui inspire le désir de se convertir pour rendre gloire à Dieu.
Marie nous montre ainsi la juste manière d'avancer vers le Seigneur. Elle nous apprend à nous approcher de lui dans la vérité et la simplicité. Grâce à elle, nous découvrons que la foi chrétienne n'est pas un poids, mais elle est comme une aile qui nous permet de voler plus haut pour nous réfugier entre les bras de Dieu.
La vie et la foi du peuple des croyants manifestent que la grâce de l'Immaculée Conception faite à Marie n'est pas seulement une grâce personnelle, mais elle est pour tous. Elle est une grâce faite au peuple de Dieu tout entier. En Marie, l'Église peut déjà contempler ce qu'elle est appelée à devenir. Chaque croyant peut dès à présent contempler l'accomplissement parfait de sa propre vocation. Puisse chacun de nous demeurer toujours dans l'action de grâce pour ce que le Seigneur a voulu révéler de son plan de salut à travers le mystère de Marie. Mystère dans lequel nous sommes impliqués de la plus belle des manières, puisque du haut de la Croix, que nous fêtons et que nous exaltons aujourd'hui, il nous est révélé, de la bouche même de Jésus, que sa Mère est notre mère. En tant que fils et filles de Marie, nous profitons de toutes les grâces qui lui ont été faites, et la dignité incomparable que lui procure sa Conception Immaculée rejaillit sur nous, ses enfants.
Ici, tout près de la grotte, et en communion particulière avec tous les pèlerins présents dans les sanctuaires mariaux et avec tous les malades de corps et d'âme qui cherchent réconfort, nous bénissons le Seigneur pour la présence de Marie au milieu de son peuple et nous adressons avec foi notre prière : « Sainte Marie, toi qui t'es montrée ici, il y a cent cinquante ans, à la jeune Bernadette, tu `es la vraie fontaine d'espérance' (Dante, Le Paradis, XXXIII,12).
Pèlerins confiants, nous venons, de tous les horizons, encore une fois puiser la foi et le réconfort, la joie et l'amour, la sécurité et la paix, à la source de ton Coeur immaculé. ‘Monstra Te esse Matrem'. Montre-toi comme une Mère pour tous, e du monde ! Amen ».
Puis le pape a salué les pèlerins en différentes langues. Voici ce qu'il a dit en français :
Je salue enfin tous les pèlerins francophones présents ce matin. Je vous remercie d'accompagner le successeur de Pierre dans son pèlerinage sur les pas de Bernadette. Que le Seigneur creuse toujours en chacun le désir profond de le chercher et d'aller à sa rencontre. Que Dieu bénisse tous ceux que vous aimez !
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Allocution du cardinal Vingt-Trois avant le discours de Benoît XVI aux évêques
Dans l’hémicycle Sainte-Bernadette à Lourdes
ROME, Dimanche 14 septembre 2008 (ZENIT.org) - Nous reprenons ci-dessous l'allocution prononcée par le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris et président de la Conférence des évêques de France, avant le discours du pape Benoît XVI aux évêques, dans l'hémicycle Sainte-Bernadette à Lourdes.
Avant son allocution, le cardinal Vingt-Trois a dit au pape, en souriant : « J'espère que je ne vais pas vous lasser en vous accueillant pour la 4e fois (Notre Dame, Bernardins, Invalides, ndlr) mais moi je ne m'en lasse pas ! ».
Très Saint Père,
C'est un événement mémorable qui nous réunit ce soir. Votre vénéré prédécesseur Jean-Paul II avait réuni la Conférence épiscopale lors de son premier voyage apostolique en France en 1980. Dans un programme déjà très chargé, nous vous sommes particulièrement reconnaissants d'avoir inscrit cette rencontre et nous espérons que ces deux événements, séparés par plus d'un quart de siècle, seront les prémices d'une tradition qui se perpétuera. Nous voici donc ce soir dans le cadre habituel de nos réunions, où nous venons deux fois par an pour des assemblées, certes laborieuses, mais aussi priantes et fraternelles. Et je puis dire que nous sommes toujours heureux de nous retrouver et de partager ensemble les joies et les soucis de notre ministère épiscopal.
Vous le savez, nous sommes confrontés à des défis considérables dans notre mission d'annoncer l'Évangile aux hommes de notre temps. La désagrégation des familles, les difficultés éducatives et la crise de la transmission des valeurs et des convictions, les atteintes à la dignité humaine tant dans le domaine socio-économique que dans les applications technologiques de la recherche scientifique ou dans le respect de la vie dès son commencement et jusqu'à sa fin, sont autant de fardeaux qui pèsent sur nos contemporains. Nous nous efforçons de faire entendre non seulement la voix de l'Église, mais aussi la voix de la raison humaine qui doit éclairer les choix moraux de chacun et de toute société. Nous voulons être de véritables témoins de l'espérance.
En cette année saint Paul, comment ne pas évoquer les tribulations de l'Apôtre ? « Pressés de toute part, nous ne sommes pas écrasés ; dans des impasses, mais nous arrivons à passer ; pourchassés, mais non rejoints ; terrassés, mais non achevés » (2 Cor. 4, 8-9), nous ne faiblissons pas. Avec nos collaborateurs dans le ministère, prêtres et diacres, nous désirons partager notre espérance : notre mission n'est pas notre œuvre, mais celle de l'Esprit de Dieu lui-même. Bousculée par les changements sociologiques de notre société, notre Église fait face, certes avec moins de moyens qu'autrefois, mais non pas moins de conviction ni de courage. Nous nous réjouissons de l'engagement de nombreux catholiques dans la mission et de leur coopération à l'œuvre apostolique. Nous souffrons de notre difficulté à soutenir et accompagner les vocations sacerdotales et religieuses, mais nous ne baissons pas les bras. Dans de nombreux diocèses, les évêques relancent inlassablement l'appel à une vie plus missionnaire. Ils renouvellent et développent de nouvelles approches pour l'appel au sacerdoce et la formation des prêtres.
Très Saint Père,
Nous connaissons votre résolution de « fortifier vos frères ». Aussi nous somme heureux de ces quelques instants qui nous permettent de vous redire notre communion profonde et notre affection. Notre concélébration eucharistique de ce matin a été une manifestation sacramentelle très forte de notre unité dans la prière commune de l'Église. Elle a été aussi une image vivante de notre communion avec vous et de notre communion dans le même Seigneur.
+ André card. VINGT-TROIS
Discours de Benoît XVI aux évêques de France réunis à Lourdes
ROME, Dimanche 14 septembre 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le texte intégral du discours que le pape Benoît XVI a adressé ce dimanche en fin d'après-midi, aux évêques de France réunis dans l'hémicycle Sainte-Bernadette, à Lourdes.
Messieurs les Cardinaux,
Très chers Frères dans l'Épiscopat !
C'est la première fois depuis le début de mon Pontificat que j'ai la joie de vous rencontrer tous ensemble. Je salue cordialement votre Président, le Cardinal André Vingt-Trois, et je le remercie des paroles profondes qu'il m'a adressées en votre nom. Je salue aussi avec plaisir les Vice-Présidents ainsi que le Secrétaire Général et ses collaborateurs. Je salue chaleureusement chacun de vous, mes Frères dans l'Épiscopat, qui êtes venus des quatre coins de France et d'Outre-mer. J'inclus également Mgr François Garnier, Archevêque de Cambrai, qui célèbre aujourd'hui à Valenciennes le Millénaire de Notre-Dame du Saint-Cordon.
Je me réjouis d'être parmi vous ce soir dans cet hémicycle « Sainte Bernadette », qui est le lieu ordinaire de vos prières et de vos rencontres, lieu où vous exposez vos soucis et vos espérances, et lieu de vos discussions et de vos réflexions. Cette salle est située à un endroit privilégié près de la grotte et des basiliques mariales. Certes, les visites ad limina vous font rencontrer régulièrement le Successeur de Pierre à Rome, mais ce moment, que nous vivons, nous est donné comme une grâce pour réaffirmer les liens étroits qui nous unissent dans le partage du même sacerdoce directement issu de celui du Christ rédempteur. Je vous encourage à continuer à travailler dans l'unité et la confiance, en pleine communion avec Pierre qui est venu pour raffermir votre foi. Bien nombreuses, vous l'avez dit, Eminence, sont actuellement vos et nos préoccupations ! Je sais que vous avez à cœur de travailler dans le nouveau cadre défini par la réorganisation de la carte des provinces ecclésiastiques, et je m'en réjouis vivement. Je voudrais profiter de cette occasion pour réfléchir avec vous sur quelques thèmes que je sais être au centre de votre attention.
L'Église - Une, Sainte, Catholique et Apostolique - vous a enfantés par le Baptême. Elle vous a appelés à son service ; vous lui avez donné votre vie, d'abord comme diacres et prêtres, puis comme évêques. Je vous exprime toute mon estime pour ce don de vos personnes : malgré l'ampleur de la tâche, que ne vient pas diminuer l'honneur qu'elle comporte - honor, onus ! - vous accomplissez avec fidélité et humilité la triple tâche qui est la vôtre : enseigner, gouverner, sanctifier suivant la Constitution Lumen Gentium (nn. 25-28) et le décret Christus Dominus. Successeurs des Apôtres, vous représentez le Christ à la tête des diocèses qui vous ont été confiés, et vous vous efforcez d'y réaliser le portrait de l'Évêque tracé par saint Paul ; vous avez à grandir sans cesse dans cette voie, afin d'être toujours plus « hospitaliers, amis du bien, pondérés, justes, pieux, maîtres de vous, attachés à l'enseignement sûr, conformes à la doctrine » (cf. Tt 1, 8-9) comme dit saint Paul dans la Lettre à Tite. Le peuple chrétien doit vous considérer avec affection et respect. Dès les origines, la tradition chrétienne a insisté sur ce point : « Tous ceux qui sont à Dieu et à Jésus-Christ, ceux-là sont avec l'Évêque », disait saint Ignace d'Antioche (Aux Philad. 3, 2), qui ajoutait encore : « celui que le maître de maison envoie pour administrer sa maison, il faut que nous le recevions comme celui-là même qui l'a envoyé » (Aux Eph. 6, 1). Votre mission, spirituelle surtout, consiste donc à créer les conditions nécessaires pour que les fidèles puissent, pour citer de nouveau saint Ignace « chanter d'une seule voix par Jésus-Christ un hymne au Père » (Ibid. 4, 2) et faire ainsi de leur vie une offrande à Dieu.
Vous êtes à juste titre convaincus que, pour faire grandir en chaque baptisé le goût de Dieu et la compréhension du sens de la vie, la catéchèse est d'une importance fondamentale. Les deux instruments principaux dont vous disposez, le Catéchisme de l'Église catholique et le Catéchisme des Évêques de France constituent de précieux atouts. Ils donnent de la foi catholique une synthèse harmonieuse et permettent d'annoncer l'Évangile dans une fidélité réelle à sa richesse. La catéchèse n'est pas d'abord affaire de méthode, mais de contenu, comme l'indique son nom même : il s'agit d'une saisie organique (kat-echein) de l'ensemble de la révélation chrétienne, apte à mettre à la disposition des intelligences et des cœurs la Parole de Celui qui a donné sa vie pour nous. De cette manière, la catéchèse fait retentir au coeur de chaque être humain un unique appel sans cesse renouvelé: « Suis-moi » (Mt 9, 9). Une soigneuse préparation des catéchistes permettra la transmission intégrale de la foi, à l'exemple de saint Paul, le plus grand catéchiste de tous les temps, vers lequel nous regardons avec une admiration particulière en ce bimillénaire de sa naissance. Au milieu des soucis apostoliques, il exhortait ainsi : « Un temps viendra où l'on ne supportera plus l'enseignement solide, mais, au gré de leur caprice, les gens iront chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d'entendre du nouveau. Ils refuseront d'entendre la Vérité pour se tourner vers des récits mythologiques » (2 Tm 4, 3-4). Conscients du grand réalisme de ses prévisions, avec humilité et persévérance vous vous efforcez de correspondre à ses recommandations : « Proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps ... avec une grande patience et avec le souci d'instruire » (2 Tm 4, 2).
Pour réaliser efficacement cette tâche, vous avez besoin de collaborateurs. Pour cette raison les vocations sacerdotales et religieuses méritent plus que jamais d'être encouragées. J'ai été informé des initiatives qui sont prises avec foi en ce domaine, et je tiens à apporter tout mon soutien à ceux qui n'ont pas peur, tel le Christ, d'inviter jeunes ou moins jeunes à se mettre au service du Maître qui est là et qui appelle (cf. Jn 11, 28). Je voudrais remercier chaleureusement et encourager toutes les familles, toutes les paroisses, toutes les communautés chrétiennes et tous les mouvements d'Église qui sont la bonne terre qui donne le bon fruit (cf. Mt 13, 8) des vocations. Dans ce contexte, je ne veux pas omettre d'exprimer ma reconnaissance pour les innombrables prières de vrais disciples du Christ et de son Église. Il y a parmi eux des prêtres, des religieux et religieuses, des personnes âgées ou des malades, des prisonniers aussi, qui durant des décennies ont fait monter vers Dieu leurs supplications pour accomplir le commandement de Jésus : « Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour sa moisson » (Mt 9, 38). L'Évêque et les communautés de fidèles doivent, pour ce qui les concerne, favoriser et accueillir les vocations sacerdotales et religieuses, en s'appuyant sur la grâce que donne l'Esprit Saint pour opérer le discernement nécessaire. Oui, très chers Frères dans l'épiscopat, continuez à appeler au sacerdoce et à la vie religieuse, tout comme Pierre a lancé ses filets sur l'ordre du Maître, alors qu'il avait passé la nuit à pêcher sans rien prendre (cf. Lc 5, 5).
On ne dira jamais assez que le sacerdoce est indispensable à l'Église, dans l'intérêt même du laïcat. Les prêtres sont un don de Dieu pour l'Église. Les prêtres ne peuvent déléguer leurs fonctions aux fidèles en ce qui concerne leurs missions propres. Chers Frères dans l'épiscopat, je vous invite à rester soucieux d'aider vos prêtres à vivre dans une union intime avec le Christ. Leur vie spirituelle est le fondement de leur vie apostolique. Vous les exhorterez avec douceur à la prière quotidienne et à la célébration digne des Sacrements, surtout de l'Eucharistie et de la Réconciliation, comme le faisait saint François de Sales pour ses prêtres. Tout prêtre doit pouvoir se sentir heureux de servir l'Église. A l'école du curé d'Ars, fils de votre terre et patron de tous les curés du monde, ne cessez pas de redire qu'un homme ne peut rien faire de plus grand que de donner aux fidèles le corps et le sang du Christ, et de pardonner les péchés. Cherchez à être attentifs à leur formation humaine, intellectuelle et spirituelle et à leurs moyens d'existence. Essayez, malgré le poids de vos lourdes occupations, de les rencontrer régulièrement et sachez les recevoir comme des frères et des amis (cf. LG 28 et CPE 16). Les prêtres ont besoin de votre affection, de votre encouragement et de votre sollicitude. Soyez proches d'eux et ayez une attention particulière pour ceux qui sont en difficulté, malades ou âgés (cf. CPE 16). N'oubliez pas qu'ils sont comme le dit le Concile Vatican II, reprenant la superbe expression utilisée par saint Ignace d'Antioche aux Magnésiens, « la couronne spirituelle de l'Évêque » (LG 41).
Le culte liturgique est l'expression suprême de la vie sacerdotale et épiscopale, comme aussi de l'enseignement catéchétique. Votre charge de sanctification du peuple des fidèles, chers Frères, est indispensable à la croissance de l'Église. J'ai été amené à préciser, dans le Motu proprio Summorum Pontificum, les conditions d'exercice de cette charge, en ce qui concerne la possibilité d'utiliser aussi bien le missel du bienheureux Jean XXIII (1962) que celui du Pape Paul VI (1970). Des fruits de ces nouvelles dispositions ont déjà vu le jour, et j'espère que l'indispensable pacification des esprits est, grâce à Dieu, en train de se faire. Je mesure les difficultés qui sont les vôtres, mais je ne doute pas que vous puissiez parvenir, en temps raisonnable, à des solutions satisfaisantes pour tous, afin que la tunique sans couture du Christ ne se déchire pas davantage. Nul n'est de trop dans l'Église. Chacun, sans exception, doit pouvoir s'y sentir chez lui, et jamais rejeté. Dieu qui aime tous les hommes et ne veut en perdre aucun nous confie cette mission de Pasteurs, en faisant de nous les Bergers de ses brebis. Nous ne pouvons que Lui rendre grâce de l'honneur et de la confiance qu'Il nous fait. Efforçons-nous donc toujours d'être des serviteurs de l'unité !
Quels sont les autres domaines qui requièrent une plus grande attention ? Les réponses peuvent différer d'un diocèse à l'autre, mais il y a certainement un problème qui apparaît partout d'une urgence particulière : c'est la situation de la famille. Nous savons que le couple et la famille affrontent aujourd'hui de vraies bourrasques. Les paroles de l'évangéliste à propos de la barque dans la tempête au milieu du lac peuvent s'appliquer à la famille : « Les vagues se jetaient sur la barque, si bien que déjà elle se remplissait » (Mc 4, 37). Les facteurs qui ont amené cette crise sont bien connus, et je ne m'attarderai donc pas à les énumérer. Depuis plusieurs décennies, des lois ont relativisé en différents pays sa nature de cellule primordiale de la société. Souvent, elles cherchent plus à s'adapter aux moeurs et aux revendications de personnes ou de groupes particuliers, qu'à promouvoir le bien commun de la société. L'union stable d'un homme et d'une femme, ordonnée à la construction d'un bonheur terrestre grâce à la naissance d'enfants donnés par Dieu, n'est plus, dans l'esprit de certains, le modèle auquel l'engagement conjugal se réfère. Cependant l'expérience enseigne que la famille est le socle sur lequel repose toute la société. De plus, le chrétien sait que la famille est aussi la cellule vivante de l'Église. Plus la famille sera imprégnée de l'esprit et des valeurs de l'Évangile, plus l'Église elle-même en sera enrichie et répondra mieux à sa vocation. D'ailleurs je connais et j'encourage vivement les efforts que vous faites afin d'apporter votre soutien aux différentes associations qui oeuvrent pour aider les familles. Vous avez raison de maintenir, même à contre-courant, les principes qui font la force et la grandeur du Sacrement de mariage. L'Église veut rester indéfectiblement fidèle au mandat que lui a confié son Fondateur, notre Maître et Seigneur Jésus-Christ. Elle ne cesse de répéter avec Lui : « Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas ! » (Mt 19, 6). L'Église ne s'est pas donné cette mission : elle l'a reçue. Certes, personne ne peut nier l'existence d'épreuves, parfois très douloureuses, que traversent certains foyers. Il faudra accompagner ces foyers en difficulté, les aider à comprendre la grandeur du mariage, et les encourager à ne pas relativiser la volonté de Dieu et les lois de vie qu'Il nous a données. Une question particulièrement douloureuse, nous le savons, est celle des divorcés remariés. L'Église, qui ne peut s'opposer à la volonté du Christ, maintient fermement le principe de l'indissolubilité du mariage, tout en entourant de la plus grande affection ceux et celles qui, pour de multiples raisons, ne parviennent pas à le respecter. On ne peut donc admettre les initiatives qui visent à bénir des unions illégitimes. L'Exhortation apostolique Familiaris consortio a indiqué le chemin ouvert par une pensée respectueuse de la vérité et de la charité.
Les jeunes, je le sais bien, chers Frères, sont au centre de vos préoccupations. Vous leur consacrez beaucoup de temps, et vous avez raison. Ainsi que vous avez pu le constater, je viens d'en rencontrer une multitude à Sydney, au cours de la Journée Mondiale de la Jeunesse. J'ai apprécié leur enthousiasme et leur capacité de se consacrer à la prière. Tout en vivant dans un monde qui les courtise et qui flatte leurs bas instincts, portant, eux aussi, le poids bien lourd d'héritages difficiles à assumer, les jeunes conservent une fraîcheur d'âme qui a fait mon admiration. J'ai fait appel à leur sens des responsabilités en les invitant à s'appuyer toujours sur la vocation que Dieu leur a donnée au jour de leur Baptême. « Notre force, c'est ce que le Christ veut de nous », disait le Cardinal Jean-Marie Lustiger. Au cours de son premier voyage en France, mon vénéré Prédécesseur avait fait entendre aux jeunes de votre pays un discours qui n'a rien perdu de son actualité et qui avait alors reçu un accueil d'une ferveur inoubliable. « La permissivité morale ne rend pas l'homme heureux », avait-il proclamé au Parc-des-Princes, sous des tonnerres d'applaudissements. Le bon sens qui inspirait la saine réaction de son auditoire n'est pas mort. Je prie l'Esprit Saint de parler au coeur de tous les fidèles et, plus généralement, de tous vos compatriotes, afin de leur donner - ou de leur rendre - le goût d'une vie menée selon les critères d'un bonheur véritable.
A l'Élysée, j'ai évoqué l'autre jour l'originalité de la situation française que le Saint-Siège désire respecter. Je suis convaincu, en effet, que les Nations ne doivent jamais accepter de voir disparaître ce qui fait leur identité propre. Dans une famille, les différents membres ont beau avoir le même père et la même mère, ils ne sont pas des individus indifférenciés, mais bien des personnes avec leur propre singularité. Il en va de même pour les pays, qui doivent veiller à préserver et développer leur culture propre, sans jamais la laisser absorber par d'autres ou se noyer dans une terne uniformité. « La Nation est en effet, pour reprendre les termes du Pape Jean-Paul II, la grande communauté des hommes qui sont unis par des liens divers, mais surtout, précisément, par la culture. La Nation existe "par" la culture et "pour" la culture, et elle est donc la grande éducatrice des hommes pour qu'ils puissent "être davantage" dans la communauté » (Discours à l'UNESCO, 2 juin 1980, n. 14). Dans cette perspective, la mise en évidence des racines chrétiennes de la France permettra à chacun des habitants de ce Pays de mieux comprendre d'où il vient et où il va. Par conséquent, dans le cadre institutionnel existant et dans le plus grand respect des lois en vigueur, il faudrait trouver une voie nouvelle pour interpréter et vivre au quotidien les valeurs fondamentales sur lesquelles s'est construite l'identité de la Nation. Votre Président en a évoqué la possibilité. Les présupposés sociopolitiques d'une antique méfiance, ou même d'hostilité, s'évanouissent peu à peu. L'Église ne revendique pas la place de l'État. Elle ne veut pas se substituer à lui. Elle est une société basée sur des convictions, qui se sait responsable du tout et ne peut se limiter à elle-même. Elle parle avec liberté, et dialogue avec autant de liberté dans le seul désir d'arriver à la construction de la liberté commune. Une saine collaboration entre la Communauté politique et l'Église, réalisée dans la conscience et le respect de l'indépendance et l'autonomie de chacune dans son propre domaine, est un service rendu à l'homme, ordonné à son épanouissement personnel et social. De nombreux points, prémices d'autres qui s'y ajouteront selon les nécessités, ont déjà été examinés et résolus au sein de l' « Instance de Dialogue entre l'Église et l'État ». En vertu de sa mission propre et au nom du Saint-Siège, le Nonce Apostolique y siège naturellement, lui qui est appelé à suivre activement la vie de l'Église et sa situation dans la société.
Comme vous le savez, mes prédécesseurs, le bienheureux Jean XXIII, ancien Nonce à Paris, et le Pape Paul VI, ont voulu des Secrétariats qui sont devenus, en 1988, le Conseil Pontifical pour la promotion de l'Unité des Chrétiens et le Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux. S'y ajoutèrent très vite la Commission pour les Rapports Religieux avec le Judaïsme et la Commission pour les Rapports Religieux avec les Musulmans. Ces structures sont en quelque sorte la reconnaissance institutionnelle et conciliaire des innombrables initiatives et réalisations antérieures. Des commissions ou conseils similaires se trouvent d'ailleurs dans votre Conférence Épiscopale et dans vos Diocèses. Leur existence et leur fonctionnement démontrent la volonté de l'Église d'aller de l'avant (...) dans le dialogue bilatéral. La récente Assemblée plénière du Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux a mis en évidence que le dialogue authentique demande comme conditions fondamentales une bonne formation pour ceux qui le promeuvent, et un discernement éclairé pour avancer peu à peu dans la découverte de la Vérité. L'objectif des dialogues oecuménique et interreligieux, différents naturellement dans leur nature et leur finalité respective, est la recherche et l'approfondissement de la Vérité. Il s'agit donc d'une tâche noble et obligatoire pour tout homme de foi, car le Christ lui-même est la Vérité. La construction des ponts entre les grandes traditions ecclésiales chrétiennes et le dialogue avec les autres traditions religieuses, exigent un réel effort de connaissance réciproque, car l'ignorance détruit plus qu'elle ne construit. Par ailleurs, il n'y a que la Vérité qui permette de vivre authentiquement le double Commandement de l'Amour que nous a laissé Notre Sauveur. Certes, il faut suivre avec attention les différentes initiatives entreprises et discerner celles qui favorisent la connaissance et le respect réciproques, ainsi que la promotion du dialogue, et éviter celles qui conduisent à des impasses. La bonne volonté ne suffit pas. Je crois qu'il est bon de commencer par l'écoute, puis de passer à la discussion théologique pour arriver enfin au témoignage et à l'annonce de la foi elle-même (cf. Note doctrinale sur certains aspects de l'évangélisation, n. 12, 3 décembre 2007). Puisse l'Esprit Saint vous donner le discernement qui doit caractériser tout Pasteur ! Saint Paul recommande : « Discernez la valeur de toute chose. Ce qui est bien, gardez-le ! » (1 Th 5, 21). La société globalisée, pluriculturelle et pluri-religieuse dans laquelle nous vivons, est une opportunité que nous donne le Seigneur de proclamer la Vérité et d'exercer l'Amour afin d'atteindre tout être humain sans distinction, même au-delà des limites de l'Église visible.
L'année qui a précédé mon élection au Siège de Pierre, j'ai eu la joie de venir dans votre pays pour y présider les cérémonies commémoratives du soixantième anniversaire du débarquement en Normandie. Rarement comme alors, j'ai senti l'attachement des fils et des filles de France à la terre de leurs aïeux. La France célébrait alors sa libération temporelle, au terme d'une guerre cruelle qui avait fait de nombreuses victimes. Aujourd'hui, c'est surtout en vue d'une véritable libération spirituelle qu'il convient d'oeuvrer. L'homme a toujours besoin d'être libéré de ses peurs et de ses péchés. L'homme doit sans cesse apprendre ou réapprendre que Dieu n'est pas son ennemi, mais son Créateur plein de bonté. L'homme a besoin de savoir que sa vie a un sens et qu'il est attendu, au terme de son séjour sur la terre, pour partager à jamais la gloire du Christ dans les cieux. Votre mission est d'amener la portion du Peuple de Dieu confiée à vos soins à la reconnaissance de ce terme glorieux. Veuillez trouver ici l'expression de mon admiration et de ma gratitude pour tout ce que vous faites afin d'aller en ce sens. Veuillez être assurés de ma prière quotidienne pour chacun de vous. Veuillez croire que je ne cesse de demander au Seigneur et à sa Mère de vous guider sur votre route.
Avec joie et émotion, je vous confie, très chers Frères dans l'Épiscopat, à Notre Dame de Lourdes et à sainte Bernadette. La puissance de Dieu s'est toujours déployée dans la faiblesse. L'Esprit Saint a toujours lavé ce qui était souillé, abreuvé ce qui était sec, redressé ce qui était déformé. Le Christ Sauveur, qui a bien voulu faire de nous les instruments de la communication de son amour aux hommes, ne cessera jamais de vous faire grandir dans la foi, l'espérance et la charité, pour vous donner la joie d'amener à Lui un nombre croissant d'hommes et de femmes de notre temps. En vous confiant à sa force de Rédempteur, je vous donne à tous et de tout coeur une affectueuse Bénédiction Apostolique. Merci.
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Méditation de Benoît XVI à la fin de la procession eucharistique
ROME, Dimanche 14 septembre 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous la méditation que le pape Benoît XVI a prononcée ce dimanche en fin d'après-midi, au terme de la procession eucharistique, à Lourdes.
Seigneur Jésus, tu es là !
Et vous, mes frères, mes soeurs, mes amis,
Vous êtes là, avec moi, devant Lui !
Seigneur, voici deux mille ans, tu as accepté de monter sur une Croix d'infamie pour ensuite ressusciter et demeurer à jamais avec nous (...) tes frères, tes soeurs !
Et vous, mes frères, mes soeurs, mes amis,
Vous acceptez de vous laisser saisir par Lui.
Nous Le contemplons.
Nous L'adorons.
Nous L'aimons. Nous cherchons à L'aimer davantage.
Nous contemplons Celui qui, au cours de son repas pascal, a donné son Corps et son Sang à ses disciples, pour être avec eux « tous les jours, jusqu'à la fin du monde » (Mt 28, 20).
Nous adorons Celui qui est au principe et au terme de notre foi, Celui sans qui nous ne serions pas là ce soir, Celui sans qui nous ne serions pas du tout, Celui sans qui rien ne serait, rien, absolument rien ! Lui, par qui « tout a été fait » (Jn 1, 3), Lui en qui nous avons été créés, pour l'éternité, Lui qui nous a donné son propre Corps et son propre Sang, Il est là, ce soir, devant nous, offert à nos regards.
Nous aimons - et nous cherchons à aimer davantage - Celui qui est là, devant nous, offert à nos regards, à nos questions peut-être, à notre amour.
Que nous marchions - ou que nous soyons cloués sur un lit de souffrance, que nous marchions dans la joie - ou que nous soyons dans le désert de l'âme (cf. Nb 21, 5), Seigneur, prends-nous tous dans ton Amour : dans l'Amour infini, qui est éternellement Celui du Père pour le Fils et du Fils pour le Père, celui du Père et du Fils pour l'Esprit, et de l'Esprit pour le Père et pour le Fils.
L'Hostie Sainte exposée à nos yeux dit cette Puissance infinie de l'Amour manifestée sur la Croix glorieuse. L'Hostie Sainte nous dit l'incroyable abaissement de Celui qui s'est fait pauvre pour nous faire riches de Lui, Celui qui a accepté de tout perdre pour nous gagner à son Père. L'Hostie Sainte est le Sacrement vivant, efficace de la présence éternelle du Sauveur des hommes à son Église.
Mes frères, mes soeurs, mes amis,
Acceptons, acceptez de vous offrir à Celui qui nous a tout donné, qui est venu non pour juger le monde, mais pour le sauver (cf. Jn 3, 17), acceptez de reconnaître la présence agissante en vos vies de Celui qui est ici présent, exposé à nos regards. Acceptez de Lui offrir vos propres vies!
Marie, la Vierge sainte, Marie, l'Immaculée Conception, a accepté, voici deux mille ans, de tout donner, d'offrir son corps pour accueillir le Corps du Créateur. Tout est venu du Christ, même Marie ; tout est venu par Marie, même le Christ.
Marie, la Vierge sainte, est avec nous ce soir, devant le Corps de son Fils, cent cinquante ans après s'être révélée à la petite Bernadette.
Vierge sainte, aidez-nous à contempler, aidez-nous à adorer, aidez-nous à aimer, à aimer davantage Celui qui nous a tant aimés, pour vivre éternellement avec Lui.
Une foule immense de témoins est invisiblement présente à nos côtés, tout près de cette grotte bénie et devant cette église voulue par la Vierge Marie ; la foule de tous ceux et de toutes celles qui ont contemplé, vénéré, adoré, la présence réelle de Celui qui s'est donné à nous jusqu'à sa dernière goutte de sang ; la foule de tous ceux et de toutes celles qui ont passé des heures à L'adorer dans le Très Saint Sacrement de l'autel.
Ce soir, nous ne les voyons pas, mais nous les entendons qui nous disent, à chacun et à chacune d'entre nous : « Viens, laisse-toi appeler par le Maître ! Il est là ! Il t'appelle (cf. Jn 11, 28) ! Il veut prendre ta vie et l'unir à la sienne. Laisse-toi saisir par Lui. Ne regarde plus tes blessures, regarde les siennes. Ne regarde pas ce qui te sépare encore de Lui et des autres ; regarde l'infinie distance qu'Il a abolie en prenant ta chair, en montant sur la Croix que Lui ont préparée les hommes et en se laissant mettre à mort pour te montrer son amour. Dans ses blessures, Il te prend ; dans ses blessures, II
t'y cache (...), ne te refuse pas à son Amour ! ».
La foule immense de témoins qui s'est laissée saisir par son Amour, c'est la foule des saints du ciel qui ne cessent d'intercéder pour nous. Ils étaient pécheurs et le savaient, mais ils ont accepté de ne pas regarder leurs blessures et de ne plus regarder que les blessures de leur Seigneur, pour y découvrir la gloire de la Croix, pour y découvrir la victoire de la Vie sur la mort. Saint Pierre-Julien Eymard nous dit tout, lorsqu'il s'écrie : « La sainte Eucharistie, c'est Jésus-Christ passé, présent et futur » ( Sermons et instructions paroissiales d'après 1856, 4-2,1. De la méditation).
Jésus-Christ passé, dans la vérité historique de la soirée au cénacle, où nous ramène toute célébration de la sainte Messe.
Jésus-Christ présent, parce qu'il nous dit : « Prenez et mangez-en tous, ceci est mon corps, ceci est mon sang ». « Ceci EST », au présent, ici et maintenant, comme dans tous les ici et maintenant de l'histoire des hommes. Présence réelle, présence qui dépasse nos pauvres lèvres, nos pauvres coeurs, nos pauvres pensées. Présence offerte à nos regards comme ici, ce soir, près de cette grotte où Marie s'est révélée comme l'Immaculée Conception.
L'Eucharistie est aussi Jésus-Christ futur, Jésus-Christ à venir. Lorsque nous contemplons l'Hostie Sainte, son Corps de gloire transfiguré et ressuscité, nous contemplons ce que nous contemplerons dans l'éternité, en y découvrant le monde entier porté par son Créateur à chaque seconde de son histoire. Chaque fois que nous Le mangeons, mais aussi chaque fois que nous Le contemplons, nous L'annonçons, jusqu'à ce qu'Il revienne, « donec veniat ». C'est pourquoi nous Le recevons avec un infini respect.
Certains parmi nous ne peuvent pas ou ne peuvent pas encore Le recevoir dans le Sacrement, mais ils peuvent Le contempler avec foi et amour, et exprimer le désir de pouvoir s'unir à Lui. C'est un désir qui a une grande valeur aux yeux de Dieu. Ceux-ci attendent son retour avec plus d'ardeur ; Ils attendent Jésus-Christ à venir.
Lorsqu'une amie de Bernadette lui posa la question le lendemain de sa première communion : « De quoi as-tu été la plus heureuse : de la première communion ou des apparitions ? », Et Bernadette répondit : « Ce sont deux choses qui vont ensemble, mais ne peuvent être comparées - J'ai été heureuse dans les deux » (Emmanuélite Estrade, 4 juin 1858). Et son curé témoignait à l'Évêque de Tarbes au sujet de sa première communion : « Bernadette fut d'un grand recueillement, d'une
attention qui ne laissait rien à désirer ... Elle apparaissait bien pénétrée de l'action sainte qu'elle faisait. Tout se développe en elle d'une façon étonnante ».
Avec Pierre-Julien Eymard et avec Bernadette, nous invoquons le témoignage de tant et tant de saints et de saintes qui ont eu pour la sainte Eucharistie le plus grand amour. Nicolas Cabasilas s'écrie et nous dit ce soir : « Si le Christ demeure en nous, de quoi avons-nous besoin ? Que nous manque-t-il ? Si nous demeurons en Christ, que pouvons-nous désirer de plus ? Il est notre hôte et notre demeure. Heureux sommes-nous d'être Sa maison ! Quelle joie d'être nous-mêmes la demeure d'un
tel habitant ! » (La vie en Jésus-Christ, IV, 6).
Le bienheureux Charles de Foucauld est né en 1858, l'année même des apparitions de Lourdes. Non loin de son corps raidi par la mort, se trouvait, comme le grain de blé jeté à terre, la lunule contenant le Saint-Sacrement que frère Charles adorait chaque jour durant de longues heures. Le Père de Foucauld nous livre la prière de l'intime de son coeur, une prière adressée à notre Père, mais qu'avec Jésus nous pouvons en toute vérité faire nôtre devant la Sainte Hostie:
« `Mon Père, je remets mon esprit entre Vos mains'.
C'est la dernière prière de notre Maître, de notre Bien-Aimé... Puisse-t-elle être la nôtre, et qu'elle soit non seulement celle de notre dernier instant, mais celle de tous nos instants :
Mon Père, je me remets entre vos mains ; mon Père, je me confie à vous ; mon Père, je m'abandonne à Vous ; mon Père, faites de moi ce qu'il Vous plaira ; quoi que Vous fassiez de moi, je Vous remercie ; merci de tout ; je suis prêt à tout, j'accepte tout ; je Vous remercie de tout. Pourvu que Votre volonté se fasse en moi, mon Dieu, pourvu que Votre volonté se fasse en toutes Vos créatures, en tous Vos enfants, en tous ceux que Votre coeur aime, je ne désire rien d'autre, mon Dieu ; je remets mon âme entre Vos mains ; je Vous la donne, mon Dieu, avec tout l'amour de mon coeur, parce que je Vous aime, et que ce m'est un besoin d'amour de me donner, de me remettre entre Vos mains, sans mesure, avec une infinie confiance, car Vous êtes mon Père » (Méditation sur les Saints Évangiles).
Frères et soeurs bien-aimés, pèlerins d'un jour et habitants de ces vallées, frères évêques, prêtres, diacres, religieux, religieuses, vous tous qui voyez devant vous l'infini abaissement du Fils de Dieu et la gloire infinie de la Résurrection, restez en silence et adorez votre Seigneur, notre Maître et Seigneur Jésus le Christ. Restez en silence, puis parlez et dites au monde : nous ne pouvons plus taire ce que nous savons. Allez dire au monde entier les merveilles de Dieu, présent à chaque moment de nos vies, en tout lieu de la terre. Que Dieu nous bénisse et nous garde, qu'Il nous conduise sur le chemin de la vie éternelle, Lui qui est la Vie, pour les siècles des siècles. Amen.
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Homélie de Benoît XVI lors de la messe des malades à Lourdes
ROME, Lundi 15 septembre 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le texte intégral de l'homélie que le pape Benoît XVI a prononcée lors de la messe pour les malades, ce lundi matin, à Lourdes, sur l'esplanade du Rosaire.
* * *
Chers frères dans l'Épiscopat et dans le Sacerdoce,
Chers malades, chers accompagnateurs et hospitaliers,
Chers frères et soeurs !
Nous avons célébré hier la Croix du Christ, l'instrument de notre Salut, qui nous révèle dans toute sa plénitude la miséricorde de notre Dieu. La Croix est en effet le lieu où se manifeste de façon parfaite la compassion de Dieu pour notre monde. Aujourd'hui, en célébrant la mémoire de Notre-Dame des Douleurs, nous contemplons Marie qui partage la compassion de son Fils pour les pécheurs. Comme l'affirme saint Bernard, la Mère du Christ est entrée dans la Passion de son Fils par sa compassion (cf. Homélie pour le dimanche dans l'Octave de l'Assomption). Au pied de la Croix se réalise la prophétie de Syméon : son coeur de mère est transpercé (cf. Lc 2, 35) par le supplice infligé à l'Innocent, né de sa chair. Comme Jésus a pleuré (cf. Jn 11,35), Marie a certainement elle aussi pleuré devant le corps torturé de son enfant. La discrétion de Marie nous empêche de mesurer l'abîme de sa douleur ; la profondeur de cette affliction est seulement suggérée par le symbole traditionnel des sept glaives. Comme pour son Fils Jésus, il est possible de dire que cette souffrance l'a conduite elle aussi à sa perfection (cf. Hb 2, 10), pour la rendre capable d'accueillir la nouvelle mission spirituelle que son Fils lui confie juste avant de « remettre l'esprit » (cf. Jn 19, 30) : devenir la mère du Christ en ses membres. En cette heure, à travers la figure du disciple bien-aimé, Jésus présente chacun de ses disciples à sa Mère en lui disant : « Voici ton Fils » (cf. Jn 19, 26-27).
Marie est aujourd'hui dans la joie et la gloire de la Résurrection. Les larmes qui étaient les siennes au pied de la Croix se sont transformées en un sourire que rien n'effacera tandis que sa compassion maternelle envers nous demeure intacte. L'intervention secourable de la Vierge Marie au cours de l'histoire l'atteste et ne cesse de susciter à son égard, dans le peuple de Dieu, une confiance inébranlable : la prière du Souvenez-vous exprime très bien ce sentiment. Marie aime chacun de ses enfants, portant d'une façon particulière son attention sur ceux qui, comme son Fils à l'heure de sa Passion, sont en proie à la souffrance ; elle les aime tout simplement parce qu'ils sont ses fils, selon la volonté du Christ sur la Croix.
Le psalmiste, percevant de loin ce lien maternel qui unit la Mère du Christ et le peuple croyant, prophétise au sujet de la Vierge Marie que « les plus riches du peuple ... quêteront ton sourire » (Ps 44, 13). Ainsi, à l'instigation de la Parole inspirée de l'Écriture, les chrétiens ont-ils depuis toujours quêté le sourire de Notre Dame, ce sourire que les artistes, au Moyen-âge, ont su si prodigieusement représenter et mettre en valeur. Ce sourire de Marie est pour tous ; il s'adresse cependant tout spécialement à ceux qui souffrent afin qu'ils puissent y trouver le réconfort et l'apaisement. Rechercher le sourire de Marie n'est pas le fait d'un sentimentalisme dévot ou suranné, mais bien plutôt l'expression juste de la relation vivante et profondément humaine qui nous lie à celle que le Christ nous a donnée pour Mère.
Désirer contempler ce sourire de la Vierge, ce n'est pas se laisser mener par une imagination incontrôlée. L'Écriture elle-même nous le dévoile sur les lèvres de Marie lorsqu'elle chante le Magnificat : « Mon âme exalte le Seigneur, mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur » (Lc 1, 46-47). Quand la Vierge Marie rend grâce au Seigneur, elle nous prend à témoin. Marie partage, comme par anticipation, avec ses futurs enfants que nous sommes, la joie qui habite son coeur, pour qu'elle devienne la nôtre. Chaque récitation du Magnificat fait de nous des témoins de son sourire. Ici à Lourdes, au cours de l'apparition qui eut lieu le mercredi 3 mars 1858, Bernadette contempla de manière toute particulière ce sourire de Marie. Celui-ci fut la première réponse que la Belle Dame donna à la jeune voyante qui voulait connaître son identité. Avant de se présenter à elle, quelques jours plus tard, comme « l'Immaculée Conception », Marie lui fit d'abord connaître son sourire, comme étant la porte d'entrée la plus appropriée à la révélation de son mystère.
Dans le sourire de la plus éminente de toutes les créatures, tournée vers nous, se reflète notre dignité d'enfants de Dieu, cette dignité qui n'abandonne jamais celui qui est malade. Ce sourire, vrai reflet de la tendresse de Dieu, est la source d'une espérance invincible. Nous le savons malheureusement : la souffrance endurée rompt les équilibres les mieux assurés d'une vie, ébranle les assises les plus fermes de la confiance et en vient parfois même à faire désespérer du sens et de la valeur de la vie. Il est des combats que l'homme ne peut soutenir seul, sans l'aide de la grâce divine. Quand la parole ne sait plus trouver de mots justes, s'affirme le besoin d'une présence aimante : nous recherchons alors la proximité non seulement de ceux qui partagent le même sang ou qui nous sont liés par l'amitié, mais aussi la proximité de ceux qui nous sont intimes par le lien de la foi. Qui pourraient nous être plus intimes que le Christ et sa sainte Mère, l'Immaculée ? Plus que tout autre, ils sont capables de nous comprendre et de saisir la dureté du combat mené contre le mal et la souffrance. La Lettre aux Hébreux dit à propos du Christ, qu'il « n'est pas incapable de partager notre faiblesse ; car en toutes choses, il a connu l'épreuve comme nous » (cf. Hb 4, 15). Je souhaiterais dire, humblement, à ceux qui souffrent et à ceux qui luttent et sont tentés de tourner le dos à la vie : tournez-vous vers Marie ! Dans le sourire de la Vierge se trouve mystérieusement cachée la force de poursuivre le combat contre la maladie et pour la vie. Auprès d'elle se trouve également la grâce d'accepter, sans crainte ni amertume, de quitter ce monde, à l'heure voulue par Dieu.
Comme elle était juste l'intuition de cette belle figure spirituelle française, Dom Jean-Baptiste Chautard, qui, dans L'âme de tout apostolat, proposait au chrétien ardent de fréquentes « rencontres de regard avec la Vierge Marie » ! Oui, quêter le sourire de la Vierge Marie n'est pas un pieux enfantillage, c'est l'aspiration, dit le Psaume 44, de ceux qui sont « les plus riches du peuple » (v. 13). « Les plus riches », c'est-à-dire dans l'ordre de la foi, ceux qui ont la maturité spirituelle la plus élevée et savent précisément reconnaître leur faiblesse et leur pauvreté devant Dieu. En cette manifestation toute simple de tendresse qu'est un sourire, nous saisissons que notre seule richesse est l'amour que Dieu nous porte et qui passe par le coeur de celle qui est devenue notre Mère. Quêter ce sourire, c'est d'abord cueillir la gratuité de l'amour ; c'est aussi savoir provoquer ce sourire par notre effort pour vivre selon la Parole de son Fils Bien-aimé, tout comme un enfant cherche à faire naître le sourire de sa mère en faisant ce qui lui plaît. Et nous savons ce qui plaît à Marie grâce aux paroles qu'elle adressa aux serviteurs à Cana : « Faites tout ce qu'il vous dira » (cf. Jn 2, 5).
Le sourire de Marie est une source d'eau vive. « Celui qui croit en moi, dit Jésus, des fleuves d'eau vive jailliront de son coeur » (Jn 7, 38). Marie est celle qui a cru, et, de son sein, ont jailli des fleuves d'eau vive qui viennent irriguer l'histoire des hommes. La source indiquée, ici, à Lourdes, par Marie à Bernadette est l'humble signe de cette réalité spirituelle. De son coeur de croyante et de mère, jaillit une eau vive qui purifie et qui guérit. En se plongeant dans les piscines de Lourdes, combien n'ont-ils pas découvert et expérimenté la douce maternité de la Vierge Marie, s'attachant à elle pour mieux s'attacher au Seigneur ! Dans la séquence liturgique de cette fête de Notre-Dame des Douleurs, Marie est honorée sous le titre de « Fons amoris », «Source d'amour ». Du coeur de Marie, sourd, en effet, un amour gratuit qui suscite en réponse un amour filial, appelé à s'affiner sans cesse. Comme toute mère et mieux que toute mère, Marie est l'éducatrice de l'amour. C'est pourquoi tant de malades viennent ici, à Lourdes, pour se désaltérer auprès du « Fons amoris » et pour se laisser conduire à l'unique source du salut, son Fils, Jésus le Sauveur.
Le Christ dispense son Salut à travers les Sacrements et, tout spécialement, aux personnes qui souffrent de maladies ou qui sont porteuses d'un handicap, à travers la grâce de l'onction des malades. Pour chacun, la souffrance est toujours une étrangère. Sa présence n'est jamais domesticable. C'est pourquoi il est difficile de la porter, et plus difficile encore - comme l'ont fait certains grands témoins de la sainteté du Christ - de l'accueillir comme une partie prenante de notre vocation, ou d'accepter, comme Bernadette l'a formulé, de « tout souffrir en silence pour plaire à Jésus ». Pour pouvoir dire cela, il faut déjà avoir parcouru un long chemin en union avec Jésus. Dès à présent, il est possible, en revanche, de s'en remettre à la miséricorde de Dieu telle qu'elle se manifeste par la grâce du Sacrement des malades. Bernadette, elle-même, au cours d'une existence souvent marquée par la maladie, a reçu ce Sacrement à quatre reprises. La grâce propre à ce Sacrement consiste à accueillir en soi le Christ médecin. Cependant, le Christ n'est pas médecin à la manière du monde. Pour nous guérir, il ne demeure pas extérieur à la souffrance éprouvée ; il la soulage en venant habiter en celui qui est atteint par la maladie, pour la porter et la vivre avec lui. La présence du Christ vient rompre l'isolement que provoque la douleur. L'homme ne porte plus seul son épreuve, mais il est conformé au Christ qui s'offre au Père, en tant que membre souffrant du Christ, et il participe, en Lui, à l'enfantement de la nouvelle création.
Sans l'aide du Seigneur, le joug de la maladie et de la souffrance est cruellement pesant. En recevant le Sacrement des malades, nous ne désirons porter d'autre joug que celui du Christ, forts de la promesse qu'il nous a faite que son joug sera facile à porter et son fardeau léger (cf. Mt 11, 30). J'invite les personnes qui recevront l'onction des malades au cours de cette messe à entrer dans une telle espérance.
(...) Le Concile Vatican II a présenté Marie comme la figure en laquelle est résumé tout le mystère de l'Église (cf. LG n. 63-65). Son histoire personnelle anticipe le chemin de l'Église, qui est invitée à être tout aussi attentive qu'elle aux personnes qui souffrent. J'adresse un salut affectueux à toutes les personnes, particulièrement le corps médical et soignant, qui, à divers titres dans les hôpitaux ou dans d'autres institutions, contribuent aux soins des malades avec compétence et générosité. Je voudrais également dire à tous les hospitaliers, aux brancardiers et aux accompagnateurs qui, provenant de tous les diocèses de France et de plus loin encore, entourent tout au long de l'année les malades qui viennent en pèlerinage à Lourdes, combien leur service est précieux. Ils sont les bras de l'Église servante. Je souhaite enfin encourager ceux qui, au nom de leur foi, accueillent et visitent les malades, en particulier dans les aumôneries des hôpitaux, dans les paroisses ou, comme ici, dans les sanctuaires. Puissiez-vous, en étant les porteurs de la miséricorde de Dieu (cf. Mt 25, 39-40), toujours ressentir dans cette mission importante et délicate le soutien effectif et fraternel de vos communautés ! Et dans ce sens, je salue et je remercie particulièrement aussi bien mes frères dans l'épiscopat, les évêques français, les évêques étrangers et les prêtres qui tous sont des accompagnateurs des malades et des hommes dans la souffrance de ce monde. Merci pour votre service avec le Seigneur souffrant.
Le service de charité que vous rendez est un service marial. Marie vous confie son sourire, pour que vous deveniez vous-mêmes, dans la fidélité à son Fils, source d'eau vive. Ce que vous faites, vous le faites au nom de l'Église, dont Marie est l'image la plus pure. Puissiez-vous porter son sourire à tous !
En conclusion, je souhaite m'unir à la prière des pèlerins et des malades et reprendre avec vous un extrait de la prière à Marie proposée pour la célébration de ce Jubilé : « Parce que tu es le sourire de Dieu, le reflet de la lumière du Christ, la demeure de l'Esprit Saint, Parce que tu as choisi Bernadette dans sa misère, que tu es l'étoile du matin, la porte du ciel, et la première créature ressuscitée, Notre-Dame de Lourdes », avec nos frères et soeurs dont le coeur et le corps sont endoloris, nous te prions !
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Départ de Benoît XVI : Discours de François Fillon à l’aéroport de Tarbes
ROME, Lundi 15 septembre 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le discours que le premier ministre français M. François Fillon a adressé au pape, ce lundi en milieu de journée, au cours de la cérémonie de départ de Benoît XVI, à l'aéroport de Tarbes-Lourdes.
* * *
Très Saint Père,
Ces quatre journées passées parmi nous resteront dans l'esprit de nombreux Français comme un grand et beau moment de partage. Partage d'émotions, de réflexion et d'espérance.
Votre venue a suscité un élan populaire.
De Notre Dame de Paris à l'esplanade des Invalides, des Invalides à Lourdes, votre bonté s'est répandue sur une immense foule joyeuse et attentive à votre message. Avec la communauté catholique, nos concitoyens de tous âges, de tous milieux sociaux, de toutes origines et de toutes confessions, se sont rassemblés avec ferveur.
Votre visite a été pour la France la confirmation d'une longue amitié.
Dans l'avion qui vous amenait vendredi à Orly, vous avez déclaré votre attachement personnel à notre langue, à notre culture et à notre tradition intellectuelle. Vous savez que cette tradition est nourrie de débats constants, de propositions, de contestations. Au palais de l'Élysée, vous avez contribué à la réflexion que la République conduit, depuis deux siècles, sur ses rapports avec les églises.
Vous avez rappelé que la séparation fondamentale de l'Eglise et de l'Etat ne les empêchait, ni de dialoguer, ni de s'enrichir mutuellement.
Au collège des Bernardins, entouré des représentants du monde de la culture, votre rayonnement intellectuel a donné à votre message d'espoir et de vigilance, une portée universelle.
Vous nous avez invités à emprunter le chemin de la Raison et de la Parole pour progresser en humanité et en spiritualité.
Vous avez mis en garde notre civilisation sur ses faiblesses matérialistes, ses pulsions guerrières, ses fanatismes.
Vous en avez appelé à l'Europe humaniste et à son héritage chrétien.
Votre exigence aura approfondi notre regard sur la condition humaine, sur ses devoirs éthiques, sur son mystère.
Très Saint Père,
C'est la République - celle des croyants de toutes confessions, mais aussi celle de ceux qui doutent, cherchent ou ne croient pas - qui a été invitée à une méditation collective. Et cette méditation est à l'image d'une laïcité ouverte et réfléchie.
La République, profondément laïque, respecte l'existence du fait religieux. Elle apprécie la part de la tradition chrétienne dans son histoire et son patrimoine culturel et immatériel.
Je crois que ceux qui vous ont écouté se sont pris pour vous d'une affection très sincère, et qu'ils saluent la simplicité avec laquelle vous avez invité chacun à se tourner vers la meilleure part de lui même.
La France vous regarde partir avec émotion et gratitude.
Au milieu des crises et des inquiétudes, votre visite fut un moment de paix et de fraternité.
Au milieu des tensions internationales, elle a été l'occasion de rappeler notre opposition commune aux fanatismes, aux violences, aux discriminations.
A l'aube d'un nouveau siècle, votre visite nous invite à conjurer nos peurs et à mobiliser le meilleur de notre humanité au service de l'avenir.
Très Saint Père, les Français vous sont gré d'avoir ainsi contribué à entretenir une espérance partagée.
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Discours de Benoît XVI à l’aéroport de Tarbes-Lourdes
ROME, Lundi 15 septembre 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le discours que le pape Benoît XVI a prononcé au cours de la cérémonie de départ, à l'aéroport de Tarbes-Lourdes, ce lundi, en milieu de journée.
* * *
Monsieur le Premier Ministre,
Chers Frères Cardinaux et Évêques,
Autorités civiles et politiques présentes,
Mesdames, Messieurs !
Au moment de quitter - non sans regret - le sol de France, je vous suis très reconnaissant d'être venu me saluer, en me donnant ainsi l'occasion de dire une dernière fois combien ce voyage dans votre pays a réjoui mon coeur. A travers vous, Monsieur le Premier Ministre, je salue Monsieur le Président de la République et tous les membres du Gouvernement, ainsi que les Autorités civiles et militaires qui n'ont pas ménagé leur efforts pour contribuer au bon déroulement de ces journées de grâce. Je tiens à exprimer ma sincère gratitude à mes Frères dans l'Épiscopat, au Cardinal Vingt-Trois et à Mgr Perrier en particulier, ainsi qu'à tous les membres et au personnel de la Conférence des Évêques de France. Il est bon de se retrouver entre frères. Je remercie aussi chaleureusement Messieurs les Maires et les municipalités de Paris et de Lourdes. Je n'oublie pas les Forces de l'ordre et tous les innombrables volontaires qui ont offert leur temps et leur compétence. Tous ont travaillé avec dévouement et ardeur pour la bonne réussite de mes quatre jours dans votre Pays.
Merci beaucoup.
Mon voyage a été comme un diptyque. Le premier volet a été Paris, ville que je connais assez bien et lieu de multiples rencontres importantes. J'ai eu l'occasion de célébrer l'Eucharistie dans le cadre prestigieux de l'esplanade des Invalides. J'y ai rencontré un peuple vivant de fidèles, fiers et forts de leur foi, que je suis venu encourager afin qu'ils persévèrent courageusement à vivre l'enseignement du Christ et de son Église. J'ai pu prier aussi les Vêpres avec les prêtres, avec les religieux et les religieuses, et avec les séminaristes. J'ai voulu les affermir dans leur vocation au service de Dieu et du prochain. J'ai passé aussi un moment, trop bref mais combien intense, avec les jeunes sur le parvis de Notre-Dame. Leur enthousiasme et leur affection me réconfortent. Comment ne pas rappeler aussi la prestigieuse rencontre avec le monde de la culture à l'Institut de France et aux Bernardins ? Comme vous le savez, je considère que la culture et ses interprètes sont des vecteurs privilégiés du dialogue entre la foi et la raison, entre Dieu et l'homme.
Le second volet de mon voyage a été Lourdes, un lieu emblématique, qui attire et fascine tout croyant : comme une lumière dans l'obscurité de nos tâtonnements vers Dieu. Marie y a ouvert une porte vers un au-delà qui nous interroge et nous séduit. Maria, porta caeli ! Je me suis mis à son école durant ces trois jours. Le Pape se devait de venir à Lourdes pour célébrer le 150e anniversaire des Apparitions. Devant la Grotte de Massabielle, j'ai prié pour vous tous. J'ai prié pour l'Église. J'ai prié pour la France et pour le monde. Les deux Eucharisties célébrées à Lourdes m'ont permis de m'unir aux fidèles pèlerins. Devenu l'un d'eux, j'ai suivi l'ensemble des quatre étapes du chemin du Jubilé, visitant l'église paroissiale, puis le cachot et la Grotte, et enfin la chapelle de l'hôpital. J'ai aussi prié avec et pour les malades qui viennent chercher apaisement physique et espoir spirituel. Dieu ne les oublie pas, et l'Église non plus. Comme tout fidèle en pèlerinage, j'ai voulu participer à la procession aux flambeaux et à la procession eucharistique. Elles font monter vers Dieu supplications et louanges. Lourdes est aussi le lieu où se rencontrent régulièrement les Évêques de France pour prier ensemble et célébrer l'Eucharistie, réfléchir et échanger sur leur mission de pasteurs. J'ai voulu partager avec eux ma conviction que les temps sont propices à un retour à Dieu.
Monsieur le Premier Ministre, Frères Évêques et chers amis, que Dieu bénisse la France ! Que sur son sol règne l'harmonie et le progrès humain, et que son Église soit le levain dans la pâte pour indiquer avec sagesse et sans crainte, selon son devoir propre, qui est Dieu ! Le moment est arrivé de vous laisser. Peut-être reviendrais-je dans votre beau Pays ? J'en ai le désir, un désir que je confie à Dieu. De Rome, je vous resterai proche et lorsque je m'arrêterai devant la réplique de la grotte de Lourdes, qui se trouve dans les jardins du Vatican depuis un peu plus d'un siècle, je penserai à vous. Que Dieu vous bénisse ! Merci.
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Audience du mercredi 17 septembre : le voyage de Benoît XVI en France
ROME, Mercredi 17 septembre 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le texte intégral du bilan que le pape Benoît XVI a fait de son voyage en France, au cours de l'audience générale, ce mercredi, dans la salle Paul VI au Vatican.
* * *
Chers frères et sœurs !
La rencontre d'aujourd'hui m'offre l'heureuse opportunité de reparcourir les divers moments de la visite pastorale que j'ai accomplie ces jours derniers en France ; une visite dont le moment culminant, comme vous le savez, a été le pèlerinage à Lourdes, à l'occasion du 150e anniversaire des apparitions de la Vierge à sainte Bernadette. Je rends grâce avec ferveur au Seigneur qui m'a accordé une possibilité aussi providentielle, et j'exprime à nouveau ma vive reconnaissance à l'archevêque de Paris, à l'évêque de Tarbes et Lourdes, à leurs collaborateurs respectifs et à tous ceux qui, de différentes manières, ont coopéré à la bonne réussite de mon pèlerinage. Je remercie également cordialement le président de la République et les autres autorités qui m'ont accueilli avec tant de courtoisie.
La visite a commencé à Paris, où j'ai rencontré idéalement tout le peuple français, rendant ainsi hommage à une nation bien-aimée dans laquelle l'Eglise, déjà depuis le IIème siècle, a joué un rôle civilisateur fondamental. Il est intéressant que, précisément dans ce contexte, ait mûri l'exigence d'une saine distinction entre domaine politique et domaine religieux, selon la célèbre phrase de Jésus : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (Mc 12, 17). Sur les monnaies romaines était imprimée l'effigie de César et c'est pourquoi celles-ci devaient lui être restituées, mais dans le cœur de l'homme il y a l'empreinte du Créateur, unique Seigneur de notre vie. L'authentique laïcité n'est donc pas faire abstraction de la dimension spirituelle, mais reconnaître que celle-ci est précisément, de manière radicale, la garante de notre liberté et de l'autonomie des réalités terrestres, grâce aux préceptes de la Sagesse créatrice que la conscience humaine sait accueillir et mettre en œuvre.
C'est dans cette perspective que se situe la vaste réflexion sur le thème : « Les origines de la théologie occidentale et les racines de la culture européenne », que j'ai développée au cours de la rencontre avec le monde de la culture, dans un lieu choisi pour sa valeur symbolique. Il s'agit du Collège des Bernardins, que le regretté cardinal Jean-Marie Lustiger voulut valoriser comme centre de dialogue culturel, un édifice du XIIème siècle, construit pour les cisterciens, où les jeunes ont fait leurs études. Ainsi, c'est précisément la présence de cette théologie monastique qui a donné également naissance à notre culture occidentale. Le point de départ de mon discours a été une réflexion sur le monachisme, dont le but était de rechercher Dieu, quaerere Deum. A l'époque de la crise profonde de la civilisation antique, orientés par la lumière de la foi, les moines choisirent la voie maîtresse : la voie de l'écoute de la Parole de Dieu. Ils furent donc les grands spécialistes des Saintes Ecritures et les monastères devinrent des écoles de sagesse et des écoles « dominici servitii », « du service du Seigneur », comme les appelait saint Benoît. La recherche de Dieu conduisait ainsi les moines, par sa nature, à une culture de la parole. Quaerere Deum, chercher Dieu, ils le cherchaient sur les traces de sa Parole, et ils devaient donc connaître toujours plus en profondeur cette Parole. Il fallait pénétrer dans le secret de la langue, la comprendre dans sa structure. Pour la recherche de Dieu, qui s'est révélé à nous dans les Saintes Ecritures, les sciences profanes, qui visaient à approfondir les secrets des langues, devenaient ainsi importantes. En conséquence, cette eruditio, qui devait permettre la formation de la culture, se développait dans les monastères. C'est précisément pour cela que quaerere Deum - chercher Dieu, reste aujourd'hui comme hier la voie maîtresse et le fondement de toute véritable culture.
L'architecture aussi est l'expression artistique de la recherche de Dieu, et il ne fait aucun doute que la cathédrale Notre-Dame à Paris en constitue un exemple de valeur universelle. A l'intérieur de ce temple magnifique, où j'ai eu la joie de présider la célébration des Vêpres de la Bienheureuse Vierge Marie, j'ai exhorté les prêtres, les diacres, les religieux, les religieuses et les séminaristes venus de toutes les parties de la France, à accorder la priorité à l'écoute religieuse de la Parole divine, en regardant la Vierge Marie comme un modèle sublime. Sur le parvis de Notre-Dame j'ai ensuite salué les jeunes, venus nombreux et enthousiastes. Alors qu'ils allaient commencer une longue veillée de prière, je leur ai remis deux trésors de la foi chrétienne : l'Esprit Saint et la Croix. L'Esprit ouvre l'intelligence humaine à des horizons qui la dépassent et lui fait comprendre la beauté et la vérité de l'amour de Dieu, révélé précisément dans la Croix. Un amour dont rien ne pourra jamais nous séparer et dont on fait l'expérience en donnant sa propre vie, à l'exemple du Christ. J'ai ensuite effectué une brève halte à l'Institut de France, siège des cinq Académies nationales : étant membre d'une des Académies, j'ai rencontré mes collègues avec grande joie. Et puis ma visite a atteint son sommet dans la célébration eucharistique sur l'Esplanade des Invalides. En reprenant les paroles de l'apôtre Paul aux Corinthiens, j'ai invité les fidèles de Paris et de la France entière à rechercher le Dieu vivant, qui nous a montré son véritable visage en Jésus présent dans l'Eucharistie, en nous incitant à aimer nos frères comme Il nous a aimés.
Je me suis ensuite rendu à Lourdes, où j'ai pu immédiatement m'unir à des milliers de fidèles sur le « Chemin du Jubilé », qui reparcourt les lieux de la vie de sainte Bernadette : l'église paroissiale avec les fonts baptismaux où elle a été baptisée ; le « cachot » où elle vécut enfant dans une grande pauvreté ; la Grotte de Massabielle, où la Vierge lui apparut dix-huit fois. Dans la soirée, j'ai participé à la traditionnelle Procession aux flambeaux, merveilleuse manifestation de foi en Dieu et de dévotion à sa Mère et à la nôtre. Lourdes est vraiment un lieu de lumière, de prière, d'espérance et de conversion, fondées sur le roc de l'amour de Dieu, dont le sommet de la révélation a été la Croix glorieuse du Christ.
Par une heureuse coïncidence, dimanche dernier la liturgie, rappelait l'Exaltation de la Sainte Croix, signe d'espérance par excellence, car elle est le témoignage le plus élevé de l'amour. A Lourdes, à l'école de Marie, première et parfaite disciple du Crucifié, les pèlerins apprennent à considérer les croix de leur propre vie à la lumière de la Croix glorieuse du Christ. En apparaissant à Bernadette, dans la grotte de Massabielle, le premier geste que fit Marie fut précisément le Signe de la Croix, en silence et sans paroles. Et Bernadette l'imita en faisant à son tour le Signe de la Croix d'une main tremblante. Et ainsi la Vierge a donné une première initiation dans l'essence du christianisme : le signe de la Croix est le sommet de notre foi, et en le faisant d'un cœur attentif nous entrons dans la plénitude du mystère de notre salut. Dans ce geste de la Vierge, se trouve tout le message de Lourdes ! Dieu nous a tant aimés qu'il s'est donné lui-même pour nous : tel est le message de la Croix, « mystère de mort et de gloire ». La Croix nous rappelle qu'il n'existe pas de véritable amour sans souffrance, il n'y a pas de don de la vie sans douleur. De nombreuses personnes apprennent cette vérité à Lourdes, qui est une école de foi et d'espérance, car elle est aussi une école de charité et de service aux frères. C'est dans ce contexte de foi et de prière que s'est tenue l'importante rencontre avec l'épiscopat français : il s'est agi d'un moment d'intense communion spirituelle, où ensemble nous avons confié à la Vierge les attentes communes et les préoccupations pastorales.
L'étape suivante a été la procession eucharistique avec des milliers de fidèles, parmi lesquels, comme toujours, se trouvaient de nombreux malades. Devant le Très Saint Sacrement, notre communion spirituelle avec Marie s'est faite encore plus intense et profonde car Elle nous donne des yeux et un cœur capables de contempler son Divin Fils dans la Sainte Eucharistie. Le silence de ces milliers de personnes devant le Seigneur était émouvant ; ce n'était pas un silence vide, mais un silence rempli de prière et de la conscience de la présence du Seigneur, qui nous a aimés jusqu'à monter pour nous sur la Croix. La journée du lundi 15 septembre, mémoire liturgique de la Bienheureuse Vierge des Douleurs, a enfin été consacrée de manière particulière aux malades. Après une brève visite à la Chapelle de l'Hôpital, où Bernadette reçut la Première Communion, j'ai présidé la célébration de la Messe, au cours de laquelle j'ai administré le sacrement de l'Onction des malades, sur le parvis de la Basilique du Rosaire. Avec les malades et ceux qui s'en occupent, j'ai voulu méditer sur les larmes de Marie versées sous la Croix, et sur son sourire, qui illumine le matin de Pâques.
Chers frères et sœurs, rendons grâce ensemble au Seigneur pour ce voyage apostolique riche de tant de dons spirituels. Nous le louons en particulier car Marie, en apparaissant à sainte Bernadette, a ouvert dans le monde un espace privilégié pour rencontrer l'amour divin qui guérit et qui sauve. A Lourdes, la Sainte Vierge invite chacun à considérer la terre comme le lieu de notre pèlerinage vers la patrie définitive, qui est le Ciel. En réalité, nous sommes tous pèlerins, nous avons tous besoin de la Mère qui nous guide ; et à Lourdes, son sourire nous invite à aller de l'avant avec une grande confiance dans la conscience que Dieu est bon, que Dieu est amour.
Puis le pape a proposé une synthèse de sa catéchèse, en français :
Chers Frères et Sœurs,
Ce matin, notre rencontre me permet d'évoquer la visite pastorale que je viens d'accomplir en France à l'occasion du 150° anniversaire des apparitions de la Vierge Marie à Bernadette. Je rends grâce au Seigneur de l'heureux déroulement de ce voyage et je remercie les autorités ecclésiales et politiques qui m'ont invité et qui m'ont si bien accueilli.
La première étape de ce voyage m'a conduit à Paris où il m'a été donné d'évoquer la juste distinction des sphères politique et religieuse devant les plus hautes autorités de l'État, ainsi que d'inviter des représentants du monde culturel à réfléchir sur les racines de la culture européenne. J'ai aussi encouragé les prêtres, les religieux et les religieuses, les séminaristes à toujours fonder la réponse à leur vocation sur l'écoute priante de la Parole de Dieu. Aux nombreux jeunes rassemblés sur le parvis de Notre-Dame, j'ai confié deux trésors de la foi : l'Esprit Saint et la Croix. Le sommet de ma visite à Paris fut la célébration de l'eucharistie sur l'esplanade des Invalides, où j'ai engagé les fidèles à voir dans la Messe la rencontre du Dieu vivant qui dissipe le mirage des vaines idoles.
Ensuite, à Lourdes, je me suis uni à la foule des pèlerins en parcourant le « chemin du Jubilé » qui conduit sur les lieux où a vécu Bernadette et en participant aux grandes processions. J'ai aussi partagé la sollicitude des évêques de France pour le peuple qui leur est confié. Les deux messes que j'y ai présidées m'ont permis d'exhorter les pèlerins à regarder les croix de cette vie à la lumière de la Croix glorieuse de Jésus et, dans les épreuves, à ne jamais quitter du regard le visage de Marie, ‘étoile de l'espérance'.
Je salue tous les pèlerins francophones présents à cette audience. Rendez grâce au Seigneur avec moi car Marie, en apparaissant à Bernadette, a offert au monde un lieu privilégié pour rencontrer l'amour divin qui guérit et qui sauve. Avec ma Bénédiction apostolique.
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dimanche, 11 novembre 2007
Jean Blanchard, martyr de Vingré
Jugé avec 23 autres soldats pour avoir reculé devant l'ennemi, Jean Blanchard a été fusillé à Vingré le 4 décembre 1914. Il avait trente-quatre ans. Il a écrit cette lettre à son épouse Michelle la veille de son exécution. Il a été réhabilité le 29 janvier 1921.
3 décembre 1914, 11 heures 30 du soir
Ma chère Bien-aimée, c'est dans une grande détresse que je me mets à t'écrire et si Dieu et la Sainte Vierge ne me viennent en aide c'est pour la dernière fois, je suis dans une telle détresse et une telle douleur que je ne sais trouver tout ce que je voudrais pouvoir te dire et je vois d'ici quand tu vas lire ces lignes tout ce que tu vas souffrir ma pauvre amie qui m'es si chère, pardonne-moi tout ce que tu vas souffrir par moi. Je serais dans le désespoir complet si je n'avais la foi et la religion pour me soutenir dans ce moment si terrible pour moi. Car je suis dans la position la plus terrible qui puisse exister pour moi car je n'ai plus longtemps à vivre à moins que Dieu par un miracle de sa bonté ne me vienne en aide. Je vais tâcher en quelques mots de te dire ma situation mais je ne sais si je pourrai, je ne m'en sens guère le courage. Le 27 novembre, à la nuit, étant dans une tranchée face à l'ennemi, les Allemands nous ont surpris, et ont jeté la panique parmi nous, dans notre tranchée, nous nous sommes retirés dans une tranchée arrière, et nous sommes retournés reprendre nos places presque aussitôt, résultat: une dizaine de prisonniers à la compagnie dont un à mon escouade, pour cette faute nous avons passé aujourd'hui soir l'escouade (vingt-quatre hommes) au conseil de guerre et hélas! nous sommes six pour payer pour tous, je ne puis t'en expliquer davantage ma chère amie, je souffre trop, l'ami Darlet pourra mieux t'expliquer, j'ai la conscience tranquille et me soumets entièrement à la volonté de Dieu qui le veut ainsi; c'est ce qui me donne la force de pouvoir t'écrire ces mots, ma chère bien-aimée, qui m'as rendu si heureux le temps que j'ai passé près de toi, et dont j'avais tant d'espoir de retrouver. Le 1er décembre au matin on nous a fait déposer sur ce qui s'était passé, et quand j'ai vu l'accusation qui était portée contre nous et dont personne ne pouvait se douter, j'ai pleuré une partie de la journée et n'ai pas eu la force de t'écrire, le lendemain je n'ai pu te faire qu'une carte; ce Notre-Dame de Fourvière à qui j'avais promis que nous irions tous les deux en pèlerinage, que nous ferions la communion dans notre église et que nous donnerions cinq francs pour l'achèvement de sa basilique, Notre-Dame de Lourdes que j'avais promis d'aller prier avec toi au prochain pèlerinage dans son église pour demander à Dieu la grâce de persévérer dans la vie de bon chrétien que je me proposais que nous mènerions tous les deux ensemble si je retournais près de toi, ne nous abandonneront pas et si elles ne m'exaucent pas en cette vie, j'espère qu'elles m'exauceront en l'autre. Pardonne-moi tout ce que tu vas souffrir par moi, ma bien-aimée, toi que j'ai de plus cher sur la terre, toi que j'aurais voulu rendre si heureuse en vivant chrétiennement ensemble si j'étais retourné près de toi, sois bien courageuse, pratique bien la religion, va souvent à la communion, c'est là que tu trouveras le plus de consolation et le plus de force pour supporter cette cruelle épreuve. Oh ! si je n'avais cette foi en Dieu en quel désespoir je serais! Lui seul me donne la force de pouvoir écrire ces pages. Oh ! bénis soient mes parents qui m'ont appris à la connaître ! Mes pauvres parents, ma pauvre mère, mon pauvre père, que vont-ils devenir quand ils vont apprendre ce que je suis devenu ? Ô ma bien-aimée, ma chère Michelle, prends-en bien soin de mes pauvres parents tant qu'ils seront de ce monde, sois leur consolation et leur soutien dans leur douleur, je te les laisse à tes bons soins, dis-leur bien que je n'ai pas mérité cette punition si dure et que nous nous retrouverons tous en l'autre monde, assiste-les à leurs derniers moments et Dieu t'en récompenseras, demande pardon pour moi à tes bons parents de la peine qu'ils vont éprouver par moi, dis-leur bien que je les aimais beaucoup et qu'ils ne m'oublient pas dans leurs prières, que j'étais heureux d'être devenu leur fils et de pouvoir les soutenir et en avoir soin sur leurs vieux jours mais puisque Dieu en a jugé autrement, que sa volonté soit faite et non la mienne. Au revoir là-haut, ma chère épouse.
Jean
Jean Blanchard apparaît toujours comme fusillé sur le site du Mémorial.

"Maudite soit la guerre et ses auteurs !" est l'épitaphe du monument aux morts de Saint Martin Destreaux. Le livre de Léon Schirmann "Été 1914 : Mensonges et Désinformation - Comment on vend une guerre" donne un éclairage nouveau des responsabilités qui ont engendré le premier conflit mondial, sans lequel il n'y aurait certainement pas eu de deuxième guerre mondiale en Europe. La France et l'Allemagne représentaient les 2/3 de l'économie mondiale en 1914, elle n'en totaliseront même plus un tiers après. Léon Schirmann nous fait prendre conscience que le premier conflit mondial a été l'holocauste républicain auquel ont travaillé et aspiré les dirigeants politiques français depuis 1870. L'expression des "hussards noirs" est significative.
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Victimes de guerre
Né le 4 juin 1891 à Ampuis (Rhône), fils unique de Joannès et Marie Antoinette née Colombet, employé à la recette des finances de Vienne (Isère), engagé volontaire pour 3 ans le 4 juin 1909 au 99e RI, caporal le 5 octobre 1909, sergent le 28 septembre 1910, rengagé au 98e RI de Roanne le 15 décembre 1911, chef de la 3e section de mitrailleuses lors du déclenchement de la 1ere guerre mondiale, promu au feu "sous-lieutenant à titre temporaire" le 17 septembre 1914, fait prisonnier le 7 octobre en défendant le bois des Loges, commune de Beuvraignes (Somme), évadé, grièvement blessé à une jambe, rentré dans les lignes françaises le 9 octobre, accusé par son chef de corps de "capitulation en rase campagne", fusillé pour l'exemple le 11 octobre ligoté à son brancard dans la cour du chateau des Loges, jamais réhabilité malgré les démarches de ses parents et les campagnes de Ligue des Droits de l'Homme pendant les années vingts et trentes.
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jeudi, 01 novembre 2007
Chant cartusien
Pour une découverte des chants cartusiens : cliquer ici
22:33 Publié dans Culture chrétienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : catholique, christianisme, religion, spiritualité, foi, chartreux
Toussaint
Texte d'un bulletin paroissial de Notre Dame de l'Espérance à Grenoble (N°39 du 20 octobre)
Une foule immense
L'Eglise s'efforce de dissocier la fête des Saints, le 1° novembre, de la Commémoration des défunts le 2 novembre : peine perdue ! Et pour cause, c'est le jour de la Toussaint que les familles iront fleurir leurs tombres parce que c'est jour férié ; la nature se colore de toutes les nuances de feuilels mortes et invite à méditer sur la mort ; enfin et surtou, nous voulons croire les uns et les autre, que nos morts sont des saints vivants près de Dieu.
Nous avons probablement raison : l'Eglise s'étonne aujourd'hui que presque la totalité des Saints canonisés soient des religieux, comme si la vie consacrée éait la seule voie normale vers la sainteté. Or, qu'est-ce qu'un saint, sinon un pécheur pardonné et sanctifié (2 Cor, 1, 1) ?
La Toussaint célèbre donc tous les saints inconnus, obscurs, anonymes : tous les paps, les mamans, les enfants d'avant ou après Jésus-Christ, escalves, paysans, soldats de toutes les nations, de toutes les civilisations, qui ont vécu humblement leur vie au service de leur famille ou de leur nation : 45 milliards d'êtres humains depuis l'origine de l'humanité, c'est le nombre proposé par les scientifiques. Ils seraient, approximativement, autant avant que après Jésus Christ. Tous étaient des créatures de Dieu, animés par l'esprit de Dieu qui souffle où il veut.
Sainteté est synonyme de Bonheur. Dieu nous appelle à la sainteté parce qu'il veut notre bonheur. La sainteté est l'unique voie du bonheur : l'Evangile de la Toussaint, évangile des Béatitudes nous indique donc le chemin du bonheur et de la Sainteté. C'est un chemin escarpé : il n'y a pas de croissance physique, ni intellectuelle, ni spirituelle sans souffrances (1) que viennent multiplier les dégradations du péché...
"Tous ces gens, vétus de blanc, qui sont-ils, et d'où viennent-ils ? ... Ils viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs vêtements , ils sont purifiés dans le sang de l'Agneau."
Père Pierre Carret.
(1) Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus : " Ce petit trait de mon enfance est le résumé de toute ma vie ; plus tard lorsque la perfection m'est apparue, j'ai compris que pour devenir une sainte il fallait beaucoup souffrir, rechercher toujours le plus parfait et s'oublier soi-même ;" "Histoire d'une âme" manuscrit A chapitre 1
08:00 Publié dans Culture chrétienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : catholique, christianisme, religion, foi, spiritualité, eglise
dimanche, 28 octobre 2007
Maximilen Marie Kolbe
"Un jour de 1915, à Rome, un homme d'âge mûr vocifère devant frère Maximilien Kolbe contre le Pape et l'Église. Le jeune franciscain engage la discussion. «Je m'y entends, jouvenceau! Je suis docteur en philosophie», s'exclame l'inconnu. «Et moi aussi», riposte le petit frère de vingt et un ans qui en paraît seize. Stupéfait, l'homme change de ton. Alors patiemment, avec une inexorable logique, le frère reprend un à un les arguments de son interlocuteur et les retourne contre lui. «Vers la fin de la discussion, raconte un témoin, le mécréant se tut. Il semblait profondément réfléchir». Qui est donc cet apôtre ardent, décrit par le Pape Paul VI comme un «type d'homme auquel nous pouvons conformer notre art de vivre, lui reconnaissant le privilège de l'apôtre Paul de pouvoir dire au peuple chrétien: Montrez-vous mes imitateurs, comme je le suis moi-même du Christ (1 Co 11, 1)»?"
Très affecté, il se chercha consolation dans la prière de Notre-Dame de Czestochowa. Il eut une apparition de la Vierge qui lui demanda de choisir une des couronnes qu'elle lui présentait, une balnche et une rouge, l'une lui garantisant la pureté l'autre le martyr. L'enfant répondit vouloir les deux et nourrit depuis ce moment un dévotion pour la Sainte Vierge.
Malgré une santé fragile, Raymond Kolbe revêt l'habit franciscain Le 4 septembre 1910 sous le nom de "frère Maximilien Marie". Il est envoyé à l'université grégorienne de Rome étudier la philosophie dont il passera le doctorat en 1915 puis la théologie dont il devient docteur en 1919. Malgré la réticence de Saint François pour les études Maximilen Marie a choisi d'étudier dans le but d'instruire ses semblables et de les sauver. Il a été ordonné prètre en 1918.
Frère Maximilien fonde la "Mission de l'Immaculée" sur cette parole de Dieu au serpent (le diable): Elle (la Sainte Vierge) t'écrasera la tête (Gn 3, 15 - Vulgate). Il désire la conversion de tous les pécheurs, car le saint ne dira jamais «sauver des âmes», mais «toutes les âmes».
Maximilen Kolbe est tuberculeux et n'a plus qu'un poumon depuis l'âge de 20 ans. Vers la fin de 1919, son état de santé inquiète ses supérieurs. On l'envoie à Zakopane se soigner, près de la frontière tchècoslovaque, dans un sanatorium qui manque de prètre. Il gagne les coeurs et les esprits. Beaucoup se convertissent.
Le Père inaugure une série de "causeries apologétiques", sur l'existence de Dieu et la divinité du Christ. L'amour qu'il manifeste pour la vérité transparaît dans une lettre écrite à son frère Joseph: «De nos jours, le plus grand poison est l'indifférence».En 1927, le Père Maximilien fonde Niepokalanow (littéralement: la cité de l'Immaculée). Le couvent comptera jusqu'à mille religieux. La presse lui apparaît un outil privilégié et il lance la revue "Le Chevalier de l'Immaculée". Grâce à Soeur faustine,il achète une vieille machine à imprimer... dont il convertit le propriétaire (*). En 1939, son tirage atteindra un million d'exemplaires.
- «Avez-vous de l'argent ? demande le Père provincial
- Non.
- Savez-vous le japonais?
- Non.
- Avez-vous, du moins, des amis là-bas, quelque appui?
- Pas encore, mais j'en trouverai, avec la grâce de Dieu»..
Le Père part en 1930 avec quatre frères pour le Japon. Ils parviennent à créer la "Mugenzai no Sono" (le jardin de l'Immaculée). Deux ans après, il repart pour fonder aux Indes. Exténué et miné par la fièvre, l'apôtre de Marie Immaculée rentre en Pologne en 1936.
La guerre éclate en Septembre 1939. Saint Maximilien poursuit son apostolat en redoublant d'ardeur : «Si le bien consiste en l'amour de Dieu et en tout ce qui jaillit de l'amour, le mal, dans son essence, est une négation de l'amour». Voilà le vrai conflit. « Deux amours ont fait deux cités: l'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu a fait la cité terrestre; l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi a fait la cité céleste» (Saint Augustin Cité de Dieu, XIV, 28).
Le 17 février 1941, la Gestapo l'arrête et le frappe violemment en tant que religieux et prêtre puis il est déporté au camp d'Auschwitz.
Il confesse malgré l'interdiction et la menace de représailles. Il explique un jour à un malade: «La haine n'est pas une force
créatrice. Seul l'amour est créateur. Ces douleurs ne nous feront pas plier, mais elles doivent nous aider, toujours davantage, à être forts.». Il fait découvrir l'expérience du mystère pascal, où la souffrance vécue dans la foi se transforme en joie. «Le paradoxe de la condition chrétienne éclaire singulièrement celui de la condition humaine: ni l'épreuve ni la souffrance ne sont éliminées de ce monde, mais elles prennent un sens nouveau dans la certitude de participer à la Rédemption opérée par le Seigneur et de partager sa gloire» (Paul VI, Exhortation Apostolique sur la joie chrétienne, 9 mai 1975).
À la fin de juillet 1941, un prisonnier du bloc 14, celui du Père Maximilien, s'est évadé. Le chef de camp avait prévenu que, pour chaque évadé, dix hommes seraient condamnés à mourir de faim et de soif. Un des malheureux désignés pour la mort s'écrie: «Oh! ma pauvre femme et mes enfants que je ne reverrai plus!» Alors le Père Maximilien se fraie un chemin et sort des rangs.
«Je voudrais mourir à la place d'un de ces condamnés», et il désigne celui qui vient de se lamenter.
«Qui es-tu?» demande le chef.
«Prêtre catholique», répond le Père. Car c'est comme prêtre catholique qu'il veut donner sa vie. L'officier accepte la proposition (*).
Il se passe quelque chose d'inhabituel dans la cellule où sont enfermés les otages. Au lieu des cris de détresse habituels, ce sont des chants qu'ils entendent. La présence du Père Maximilien a changé l'atmosphère. Seul le Père Maximilen Kolbe survit encore à la veille de l'Assomption. Il tend son bras aux gardiens qui viennet l'achever d'une piqûre de phénol.
Son corps fut incinéré dans les fours crématoire.
François Gajowniczek que sauva le Père Kolbe survécut à la guerre. Il fut présent lors des cérémonies de canonisation.
Un site dédié au père Maximilen Kolbe.
Il existe de nombreux sites, et je tiens à signaler particulièrement celui-ci dont je me suis servi pour ce post.
L'article de l'encyclopédie Wikipédia
15:30 Publié dans Témoignage chrétien | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : catholique, christianisme, religion, foi, spiritualité, eglise
dimanche, 21 octobre 2007
Franz Stock

Le Père Jean Pihan (1) a rendu hommage à Franz Stock lors de la messe célébrée à Saint-Louis des Invalides le 3 juillet 1949 : "Mes camarades, mes frères, quelle leçon tirerons-nous de la vie trop courte et du sacrifice de notre frère Franz Stock ? Une seule, me semble-t-il, une seule qui résume tout : comme nous pouvons nous sentir fiers d'être chrétiens ! Nous pouvons être fiers à la pensée qu'au milieu des atrocités de cette guerre, le christianisme a permis ce miracle permanent qu'était la présence bienfaisante d'un abbé Stock".
Franz Stock a témoigné que la foi sublime la culture et les racines sans pour autant les renier.
Il fut aumonier allemand à Paris dans les prisons de la Santé, de Fresnes et du Cherche Midi auprès des Français - otages ou résistants - condamnés à mort. Il les a accompagnés et soutenus jusqu'au moment de l'exécution, cachant dans sa soutane les courriers qu'ils lui confiaient, se faisant leur confident et leur messager.
Ayant vécu la tragédie des Français auprès d'eux sous l'occupation, il a partagé le sort des Allemands dans la défaite.
Fait prisonnier à la libération. Il s'est occupé de la formation des séminaristes allemands prisonniers dans un camp près d'Orléans, le "séminaire des barbelés". Il lança un appel à la sainteté comme consignes pastorales à ses séminaristes peu de temps avant sa mort : "Un nombre de saints voulus par la Providence suffira à sauver notre époque. Des saints qui se donneront tout entier à cette tâche et transformeront en vertu les valeurs de notre temps. (...) Des saints qui sachent concilier leur attachement à leur patrie avec l'amour de l'humanité entière, au-delà des frontières de pays, de nations, de races ou de classes."
Il est mort subitement le 24 février 1948, seul, en France. Il repose près de son séminaire, veillé dans le souvenir des Français et des Allemands qui lui sont reconnaissants pour son action au service de l'Homme et de la Paix. Il avait présenti qu'il fallait transgresser la haine et les discours officiels pour se réconcilier. Son courage fut d'agir en ce sens. "Il n'y a pas de bonne pensée si elle ne se traduit pas en parole, pas de bonne parole si elle ne se traduit pas en action" Chesterton.
Franz Stock était devenu compagnon de Saint François après sa rencontre avec Joseph Follier. Il avait été un des premiers Allemands a intégrer ce mouvement de réconciliation des peuples, bien avant la guerre.
Ce destin nous appelle à réfléchir sur les limites du lien national. Il s'impose objectivement à l'homme par le hasard de la naissance (2). La foi, elle, est en revanche le résultat d'une démarche subjective, choisie. Franz Stock nous interroge en fait sur la validité de la prééminence de l'objectif sur le subjectif, de l'imposé sur le choisi, du matériel sur le spirituel, de l'immanence sur la transcendance. C'est le choix entre l'utile et le juste.
Franz Stock témoigne du caractère universel de la foi catholique.
A voir : la page web qui lui est consacrée sur le site des Vocations du diocèse de Paris.
Un article de Wikipedia sur Franz Stock est en ligne ici
Bibliographie :
René Closset : "L'aumonier de l'enfer" Editions Fayard 1992 ISBN 111013-054 (il contient de très belles lettres d'Etienne d'Orves et de ses compagnons - les dernières - p. 95-96).
Raymond Loonbeek : "Franz Stock, la fraternité universelle" Editions Salvator ISBN 978-2-7067-0484-0 (présentation ici)
DVD : "Le séminaires des barbelés" Editions Jade (présentation ici) Le narrateur de ce documentaire est Michaël Londsdale.
(1)" Le père Jean Pihan, membre des fils de la charité, ordre dépendant de la mission de France pour les paroisses ouvrières et le tiers monde, est décédé le 2 août à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Il a été enterré hier après-midi. Dès 1936, il s’investit, comme jeune prêtre, dans les Coeurs vaillants. Il poursuivra, toute sa vie, sa mission en milieu ouvrier. Ce qui lui vaudra d’être incarcéré en 1943, à Fresnes, par les nazis. En 1956, il transforme les Coeurs vaillants en Action catholique de l’enfance " (L'Humanité du 9 août 1996)
(2) A l'exception de la demande de naturalisation. Est-il plus légitime de revendiquer un pays par le seul fait d'y naître - confer la formule de Proudhon sur l'héritage - ou par l'effort d'y être venu ? Par la sueur versée aujourd'hui comme le sang d'hier ? Le hasard serait-il plus légitime que la volonté ? Si oui, c'est dire que seules les fortunes provenant du jeu sont respectables.
Qui sait si l'inconnu qui dort sous l'arche immense,
Mêlant sa gloire épique aux orgueils du passé
N'est pas cet étranger devenu fils de France
Non par le sang reçu mais par le sang versé
Pascal Bonetti
14:25 Publié dans Témoignage chrétien | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : amour, religion, christianisme, france, allemagne, paix
vendredi, 12 octobre 2007
Le tiers ordre
Une curiosité que l'on ignore peut être, la présence de laïcs dans les familles monastiques. C'est un engagement personnel dans les ordres. Il peut s'agir d'un ami ou d'un voisin de travail que l'on côtoie sans le savoir.
Les franciscains, les dominicains, les cisterciens, et bien d'autres (1), ont chacun créé un tiers ordre dans lesquels des laïcs s'engagent à vivre dans le respect de règle de l'ordre tout en choisissant de rester dans la société civile, gardant leur travail, qu'ils soient célibataires ou mariés.
Pourquoi tiers-odre ? Parce qu'il s'agit du troisème que saint François d'Assise a créé, après le permier ordre, celui des relgieux et le second celui des religieuses avec Sainte Claire.
Une personne illustre parfaitement cet engagement sans qu'il ne soit précisé si elle appartenait au tiers ordre. Il s'agit de "Frère Jacqueline", qui repose aujourdh'ui à côté de Saint François à Assise.
Un document format Pdf présente plus en détails le tiers odre franciscain, pour plus d'informations, cliquer ici
Le Tiers-Ordre franciscain est appelé : Ordre franciscain séculier (OFS), en France on l'appelle la Fraternité séculière de saint François
(1) Qu'ils m'excusent de ne pas les citer tous. Je complèterai la liste pour ceux qui le demanderont.
15:05 Publié dans Vocations | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : catholique, religion, evangelisation, mission, spiritualite, foi, christianisme
mercredi, 12 septembre 2007
Saint Leopold Mandic
| La vie de Saint Léopold MANDIC est caractérisée par le contraste entre sa faiblesse physique et sa force spirituel. Il est né le 12 mai 1866 en Dalmatie. A l'âge de 16 ans, il a quitté la Dalmatie pour entrer étudier chez les capucins dont il devient novice le 20 avril 1884. Après des études ecclésiastiques à Venise et padoue, durant lesquelles il se sent appelé à prier et à travailler à l'unité de l'Eglise, il est ordonné prêtre le 20 septembre 1890. | ![]() |
Malgré son désir de la mission il est obligé, à cause de sa faiblesse physique, de rester à Padoue où il devient un confesseur et un directeur spirituel pour de nombreuses personnes. En 1936, il déclare : « Je serai missionnaire ici, dans l'obéissance et dans l'exercice de mon ministère. Tout homme qui demande mon ministère sera mon Orient. »
![]() | Rapidement, le Père Léopold est devenu réputé pour sa bonté et sa douceur, ainsi que sa sûreté dans les conseils spirituels. Une dévotion intense envers la Sainte Vierge l'anime, et l'amène à conclure souvent les confessions en prononçant simplement le nom de Marie. |
Un jour, le père Léopold passait tout seul dans une ruelle de Padoue. Dans la même rue, il y avait un groupe de gamins qui ne savaient comment passer le temps. Quand arriva le frère, il leur vint une idée : ils ramassèrent des cailloux et les lui fourrèrent dans le capuce ; ce qu'ils arrivaient très bien à faire, le père Léopold étant petit de taille. De plus, il ne réagissait pas !
Un docteur, ami et pénitent du père Léopold, les prit sur le fait. Il commençait à les gronder sévèrement ; mais le saint l'arrêta : « Laissez-les s'amuser, docteur, laissez-les ! Il faut bien que je serve à quelque chose, moi aussi. »
Il mourru le 30 juillet 1942. Il fut canonisé en 1983 par le Pape Jean-Paul II et est devenu le saint du dialogue catholique-orthodoxe.
Saint Leopold Mandic est un des cinq saints particulièrement vénérés au séminaire français de Rome, et dont des reliques ont été déposées dans la pierre 'autel de la chapelle le 25 mars 2004.
14:05 Publié dans Témoignage chrétien | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : capucin, christianisme, dialogue, religion, catholique, orthodoxe
mercredi, 22 août 2007
Le diaconat
On parle de la crise des vocations.
C'est faux.
Des études de sociologie récentes démontrent qu'il y a un regain de religiosité, surtout chez les jeunes (1).
Il suffit de considérer l'engouement des jeunes lors des JMJ à Paris ou la foule considérable qui s'est rassemblée à Rome pour les obsèques de Jean Paul II pour s'en convaincre.
Les travaux précités portent une critique intéressante sur la nature de la religiosité. Il s’agit pour beaucoup d’une religiosité individualisée. Le rappel de l’importance de la liturgie et de l’eucharistie par l’Eglise confirme qu’il faut pallier cette tendance dont elle est consciente comme en témoigne une analyse sur le risque de dérive faite par le Père dominicain Vernette (2)
Si l'Eglise manque de prètres, les fidèles doivent s'interroger sur leur responsabilité. Il ne suffit pas de critiquer l'institution. Elle ne peut offrir que ce qu'elle reçoit.
Comme John Kennedy (3) le catholique doit chercher ce qu'il peut apporter à l'Eglise avant de se plaindre.
A-t-il bien élevé ses enfants dans la foi, aurait-il accepté que l'un d'eux devienne prètre, religieux ou religieuse ?
L'ignorance de la richesse de l'Eglise est peut être aussi une cause.
Les voies pour s'engager dans l'Eglise sont nombreuses.
Combien sont ceux cependant qui souhaiterait servir l'Eglise en étant persuadé qu'il ne le peuvent pas ou plus ? Les engagements familiaux ne sont pas des obstacles. Comment se pourrait-il ? Au contraire puisque l'Eglise encourage à fonder une famille.
Le diaconat est ouvert à tous les hommes célibataires ou mariés. Peu de gens le savent.
Combien de communautés qui se plaignent de ne pas avoir de prètre ont pensé à éveiller en leur sein la vocation d'un diacre ?
C'est aussi une voie à explorer.
(1) " La fin du déclin religieux ? " Yves Lambert Revue SCIENCES HUMAINES
" Depuis quelques années, on observe un regain d'intérêt inattendu pour les pratiques et les croyances religieuses. Une tendance qui n'est pas propre à la France mais qui y revêt des traits spécifiques. Après le net déclin du religieux,* observé à partir du milieu des années 60, nous assistons depuis quelques années à une évolution en sens inverse. C'est ce que laissent du moins apparaître les résultats des enquêtes par sondage et spécialement des enquêtes " Valeurs " (Enquêtes sur les valeurs des Européens) effectuées en 1981, 1990 et 1999 …"
Surprise, l'enquête " Valeurs " de 1999 apporte de sérieuses nuances à la dominante de déclin de 1990 /(voir les chiffres clés p. 40, les graphiques p. 19 et 41)
Egalement un article paru dans :
" Les jeunes européens et leurs valeurs " Editions la Découverte – Recherches - ISBN 2-7071-4570-X
Chapitre 2 : Un regain religieux chez les jeunes d’Europe de l’Ouest et de l’Est, par Yves Lambert - L'évolution religieuse des jeunes de 1981 à 1999 en Europe occidentale - Le jeu des âges et des générations : une nouvelle donne - Désormais trois tendances en Europe de l'Ouest : la sortie de la religion, le croire sans appartenance et le réveil du chrétien interne - Une remontée religieuse plus nette en Europe de l'Est et en Russie - Un renversement de tendance également dans d'autres domaines
Conclusion : un tournant dans l'évolution religieuse des jeunes Européens
(2) " Le nouveau paysage religieux en Europe à l’orée du 3ème millénaire " Conférence donnée à Avila Assemblée générale de l’IEOP (Provinciaux dominicains d'Europe. Avril 2002)
(3) "Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous mais ce que vous pouvez faire pour votre pays!"
Lire aussi :
Homélie de Monseigneur Vingt Trois
Présentation du diaconat permanent
Voir également :
Photos de l'ordination diaconale de deux diacres permanents par Monseigneur Vingt Trois à Notre Dame de Paris.
19:05 Publié dans Vocations | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : eglise, catholique, religion, christianisme, spiritualité, vocation
dimanche, 17 juin 2007
Ce dimanche 17 juin 2007
Jean Christophe Bertrand est membre de la Communauté de l'Emmanuel.
Il témoigne de la compatibilité de la foi avec la technique et les sciences. Le nouveau diacre est ingénieur diplômé de l'école nationale supérieure d'éléctronique de l'institut national polytechnique de Grenoble.
" La Foi et la Raison sont comme les deux ailes qui permettent à l'esprit humain de s'élever vers la contemplation de la vérité. C'est Dieu qui a mis au coeur de l'homme le désir de connaître la vérité et, au terme, de Le connaître Lui même afin que, Le connaissant et L'aimant, il puisse atteindre la pleine vérité sur lui même."
Lettre encyclique FIDES et RATIO
Cette ordiantion s'est déroulée le même jour où le pape célébrait à Assise le 800 ème anniversaire de la conversion de saint François d'Assise.
18:45 Publié dans Témoignage chrétien | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : religion, foi, christianisme, reflexion, philiosophie
jeudi, 14 juin 2007
Qu'est-ce qu'une société juste ?
Qu'est-ce qu'une société juste ?
Acte de la 81° session à Paris La Défense CNIT 24-26 novembre 2006.
Extraits de la lettre du Vatican en ouverture du coloque par son Eminence le cardinal Tarcisio Bertone, Secrétaire d'Etat du Vatican.
...
" Au long de l'histoire biblique s'est posée la question de la justice avec ses dimensions religieuse et morale. Les psaumes nous rappellent que la vertu morale de justice consiste à pratiquer les commandements, dans la fidélité de la loi (...). En effet, la justice est à la fois un comportement de respect des droits fondamentaux d'autrui, comme le soulignait déjà Aristote, faisant apparaître l'ordre du droit naturel et le respect du Décalogue. Les prophètes et Jésus lui même n'ont pas manqué de rappeler que toute injustice à l'égard des hommes est en contradiction avec la justice divine (cf Lc 11-42, cf Mt 23-23). Nous sommes appelés par l'Evangile à servir Dieu "dans la justice et la sainteté" (Lc 7-1), démarche qui nous ouvre le royaume des cieux comme nous le rappellent les Béatitudes (Mt 5-9). Saint Thomas d'Aquin va jusqu'à appeler la justice la dilectio socialis (De cantate a.9 ; cf. II-II, q.57). En raison de sa connaissance des systèmes totalitaires, le pape Jean-Paul II n'a jamais manqué d'évoquer les graves injustices sociales qui naissent de tels systèmes (cf. Laborem exercens, n.8) car en blessant l'homme c'est l'image de Dieu qui est blessée.
Aborder la question de la justice suppose d'enraciner sa démarche dans une saine anthropologie. En effet, la justice n'est pas une simple convention sociale ou une appréciation subjective laissée à la détermination individuelle. Elle s'impose à tous et a un caractère objectif qu'il convient tout particulièrement de rappeler dans un monde marqué par l'individualisme, par le subjectivisme et par la recherche des biens propres. Penser la justice suppose de sortir de soi pour être attentif à l'autre, pour laisser à chacun sa place dans la société et une participation aux biens de la terre, selon le principe de la destination universelle des biens. "Les richesses remplissent leurs fonctions au service de l'homme quand elles sont destinées à produire des bénéfices pour les autres et pour la société " (Compendium de la doctrine sociale de l'Eglise n. 329). De même, nul ne peut se faire le juge de son frère. Dès le livre de la Genèse, la question de Dieu à Caïn : " Qu'as-tu fait de ton frère ?" (Cf. Gn 4-9,10) rappelle que toute relation sociale est, en quelque sorte une vigilance sur son frère, le respect de ses droits, de son intégrité physique et morale et l'attention à sa place dans la société.
Dans la vie publique, il revient aux personnes qui ont en charge les destinées d'un peuple et à celles qui ont à intervenir dans les décisions d'ordre social de prendre soin d'autrui, pour que les systèmes politiques, économiques et sociaux ne fassent pas peser sur lui des charges injustes et que chacun soit respecté dans ses droits. De même, tout individu est appelé à respecter les droits de la société, dans la mesure où ils visent le bien commun, l'intérêt général. (cf. S. Thomas d'Aquin, somme théologique, II-II, q. 59, a.5).
Dans le monde actuel où nous constatons de nombreuses ruptures de la cohésion sociale, dont le chômage et les violences dans les banlieues sont les signes révélateurs, il est essentiel de repenser la pratique de la justice à laquelle nos contemporains sont, à juste titre, particulièrement sensibles. Pour sa part, le Saint Siège ne manque pas de rappeler quelques domaines où la justice devrait s'exercer de manière plus forte : l'accès pour tous à la nourriture, à l'eau et aux soins de santé, la transformation des rapports Nord-Sud, la réduction des inégalités entre pays, la réduction de la dette des pays les plus pauvres, le respect des règles du marché et le souci du développement durable pour que la mondialisation soit positive, une protection sociale pour tous, l'abolition de la torture et de la peine de mort, le refus de la guerre, l'assistance judiciaire pour tout accusé et le respect des droits de la défense, la protection des mineurs et la défense de la famille, la division du travail pour que chacun puisse vivre décemment, et faire vivre ses proches, l'aide aux migrants, aux laissés-pour-compte, aux personnes sans terre et aux apatrides. Les changements s'opéreront aussi dans les sociétés par une attention toute spéciale à la jeunesse qui est à éduquer, à former, comme le rappelaient les Semaines sociales de l'en dernier. En effet, il est urgent de donner aux jeunes une espérance pour un avenir de bonheur, en prenant soin que chaque génération assume ses responsabilités et ne se décharge pas sur les générations futures, particulièrement en ce qui concerne la dette intérieure des pays pour ne pas hypothéquer l'avenir et la sauvegarde de la planète. Pour cela, tous ont à se mobiliser pour que se transforment les consciences, que changent les comportements et que soient prises les décisions qui s'imposent, à tous les niveaux de la société.
De son côté, le droit positif doit veiller au respect des droits des personnes et des peuples. Aucun Etat ne peut se considérer au service des droits privés. Au contraire, il est appelé à être le garant des valeurs universelles et des biens objectifs des personnes, sous peine de commettre de graves injustices, privilégiant des catégories de personnes au détriment de l'ensemble de la société. De même, les hommes qui ont à dire le droit, avec l'indépendance de nécessaire à leur mission, prendront garde de ne pas tomber dans le subjectivisme ni d'énoncer des lois bafouant la dignité de l'homme ou le respect qui lui est dû. Contrairement à un certain nombre de théories modernes pour lesquelles la justice est normative non pas en tant qu'expression du bien, mais en tant qu'elle permet le pluralisme et le consensus , une loi, pour être juste, ne doit pas être d'abord l'expression d'un groupe, fût-ce la majorité, mais la recherche de la garantie du bien inaliénable des personnes. C'est alors le signe de la bonté morale de la loi. "
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dimanche, 03 juin 2007
Marie Eugénie de Jésus
ROME - Le pape Benoît XVI préside place saint Pierre, la cérémonie de canonisation de la Française Marie-Eugénie de Jésus, qui fonda en 1839 la Congrégation des soeurs de l’Assomption de la bienheureuse Vierge Marie.
http://eucharistiemisericor.free.fr/index.php?page=310507...
Marie-Eugénie a voulu « unir éducation et contemplation », par Mgr Duthel
Le charisme de la fondatrice des religieuses de l’Assomption, par le postulateur
ROME, Mercredi 30 mai 2007 (ZENIT.org) – Marie-Eugénie de Jésus (au siècle Milleret de Brou), qui sera canonisée dimanche 3 juin par Benoît XVI, a voulu « unir éducation et contemplation », a confié aujourd’hui au micro de Radio Vatican le postulateur de la cause de canonisation, Mgr François Duthel. Nous traduisons de l’italien.
Mgr Duthel rappelait que « Marie Eugénie est née à Metz, en France, en 1817. Elle appartenait à une famille aisée de la bourgeoisie française. Très jeune, elles s’était interrogée sur le sens de la vie, et elle avait cherché à se donner des réponses. Cela lui fit prendre conscience de la superficialité de l’éducation donnée aux jeunes filles de son milieu social. En outre, dans un contexte historique encore fortement marqué par les idées de la Révolution française, elle comprenait que beaucoup de valeurs spirituelles avaient été perdues. Cette double prise de conscience fit naître en elle le désir d’apporter sa petite pierre à la construction d’une société transformée par les valeurs de l’Evangile, sans pourtant renier les idéaux les plus hauts de la Révolution. Convertiée à l’âge adulte, en passant d’une foi conventionnelle à une foi personnelle, et engagée, Marie-Eugénie Milleret répondit à l’appel de Dieu et fonda une congrégation religieuse apostolique et en même temps profondément contemplative ».
Et de préciser : « Marie-Eugénie avait un projet de vie apostolique fortement enraciné dans uen vie de prière profonde. Dès le début, elle a voulu unir éducation et contemplation. Elle disait que les femmes consacrées à la mission d’éduquer ‘ont besoin plus que les autres d’une intense vie de contemplation et d’adoration’. La spiritualité qu’elle a voulu donner à la congrégation est centrée sur Jésus Christ, la Parole faite chair, pour redonner à l’homme sa pleine dignité d’enfant de Dieu. Pour elle, chaque personne est unique et appelée à devenir ce que Dieu a voulu qu’elle soit et à réaliser sa mission sur la terre, là où elle vit. La pédagogie de Marie-Eugénie est animée de la vision de l’homme et du monde créés à l’image de Dieu. Les religieuses de l’Assomption vivent ce charisme en communauté. Contemplation, mission et vie fraternelle sont vécues en profonde unité entre elles ».
Pour ce qui est contexte dans lequel Marie-Eugénie a réalisé sa mission, Mgr Duthel ajoutait : « Elle a vécu au XIXe siècle, un siècle complexe, à la recherche d’un équilibre après les bouleversements de la Révolution. Un siècle traversé par des luttes passionnées pour la liberté, un siècle de grandes découvertes : la première locomotive, la photographie ; le siècle de la première industrialisation qui a contribué à approfondir le fossé entre les différentes classes sociales. Un siècle marqué par l’égoïsme, par une religiosité étroite, ou par la négation de Dieu. Mais aussi par une nouvelle floraison de saints : Thérèse de Lisieux, le curé d’Ars, don Bosco, Bernadette Soubirous. Un siècle, enfin, d’apôtres et de prophètes, de pionniers tournés vers l’avenir. Parmi eux, il y a Marie-Eugénie Milleret qui a compris comment, pour construire un monde chrétien selon l’Evangile, au lendemain de la Révolution, l’Eglise avait besoin de se consacrer à l’éducation chrétienne des jeunes. C’est dans ce contexte historique très particulier qu’il faut situer la vie de Marie-Eugénie Milleret. Ses intuitions lui feront faire un chemin dans la ligne de la restauration évangélique et chrétienne de la société qui sera ensuite confirmée par les orientatinos de Vatican II ».
Mgr Duthel évoquait également cet épisode significatif de la vie de la beinheureuse et bientôt sainte : « La grâce de sa première communion comme elle la décrit elle-même : ‘Ce fut un très court instant, mais je ne l’ai jamais oublié… au moment où j’ai reçu Jésus Christ ce fut comme si tout ce que j’avais vu sur la terre, même ma mère, n’étaient que des ombres passagères’. Puis elle entendit une voix intérieure qui lui disait : ‘Un jour, tu quitteras tout ce que tu aimes pour me glorifier et pour servir cette Eglise que tu ne connais pas’. Cette grâce, Marie-Eugénie la gardera dans son cœur et la retrouvera le jour de sa ‘conversion’ à Notre-Dame de Paris. Après avoir entendu la prédication du Père Lacordaire, elle se sentira complètement convertie et elle prendra immédiatement la décision de consacrer toutes ses forces ou mieux toute sa faiblesse à l’Eglise qui seule, a désormais, à ses yeux, le secret et la capacité de faire le bien sur cette terre. Toutes les fondations auront comme unique but de glorifier Dieu et servir l’Eglise : Tu me glorifieras, tu me serviras… »
« Marie-Eugénie a regardé son temps avec espérance, soulignait encore Mgr Duthel. Pour elle, le monde était un lieu de la révélation de Dieu, et un lieu pour lui rendre gloire. La contemplation ne la détournait pas du monde, mais la conduisait à un amour toujours plus grand. ‘Je ne peux pas entendre parler de la terre comme d’un lieu d’exil. Je la considère plutôt comme un lieu de gloire pour Dieu puisqu’Il peut recevoir de nos volontés libres et souffrantes le seul hommage qu’il ne trouve pas en lui-même’. Marie-Eugénie avait bien compris que Dieu a un projet sur le monde et que chacun est appelé à y collaborer. Elle croit que chacun a une mission sur la terre, et c’est pourquoi elle nous laisse un message d’espérance engagée : collaborer à la réalisation de cieux nouveaux et d’une terre nouvelle, c’est le vrai héritage de l’humanité. Elle nous laisse une certitude : la sainteté n’est pas un état mais un chemin que nous devons parcourir jour après jour, un chemin de foi et d’amour. La sainteté est un don qui se reçoit de Dieu seul, à nous de marcher pour y répondre ».
ZENIT, Agence d'information - Le monde vu de Rome.
ZF07053005
2007-05-30
Lire aussi l'homélie de de Paul VI lors de la béatification de Mère Marie Eugénie de Jésus
09:40 Publié dans Témoignage chrétien | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Religion, spiritualité, réflexion, Eglise
mercredi, 18 avril 2007
Les six principes de Jean Cassien
Cassien, un père de l'Eglise, a rappelé à ses disciples les enseignements de l'Evangile en y introduisant des conseils issus de sa longue expérience et de la tradition de ses pères :
L'amitié est un bien plus précieux, ne rien lui préférer de matériel.
Ne jamais imposer sa volonté propre.
Tout ce qui est utile et nécessaire passe après l'amour et la paix.
Pour aucun motif, ne jamais se mettre en colère.
Considérer comme siens les défauts ou les péchés de l'autre.
Penser que chaque jour nous pouvons émigrer de ce monde.
Vous trouverez des commentaires de ces principes en cliquant sur cette page "Saint Cassien"
Une page dédiée à l'influence de Cassien dans le développement du monachisme en occident ici.
Eléments biographiques sur Jean Cassien ici ou là
Un ouvrage existe sur la doctrine spirituelle de Jean Cassien, pour plus de détails cliquer ici.
La bibliographie de Jean Cassien est ici
L'enseignement de Cassien inspire l'Ordre des Chartreux.
"Il faut dès le début de la vie spirituelle, orienter l'âme vers cette plénitudes de l'amour, vers Dieu seul. Agir autrement c'est méconnaître le sens profond du christianisme. C'est revenir à l'effort égoïste, à l'égoïsme vaniteux de certaines morales païennes - stoïcisme d'autrefois et d'aujourd'hui -, culture si pénible d'un orgueil si mesquin !"
"Amour et silence" - Introduction à la vie intérieure, page 17 ISBN 2-02-023611-7
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jeudi, 25 janvier 2007
Abbé Pierre
La France laîque perd une icône : un prêtre, l'Abbé Pierre
La perfectibilité du progrès et des certitudes est sensible quand le monde perd un coeur généreux. La technique ne peut pas tout. Elle ne sait pas rassasier le coeur des hommes. C'est le souffle de Dieu qui a rassuré Elie, le silence subtil, la poussière de silence et non le bruit ou le nombre. L'humanité s'inquiète quand une source de tendresse se tarit.
Après la disparition de Jean-Paul II qui a vu le Monde pleurer le décès d'un homme d'Eglise, les représentants des technostructures venir s'incliner devant le patriarche d'un message bimillénaire, la tristesse des Français au jour de la disparition de l'abbé Pierre atteste de la pérennité de la sensibilité chrétienne en France. Le champ est en jachère, mais le sol est fertile.

Il est devenu une référence comme témoin de la religion chrétienne et des possibilités qu'elle offre à l'Homme. La popularité de l'abbé Pierre témoigne de l'importance pour l'Homme de croire, d'aimer et d'espérer. Il a témoigné de l'action de l'Eglise dans la société, cette Eglise vivante, en marche.
Né dans une famille aisée, l'abbé Pierre a incarné les valeurs théologales de la religion chrétiennes qui sont la foi, la charité et l'espérance. Il a consacré la charité dans la fondation d'Emmaüs qui a su redonner de l'espérance à tous ceux qui en manquaient.
Il est un exemple de la vigueur et de la vivacité de l'Eglise, qui s'exprime tous les jours dans le Monde dans l'humilité et la discrétion. Homme de convictions, il a réveillé l'humanité pour les exclus. Il a suivi l'appel du Christ dans les Evangiles. Il est le jeune homme riche qui n'a pas hésité à obéir au Seigneur (Marc 10/21).
A l'image de nombreux chrétiens qui ont entendu cet appel, celui de l'abbé Pierre est d'autant plus ressenti - contrasté - qu'il est né et s'est développé dans un pays où le discours majoritaire est de dénigrer la religion et de promouvoir une liberté qui n'est qu'une illusion, celle de l'enfermement de l'Homme dans la satisfaction immédiate de ses instincts, de ses désirs. L'abbé Pierre a éclairé les égarés de ce chemin obscur avec la Lumière de Dieu.
Il a rappelé l'importance de vivre en conscience dans un monde d'apparences.
"L'ordre juste de la société et de l'Etat est le devoir essentiel du politique" (1). L'action de l'abbé Pierre confirme l'enseignement du pape Benoît XVI : " La tâche de l'Eglise est médiate, en tant qu'il lui revient de contribuer à la purification de la raison et au réveil des forces morales sans lesquelles des structures justes ne peuvent ni être construites ni être opérationnelles à long terme." (2) Si la société laïque était juste, il n'y aurait pas d'abbé Pierre ou de mère Theresa.
L'Abbé Pierre, ses compagnons d'Emmaüs et tous ceux qui agissent chaque jour au sein de l'Eglise à travers le Monde, pour le réconfort de ceux qui souffrent ont besoin d'aide. Les aider, c'est aussi agir.
(1) Deus caritas est N°28
(2) Deus caritas est N°29
11:15 Publié dans Témoignage chrétien | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Eglise, foi, religion, catholique, spiritualité, politique, philosophie
samedi, 02 décembre 2006
L'Europe dans la crise des cultures - Cardinal Joseph Ratzinger - conférence du 1er avril 2005 à Subiaco

L'EUROPE DANS LA CRISE DES CULTURES
Conférence tenue le vendredi 1er avril 2005 à Subiaco, au monastère de Sainte-Scholastique (Traduction de l’italien
P. Denis Dupont-Fauville, 21 mai 2006 )
Nous vivons un moment de grands dangers et de grandes opportunités pour l’homme et pour le monde, un moment aussi de grande responsabilité pour chacun d’entre nous. Au siècle dernier, les possibilités de l’homme et sa domination sur la matière ont grandi dans des proportions vraiment inimaginables. Mais sa maîtrise du monde a aussi fait que son pouvoir de destruction a atteint une ampleur qui, parfois, nous remplit d’horreur. En lien avec ceci nous vient spontanément à l’esprit la menace du terrorisme, cette nouvelle guerre sans limites ni frontières. La crainte qu’il puisse bientôt entrer en possession d’armes nucléaires et biologiques est réelle et fait que, à l’intérieur même des États de droit, on doit recourir à des systèmes de surveillance semblables à ceux qui, autrefois, n’existaient que dans les dictatures ; pourtant, la sensation demeure que, de toute façon, de telles précautions ne peuvent jamais suffire, puisqu’un contrôle total n’est ni possible, ni même souhaitable. Moins visibles, mais pas moins inquiétantes, il y a les possibilités d’automanipulation que l’homme a acquises. Il a sondé les profondeurs de l’être, a déchiffré les composants de l’être humain et est maintenant à même, pour ainsi dire, de " construire " lui-même l’homme, qui ne vient plus alors au monde comme un don du Créateur mais comme un produit de notre activité, produit qui, par conséquent, peut aussi être sélectionné selon des exigences que nous fixons nous-mêmes. Cet homme, alors, n’est plus un être qui brille de la splendeur de l’image de Dieu, laquelle lui confère sa dignité et son caractère inviolable, mais le produit des capacités humaines. Il n’est plus rien d’autre qu’une image de l’homme –de quel homme ? À cela s’ajoutent les grands problèmes planétaires : l’inégalité dans la répartition des biens de la terre, la pauvreté croissante et même l’appauvrissement, l’épuisement de la terre et de ses ressources, la faim, les maladies qui menacent le monde entier, le choc des cultures. Tout ceci montre qu’à l’accroissement de nos possibilités ne correspond pas un développement égal de notre énergie morale. La force morale n’a pas grandi au même rythme que le développement de la science, elle a même plutôt diminué, parce que la mentalité technique confine la morale dans la sphère subjective, alors que nous avons justement besoin d’une morale publique, d’une morale qui sache répondre aux menaces qui pèsent sur nos existences à tous. Le vrai, le plus grave danger en ce moment réside précisément dans ce déséquilibre entre les possibilités techniques et l’énergie morale. La sécurité dont nous avons besoin comme présupposé de notre liberté et de notre dignité ne peut pas venir, en dernière analyse, de systèmes techniques de contrôle, mais, justement, ne peut surgir que de la force morale de l’homme : là où elle manque ou n’est pas suffisante, le pouvoir qu’a l’homme se transformera toujours plus en un pouvoir de destruction.
Il est vrai qu’aujourd’hui existe un nouveau moralisme, dont les mots clefs sont justice, paix, conservation du monde créé, mots qui rappellent des valeurs morales essentielles, dont nous avons vraiment besoin. Mais ce moralisme reste vague et dérape ainsi, presque inévitablement, dans la sphère de la politique partisane. Il est d’abord une revendication brandie envers les autres et trop peu une obligation personnelle de notre vie quotidienne. En réalité, que signifie " la justice " ? Qui la définit ? Qu’est-ce qui contribue à la paix ? Dans les dernières décennies, nous avons vu abondamment dans nos rues et sur nos places comment le pacifisme peut dévier vers un anarchisme destructeur et vers le terrorisme. Le moralisme politique des années soixante-dix, dont les racines ne sont pas tout à fait mortes, fut un moralisme qui a réussi à fasciner aussi des jeunes pleins d’idéaux. Mais c’était un moralisme illusoire parce que privé de rationalité sereine et parce que, en dernière analyse, il mettait l’utopie politique au-dessus de la dignité de l’individu, se montrant même capable, au nom de grands objectifs, d’en arriver à mépriser l’homme. Le moralisme politique, tel que nous l’avons vécu et tel que nous le vivons encore, non seulement n’ouvre pas la route à une régénération, mais la bloque. Cela vaut aussi, par suite, pour un christianisme et pour une théologie qui réduisent le noyau du message de Jésus, le " Royaume de Dieu ", aux " valeurs du Royaume " et identifient ces valeurs avec les mots d’ordre du moralisme politique, tout en les proclamant, dans le même temps, comme une synthèse des religions. En faisant cela, ils oublient Dieu, alors que c’est Lui le sujet et la cause du Royaume de Dieu. À sa place ne restent que des grands mots (et des valeurs) qui peuvent être faussés de toutes les manières possibles.
Ce bref regard sur la situation du monde nous amène à réfléchir sur la situation contemporaine du christianisme et donc aussi sur les fondements de l’Europe, cette Europe qui a été pendant un temps, pour ainsi dire, le continent chrétien, mais qui a aussi été le point de départ de cette nouvelle rationalité scientifique qui nous a offert de grandes possibilités et des menaces tout aussi grandes. Le christianisme n’est certes pas venu d’Europe, et donc ne peut même pas être catalogué comme une religion européenne, comme la religion de la sphère culturelle européenne. Mais c’est en Europe, précisément, qu’il a reçu l’empreinte culturelle et intellectuelle la plus forte, et il reste donc lié de façon spéciale à l’Europe. D’un autre côté, il est également vrai que cette Europe, depuis le temps de la Renaissance et sous une forme achevée depuis l’époque des Lumières , a justement développé cette rationalité scientifique qui non seulement, à l’époque des grandes découvertes, a conduit à l’unification géographique du monde, à la rencontre des continents et des cultures, mais qui maintenant, beaucoup plus profondément, grâce à la culture technique rendue possible par la science, marque vraiment de son empreinte le monde entier et, en un certain sens, l’uniformise. Et, à la suite de cette forme de rationalité, l’Europe a développé une culture qui, d’une manière jusqu’à maintenant inconnue dans l’humanité, exclut Dieu de la conscience publique, soit qu’on le nie complètement, soit qu’on estime son existence non démontrable, incertaine, et relevant donc du domaine des choix subjectifs, quelque chose qui de toute façon n’a aucun intérêt pour la vie publique. Cette rationalité purement fonctionnelle a, pour ainsi dire, entraîné un bouleversement de la conscience morale tout aussi nouveau en regard des cultures qui existaient jusque là, puisqu’elle soutient que n’est rationnel que ce qu’on peut prouver par des expériences. Comme la morale appartient à une sphère complètement différente, elle disparaît comme catégorie en soi et doit être récupérée d’une autre façon, puisqu’il faut bien admettre qu’on a toujours besoin d’elle d’une manière ou d’une autre. Dans un monde fondé sur le calcul, c’est le calcul des conséquences qui va déterminer ce qu’il faut considérer ou non comme moral. De cette manière, la catégorie du bien disparaît, ainsi que Kant l’a clairement mis en lumière. Rien en soi n’est bien ou mal, tout dépend des conséquences qui peuvent découler d’une action. Si, d’un côté, le christianisme a trouvé en Europe sa forme la plus efficace, il faut dire, de l’autre, qu’en Europe s’est développée une culture qui constitue la contradiction la plus radicale, dans l’absolu, non seulement du christianisme, mais des traditions religieuses et morales de l’humanité. Cette perspective nous permet de comprendre que l’Europe expérimente une véritable " épreuve de traction ", de comprendre aussi la radicalité des tensions auxquelles notre continent doit faire face. Mais ici apparaît aussi, et surtout, la responsabilité que nous autres, Européens, devons assumer en ce moment historique : dans le débat autour de la définition de l’Europe, autour de sa nouvelle forme politique, ce n’est pas quelque bataille " d’arrière-garde " de l’histoire qui se joue, mais plutôt une grande responsabilité pour l’humanité d’aujourd’hui.
Considérons de plus près cette opposition entre les deux cultures qui ont marqué l’Europe.
Nous devrons sans aucun doute revenir encore à la question des contradictions internes à la forme actuelle de la culture illuministe.
De cette façon tout devient logique, et aussi en quelque manière plausible. De fait, que pourrions-nous souhaiter de mieux que le respect universel de la démocratie et des droits de l’homme ? Mais ici s’impose de toute façon la question de savoir si cette culture illuministe laïciste est vraiment la culture, finalement découverte comme universelle, d’une raison commune à tous les hommes, culture qui devrait avoir accès partout, même sur un humus historiquement et culturellement différencié. Et on se demande aussi si elle est vraiment accomplie en elle-même, au point de n’avoir besoin d’aucune racine en dehors d’elle-même.
Nous devons maintenant affronter ces deux dernières questions.
Nous nous étions posé deux questions : si la philosophie rationaliste (positiviste) était strictement rationnelle, et par conséquent universellement valable, et si elle était complète. Se suffit-elle à elle-même ?
En disant cela, nous ne nions pas tout ce que cette philosophie dit de positif et d’important, mais nous affirmons plutôt son besoin d’être complétée, sa profonde incomplétude. Et ainsi nous trouvons-nous de nouveau à discuter des deux points controversés de la Constitution européenne. La mise de côté des racines chrétiennes ne se révèle pas l’expression d’une tolérance supérieure qui respecte toutes les cultures de la même manière sans vouloir en privilégier aucune, mais au contraire comme l’absolutisation d’une manière de penser et de vivre qui s’oppose radicalement, entre autres, aux autres cultures historiques de l’humanité. La vraie opposition qui caractérise le monde d’aujourd’hui n’est pas celle entre les diverses cultures religieuses, mais celle entre, d’un côté, l’émancipation radicale de l’homme par rapport à Dieu et aux racines de la vie et, de l’autre, les grandes cultures religieuses. Si on arrive à un choc des cultures, ce ne sera pas par le choc entre les grandes religions –depuis toujours en lutte les unes contre les autres mais qui, finalement, ont aussi toujours su vivre les unes avec les autres–, mais ce sera par le choc entre cette émancipation radicale de l’homme et les grandes cultures historiques. Ainsi, le refus de la référence à Dieu, lui aussi, n’est pas l’expression d’une tolérance qui veut protéger les religions non théistes et la dignité des athées et des agnostiques, mais plutôt l’expression d’une conscience qui voudrait voir Dieu définitivement effacé de la vie publique de l’humanité et cantonné dans le domaine subjectif des cultures résiduelles du passé. Le relativisme, qui constitue le point de départ de tout ceci, devient ainsi un dogmatisme qui se croit en possession de la connaissance définitive de la raison et en droit de considérer tout le reste seulement comme un stade de l’humanité, au fond dépassé et qui peut être adéquatement relativisé. En réalité, ceci signifie que nous avons besoin de racines pour survivre et que nous ne devons pas perdre Dieu de vue, si nous voulons que la dignité humaine ne disparaisse pas.
Ceci est-il un simple refus de l’illuminisme et de la modernité ?
Avec tout cela, il faut que l’une et l’autre partie réfléchissent sur elles-mêmes et soient prêtes à se corriger.
Dans le dialogue si nécessaire entre laïcs et catholiques, nous chrétiens devons demeurer très attentifs à rester fidèles à cette ligne de fond : à vivre une foi qui vient du logos, de la raison créatrice, et qui pour ce motif est aussi ouverte à tout ce qui est vraiment rationnel.
Ce dont nous avons surtout besoin à ce moment de l’histoire, ce sont des hommes qui, à travers une foi éclairée et vécue, rendent Dieu crédible en ce monde. Le témoignage négatif de chrétiens qui parlaient de Dieu et vivaient contre lui a obscurci l’image de Dieu et a ouvert la porte à l’incrédulité. Nous avons besoin d’hommes qui maintiennent le regard dirigé droit sur Dieu, apprenant à partir de là l’humanité véritable. Nous avons besoin d’hommes dont l’esprit soit illuminé par la lumière de Dieu et à qui Dieu ouvre le cœur, de sorte que leur esprit puisse parler à l’esprit des autres et que leur cœur puisse ouvrir le cœur des autres. Il n’y a qu’à travers des hommes touchés par Dieu que Dieu peut revenir chez les hommes. Nous avons besoin d’hommes comme Benoît de Nursie, lequel, en un temps de dissipation et de décadence, s’enfonça dans la solitude la plus extrême, réussissant, après toutes les purifications qu’il dut subir, à remonter à la lumière, à revenir et à fonder le Mont-Cassin, la cité sur la montagne qui, au milieu de tant de ruines, rassembla les forces à partir desquelles se forma un monde nouveau. Ainsi Benoît, comme Abraham, devint père d’une multitude de peuples. Les recommandations à ses moines placées à la fin de sa Règle sont des indications qui à nous aussi montrent le chemin qui conduit en haut, hors des crises et des décombres. " Comme il y a un zèle amer qui éloigne de Dieu et conduit à l’enfer, de même il y a un bon zèle qui éloigne des vices et conduit à Dieu et à la vie éternelle. C’est à ce zèle que les moines doivent s’exercer avec un amour très ardent : qu’ils se préviennent d’honneur les uns les autres, qu’ils supportent avec une extrême patience leurs mutuelles infirmités physiques et morales… Qu’ils s’aiment l’un l’autre d’une affection fraternelle… Qu’ils craignent Dieu dans l’amour… Qu’ils ne fassent absolument rien passer avant le Christ, lequel pourra nous conduire tous à la vie éternelle " (chapitre 72).

01:20 Publié dans Culture chrétienne | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Religion, christianisme, europe, réflexion, foi, politique, spiritualité
Dachau: la baraque des prêtres
Dachau: la baraque des prêtres
Sur 2.579 prêtres catholiques déportés, plus de 1.000 sont morts à Dachau, le plus grand cimetière sacerdotal du monde. Depuis juin 96, deux d'entre eux ont été déclarés bienheureux par Jean Paul II, dont l'un fut ordonné sur place, dans une baraque, secrètement, par Mgr Piguet, un évêque français, déporté lui aussi.
Lu sur Port Saint Nicolas
Confer l'encyclique "Mit brennender Sorge"
Voir la présentation sur l'encyclopédie Wikipédia
01:10 Publié dans Témoignage chrétien | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : foi, religion, spiritualité, europe, politique, réflexion, christianisme
dimanche, 26 novembre 2006
Saint François d'Assise en mission pour le Christ Roi
Lu sur le blog de Patrice de Plunkett
Dans le même sens que l'article du P. Gitton (ma note du 25. 11), ce texte du P. Jean-Marc Bot, curé de la cathédrale de Versailles, aujourd'hui dimanche 26 novembre :
<< Dans l'évangile de ce jour Jésus affirme, devant Pilate, que son royaume n'est pas de ce monde. [...] Le jour de son Ascension il ne répond même pas à ses apôtres qui lui demandent quand il rétablira la royauté en Israël. Jamais, nulle part, Jésus n'a laissé croire qu'il cherchait à établir sur la société tout entière un règne juridique avec ses institutions politiques. Il n'a voulu que fonder son Eglise et l'envoyer en mission pour témoigner comme lui. Il l'a fait sur la base de la conversion individuelle et de la liberté de conscience. Il est venu témoigner de la vérité, non l'imposer par la force. Il l'a payé de sa vie. C'est uniquement de cette manière qu'il a voulu régner dans ce monde temporel. C'est uniquement de cette manière que son Eglise s'est développée, héroïquement, pendant les trois premiers siècles. n'a laissé croire qu'il cherchait à établir sur la société tout entière
Ensuite, à partir de Constantin, est venue la Chrétienté. Pendant plus d'un millénaire, le christianisme s'est imposé comme religion d'Etat sur l'Europe. L'Eglise du Christ a bénéficié d'institutions officiellement chrétiennes. De toute évidence, cette longue période a produit de nombreux fruits d'excellente qualité. Mais peut-on dire que le Christ y a régné, au sens où il parle de son Royaume [...] ? De toute évidence il faut répondre non. D'innombrables chefs d'Etat, officiellement chrétiens, n'étaient pas chrétiens en réalité ; d'innombrables hommes et femmes d'Eglise n'étaient pas disciples du Christ (y compris 39 papes indignes). Jésus avait prévenu que beaucoup viendraient sous son nom en le trahissant... C'est bien parce que ce genre de fausse monnaie ravageait la Chrétienté, que saint François d'Assise reçut du Christ la mission de "relever" son Eglise !
Fêter le Christ-Roi n'est donc pas célébrer avec nostalgie un Moyen Age idéalisé... En fait, le Christ n'a jamais régné sur notre pauvre terre, au sens "politique" du terme. Il n'a aucune intention de le faire. Il commence par régner en partie dans les coeurs et dans les communautés qui se convertissent réellement selon son Esprit, l'Esprit des Béatitudes(1). Et nulle part ailleurs. Son règne intégral est encore objet d'espérance. Il ne s'établira qu'à la fin des temps. >>
Ce texte, publié en éditorial du bulletin de la cathédrale Saint-Louis, a été complété lors de l'homélie du 26 novembre : le P. Bot a notamment souligné que les "nombreux fruits" de la Chrétienté sont la pléiade innombrable des saints du Moyen Age.
(1) Un commentaire sur Bible service.net
21:25 Publié dans Culture chrétienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, religion, foi, spiritualité, politique, réflexion, philosophie
dimanche, 19 novembre 2006
Patriotisme constitutionnel par Muriel Rambour
Ceci est le texte mis à disposition du public et téléchargeable à l'adresse :
www.cees-europe.fr/fr/etudes/revue9/r9a5.doc
Paru le 30/03/2006
Le patriotisme constitutionnel, un modèle alternatif d’élaboration d’une identité européenne ?
par Muriel Rambour
Docteur en science politique, attachée temporaire d’enseignement et de recherche à l’Université Robert Schuman de Strasbourg (GSPE-PRISME UMR 7012).
Le patriotisme constitutionnel représente un cadre d’analyse permettant d’envisager l’émergence d’une communauté politique organisée autour de l’adhésion à des valeurs communes. De telles références renvoient au respect des droits fondamentaux plutôt qu’aux liens subjectifs caractéristiques de l’appartenance nationale. L’examen des origines historiques et des principes qui soutiennent cet ensemble théorique permet de relever que certains de ses aspects sont susceptibles de critiques, à la lumière notamment des récents développements de la construction européenne. Mais dans le même temps, un tel retour conceptuel souligne la dimension alternative que le patriotisme constitutionnel entend offrir pour penser, de manière générale, la problématique d’une culture et d’une identité politiques à l’échelle de l’Union européenne.
Dans le champ de la théorie politique consacré aux questions identitaires, le patriotisme constitutionnel propose une modalité particulière d’élaboration de la culture politique. En effet, cette forme de patriotisme « ne se confond pas avec les attachements traditionnels à la région, à la nation, au territoire, à la langue ou même à une histoire commune » (Ferry, 1997 : 426). Le principal intérêt théorique d’une telle réflexion est d’offrir l’occasion d’adopter une optique analytique échappant aux raisonnements hérités des catégories nationales, sans pour autant nier l’importance de ces mêmes éléments. Appliqué au cas de la construction européenne, ce schéma pourrait permettre de combiner les sentiments d’appartenance nationale respectifs des citoyens de l’Union et leur identification à la construction européenne en tant que projet politique qui ne se limiterait pas à la seule juxtaposition des espaces démocratiques que sont les Etats membres. Pour percevoir pleinement les implications d’une référence au patriotisme constitutionnel dans le débat européen actuel, il convient de rappeler dans un premier temps les principaux éléments constitutifs de sa genèse historique et intellectuelle, c’est-à-dire de revenir aux origines de ce concept pour mettre à jour les modalités par lesquelles se produirait l’allégeance aux valeurs fondamentales qu’il met en avant.
C’est ensuite la force de persuasion de ces références générales, de portée universelle, qui doit être soumise à un examen critique. Le patriotisme constitutionnel peut-il effectivement donner corps à une identité européenne d’ordre post-national ? Le dépassement des repères nourris par les cultures nationales, qui trouvent généralement une forte résonance émotionnelle, supposerait de passer à une identification à des principes éthiques qui se révèlent relativement neutres d’un point de vue affectif. Ce transfert est-il pratiquement réalisable ? Une culture politique commune construite suivant la logique du patriotisme constitutionnel pourrait-elle advenir, et si tel était le cas, serait-elle susceptible de concurrencer sérieusement un corpus de références identitaires ancrées de longue date dans les esprits des citoyens nationaux ? Ces questionnements, abordés au prisme d’un retour historique et d’un effort de définition critique, ont pour objectif de mieux comprendre en quoi le concept de patriotisme constitutionnel peut se trouver réactivé, et jusqu’à quel point, pour penser le rapport aux identités, aux histoires nationales dans le cadre des développements politiques contemporains de l’Union européenne qui interrogent précisément les conditions de l’exercice démocratique et la force du lien civique en Europe.
Origine historique et principes du patriotisme constitutionnel
Evoquer la genèse du patriotisme constitutionnel suppose de rappeler combien cette notion est tributaire du poids de l’histoire allemande. Le concept de Verfassungspatriotismus a été formulé pour la première fois par Dolf Sternberger à l’occasion du trentième anniversaire de la Loi fondamentale allemande, le 23 mai 1979, dans un éditorial de la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Dans la mesure où il était à l’époque impossible, à la fois en raison de l’histoire et de la partition en deux Etats, de s’identifier à un « peuple allemand » unitaire et d’éprouver, comme dans d’autres pays, un sentiment « classique » d’appartenance nationale, Sternberger a proposé de substituer à l’identification ethnique ou géographique un patriotisme de type nouveau, reposant sur un attachement aux droits garantis par la Loi fondamentale. Les Allemands (du moins ceux de l’Ouest) étaient invités à devenir des « patriotes » de leur Constitution, des Verfassungspatrioten. Le patriotisme constitutionnel se définit alors selon une adhésion essentiellement rationnelle aux principes contenus dans la norme suprême du pays qui servirait de support à « un ordre fondamentalement libéral et démocratique […] susceptible de susciter attachement et loyauté » (Sternberger, 1990 : 24).
Le philosophe Jürgen Habermas a repris ce concept au milieu des années 1980, au moment de la
« querelle des historiens » (Historikerstreit) sur la manière d’aborder le passé national-socialiste de l’Allemagne. Certains intellectuels d’outre-Rhin – parmi lesquels Andreas Hillgruber, Michael Stürmer et Ernst Nolte – avaient entrepris de relativiser la portée des crimes nazis et de revisiter la responsabilité de la Wehrmacht en établissant notamment un lien de causalité entre ces actions et les exactions du régime soviétique. Selon eux, le temps était venu de délester l’Allemagne du poids d’un passé qui « ne veut pas passer » (Nolte, 1986). En proposant d’étudier le passé nazi selon une continuité historique, ces historiens ouest-allemands ouvraient la voie de la réhabilitation d’une certaine Allemagne. Dans cette vive controverse menée par presse interposée entre 1986 et 1988, Jürgen Habermas a adopté une ferme attitude de condamnation de toute lecture relativiste de la période nationale-socialiste (Roviello, 1987 ; Rambour, 2005).
En opposition aux interprétations de l’histoire qui conduiraient à ne voir en l’Holocauste qu’un événement quelconque, et pour éloigner durablement le spectre du nationalisme, Habermas s’est efforcé de poser les bases d’une théorie dissociant la nation de l’Etat pour aboutir à la formulation d’une identité « post-nationale ». Par son expérience personnelle du national-socialisme et par le traumatisme qu’a constituée pour lui la révélation des crimes nazis, Habermas a bien perçu les conséquences dévastatrices du nationalisme. C’est précisément pour cette raison que sa réflexion est animée d’une profonde volonté de dépassement du « principe nationaliste » (Ferry, 1992a : 40), de manière à prévenir la résurgence de toute exaltation identitaire ou de tout repli sur des particularismes culturels. Le patriotisme constitutionnel puise ainsi ses racines dans une Allemagne confrontée au poids de son passé et à un rapport à l’identité nationale particulièrement délicat et problématique. Pour Habermas, la reconstruction identitaire allemande devrait justement s’opérer contre l’excès nationaliste que ce passé signifie et contre le potentiel de destruction qu’il incarne. Pour rompre avec ce moment sombre de leur histoire, les Allemands n’auraient donc plus d’autre alternative crédible que de fonder leur identité politique sur la base de « principes civiques universalistes à la lumière desquels les traditions nationales ne sont plus appropriables telles quelles, mais seulement dans une perspective critique et autocritique » (Habermas, 1999 : 339).
Ces principes civiques sont au cœur du patriotisme constitutionnel qui se propose de dépasser les seuls référents ethniques, linguistiques et culturels, pour prévenir l’exaltation tragique d’une histoire ou d’une culture particulières. Héritière du contexte spécifique dans lequel elle a été forgée, cette réflexion philosophique est par conséquent empreinte de méfiance à l’égard de toute présentation mythique de l’appartenance nationale. Le patriotisme constitutionnel aspire donc à développer une approche universaliste de la participation politique à partir de l’adhésion aux principes de l’Etat de droit, à la démocratie et aux libertés fondamentales (libertés d’expression, de conscience, d’association, etc.). Les membres d’une communauté politique organisée selon la logique du patriotisme constitutionnel se reconnaissent comme des sujets de droits qui se réfèrent avant tout à l’universalisme de la démocratie et des droits de l’homme (Habermas, 1997 : 139-140).
Le cadre géographique et socio-politique dans lequel a été formulée la théorie du patriotisme constitutionnel est celui de la République fédérale allemande, ce qui a fait dire à Mario Rainer Lepsius que ce patriotisme désignait « l’acceptation progressive en RFA d’un ordre politique constitué par le droit à l’autodétermination démocratique » (Lepsius, 1989). Le patriotisme constitutionnel apparaît imbriqué dans la réflexion sur les fondements de l’identité allemande et le souci de dissocier la pratique politique de déterminants ethniques ou culturel afin de prévenir la résurgence d’une quelconque forme de nationalisme autour de ces éléments. C’est précisément la nature du contexte dans lequel cet ensemble théorique a émergé, si lié à l’histoire de l’Allemagne, qui a conduit certains à juger que la dimension « constitutionnelle » de ce patriotisme serait essentiellement mue par un « esprit de pénitence » (Thibaud, 1992 : 52). Les critiques du patriotisme constitutionnel avancent en effet que ce concept ne peut prétendre être valable dans d’autres dimensions étant donné qu’il a été forgé pour penser le rapport de l’Allemagne à son passé et à son identité. Cet argument des origines ne doit toutefois pas empêcher de considérer le fond même de la théorie et, plus particulièrement, son application aux enjeux contemporains de l’intégration européenne. En proposant une transposition du cadre allemand à celui de l’Europe, Habermas entretient d’une certaine manière l’héritage de la « théorie critique » de l’Ecole de Francfort selon laquelle il est impossible de distinguer l’aspect théorique de la dimension pratique des rapports sociaux (Bernstein, 1976 : 182 ; Geuss, 1981). Sa posture intellectuelle correspond à un regard critique à l’égard de la philosophie pour lui permettre d’échapper au piège de la dimension contemplative et la confronter aux faits, en l’occurrence à l’intégration communautaire.
Une extrapolation européenne
Appliqué à la construction européenne, le schéma du patriotisme constitutionnel pourrait permettre d’envisager le développement d’une citoyenneté et d’une culture politique à l’origine d’une forme d’unité dans le maintien de la diversité des identités nationales. La mise en œuvre de ce cadre théorique supposerait de procéder en deux étapes. La première consisterait à opérer une dissociation entre ce qui relève de la dimension culturelle et ce qui appartient à la sphère de l’engagement politique. La seconde phase est une étape de recomposition identitaire permettant de déterminer les ressorts d’une culture politique européenne à partir d’une confrontation pacifique des références nationales. Cette démarche suggère donc de s’affranchir, du moins dans une certaine mesure, des repères identitaires propres à chaque cadre national afin d’établir une solidarité entre les citoyens européens au-delà de la fragmentation multiculturelle. La question majeure que soulève ce projet concerne toutefois la possibilité de réaliser effectivement cette opération de différenciation du culturel et du politique.
Les principes qui sous-tendent le patriotisme constitutionnel ne s’imposeraient pas arbitrairement : en effet, l’assentiment donné aux valeurs universelles se dégagerait d’un ensemble de pratiques concertatives également destinées à renouveler l’exercice démocratique. C’est autour de la notion d’« espace public » que prend forme la théorie délibérative que propose Jürgen Habermas (Habermas, 1978 ; Calhoun, 1992). L’espace public représente un lieu où se fondent les opinions et où s’affirme la volonté politique par l’apprentissage d’un retour critique sur les idées émises. La légitimité des conclusions établies à partir de cette procédure discursive est soumise à l’« usage public du raisonnement » (Habermas, 1978 : 38). Dans la conception habermassienne, ce raisonnement repose sur des échanges d’arguments conçus de telle manière que la position de chaque interlocuteur est susceptible d’être modifiée en fonction de la qualité des propos avancés par les autres participants. Ainsi la délibération démocratique ne peut-elle se réduire à une tentative d’imposer une position jugée d’autorité meilleure, plus pertinente. Elle exige au contraire une certaine « éthique ». Et c’est cette « éthique de la discussion » qui doit permettre que « la description à partir de laquelle chacun perçoit ses intérêts demeure accessible à la critique des autres » (Habermas, 1992a : 89 ; Ferry, 1987).
La théorie du patriotisme constitutionnel est soutenue par un « pouvoir communicationnel » qui se dégage du dialogue entre des citoyens égaux, placés dans une « situation idéale de parole » (Habermas, 1997 : 145). C’est de la rationalité des débats que sont censés émerger les principes universalistes, à partir d’un accord que les protagonistes de la discussion atteignent à l’issue d’échanges libres de contraintes, en ayant fait preuve de capacité réflexive : ils acceptent de réévaluer leurs opinions premières jusqu’à parvenir à un consensus qui confère leur légitimité aux normes adoptées au terme de ce processus. C’est en effet la discussion qui constitue, dans cette acception théorique, une source de légitimation du droit : la norme juridique ne peut « se maintenir comme droit légitime que dans la mesure où les citoyens sortent de leurs rôles de sujets du droit privé pour adopter le point de vue de participants à des processus d’entente sur les règles de vie en commun » (Habermas, 1997 : 492). L’activité démocratique et politique est donc essentiellement perçue selon un schéma participatif : « la formation délibérative de l’opinion et de la volonté des citoyens, fondée sur les principes de la souveraineté populaire et des droits de l’homme, constitue en dernière instance le médium dans lequel se développe une solidarité abstraite, engendrée sous une forme juridique et reproduite au moyen de la participation politique » (Habermas, 2000 : 71). La culture politique qui serait partagée au plan européen se constituerait par le biais d’une telle activité démocratique, par ce que Habermas, dans sa théorie de l’agir communicationnel, appelle la « praxis » des citoyens qui exerceraient leurs droits démocratiques à la participation et à la communication (Habermas, 1992b : 3). Cette culture, et finalement la communauté qui la partagerait, émergeraient d’un processus délibératif au cours duquel « les conflits d’intérêts prendraient la forme de conflits d’interprétation juridique, eux-mêmes appelés à se régler sur la voie ‘‘civilisée’’ d’une argumentation contradictoire et publique » (Ferry, 1997 : 443).
Si les principes d’Etat de droit, de démocratie, sont aux fondements du patriotisme constitutionnel, servant de garanties du dépassement de références identitaires particularistes, les arrière-plans nationaux ne disparaissent pas totalement dans la mesure où ils servent de supports et de grilles d’interprétation de ces mêmes principes universalistes. Habermas note que le patriotisme constitutionnel européen devrait être élaboré « à partir des différentes interprétations, marquées par les histoires nationales, de principes juridiques universalistes qui, eux, sont identiques » (Habermas, 1998 : 85). L’enjeu de cette démarche est donc de concilier l’universalité du cadre juridique préconisé dans la théorie du patriotisme constitutionnel avec la prise en compte des particularités culturelles nationales, de sorte que « le politique européen, sans devoir être déconnecté des cultures nationales » puisse acquérir « une certaine autonomie » (Ferry, 1992b : 196-197) à l’égard de chacune de ces cultures. Ce type de réflexion post-nationale permettrait, au plan théorique, de penser la pluralité des cultures nationales et l’unité de l’ordre juridique régissant la communauté politique européenne.
La mise en œuvre des principes de l’Etat de droit démocratique est bien l’une des conditions essentielles de l’appartenance à l’Union européenne. La déclaration de Copenhague de juin 1993, qui pose les conditions des élargissements successifs, stipule en effet que les pays candidats doivent notamment s’appuyer sur des « institutions stables garantissant la démocratie, la primauté du droit, les droits de l’homme, le respect des minorités et leur protection ». Les développements les plus récents de l’intégration communautaire témoignent aussi de la consolidation d’un tel corpus de droits fondamentaux, avec la Charte qui leur est consacrée et qui est incluse dans le traité constitutionnel proposé par la Convention sur l’avenir de l’Europe. L’article 2 du projet de Constitution européenne faisait d’ailleurs directement référence à certains principes généraux qui inspirent le patriotisme constitutionnel : « l’Union est fondée sur les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité, de l’Etat de droit, ainsi que de respect des droits de l’Homme. Ces valeurs sont communes aux Etats membres dans une société caractérisée par le pluralisme, la tolérance, la justice, la solidarité et la non-discrimination ». Ces éléments poseraient les bases d’une sorte de modèle européen soutenant l’apparition d’une culture juridicisée, parachevée par l’adoption d’un texte constitutionnel. Les grands traits de la genèse et de la logique du patriotisme constitutionnel permettent dès lors de comprendre les raisons pour lesquelles un tel ensemble conceptuel peut se trouver mobilisé dans le débat européen. De même, ils apportent des éléments de réponse à quelques critiques habituellement formulées à l’encontre de cette approche théorique.
Le patriotisme constitutionnel, entre abstraction et portée réflexive
Evaluer la pertinence d’une référence au patriotisme constitutionnel dans la discussion européenne conduit à considérer les aspects de cette réflexion qui sont susceptibles de soulever certaines contestations. La première concerne le caractère d’universalité du socle sur lequel repose le patriotisme constitutionnel. La mention du respect de la dignité humaine, des droits de l’homme, ne serait peut-être pas suffisante pour permettre de distinguer une communauté politique européenne bien distincte d’autres ensembles géopolitiques internationaux. Or, la formation d’une identité suppose un double mouvement : positif, par la définition de références propres à la collectivité concernée, et négatif, par une délimitation de cet ensemble par rapport aux autres groupes identitaires. Une identité repose sur des éléments de cohésion interne qui renvoient à une « clôture » vis-à-vis de ce qui apparaît par conséquent comme « extérieur ». Si les progrès de l’Union européenne se caractérisent, entre autres, par la formalisation et la consécration d’un corpus de droits fondamentaux, et si un consensus s’opère autour de ces droits, il n’est pas certain qu’un patriotisme constitutionnel organisé à partir de ces éléments de portée universelle, et qui ont donc pour vocation à être partagés au-delà des frontières de l’Union, parvienne à circonscrire assez précisément les contours d’une identité proprement européenne.
A cette première remarque, on pourrait faire observer que si ces valeurs sont universelles, elles sont tout de même bien au cœur du projet européen de paix et de démocratie. Elles composent effectivement un dénominateur commun à l’ensemble des pays de l’Union, comme le rappellent la Charte des droits fondamentaux et le traité constitutionnel. Mais un deuxième élément de critique peut surgir en lien avec ce premier point. Il concerne la capacité de principes d’ordre juridique à emporter une profonde conviction de la part des citoyens : leur attachement se fixerait plus aisément sur des repères hérités d’une histoire nationale intériorisée au cours d’un processus de longue durée que sur la seule reconnaissance de principes d’ordre éthique et juridique portant sur la garantie des droits fondamentaux et le respect de l’Etat de droit. En d’autres termes, le patriotisme constitutionnel apparaîtrait trop abstrait pour soutenir une identité européenne.
Selon cette critique, le modèle qu’invite à suivre le patriotisme constitutionnel chercherait en quelque sorte à transformer l’ordonnancement existant des identités pour finalement ne proposer qu’un système incapable de contrebalancer les émotions liées aux spécificités historiques et culturelles portées par chaque nation. C’est cet argument que fait par exemple valoir David Miller lorsqu’il note que ce sont les différences apparaissant entre les peuples, la capacité à déterminer ce qui fait la particularité de chacun d’entre eux, qui forgent le « caractère national » et créent les conditions de l’adhésion à une véritable communauté politique, entendue également comme une communauté de destin (Miller, 1994, 1995). La communauté nationale reflète alors une continuité entre les générations qui rend vivantes les traditions sur lesquelles elle repose. Un tel raisonnement suggère donc que les identités nationales offrent davantage de « consistance » que le patriotisme constitutionnel, car elles apportent des repères plus stables en rendant possible une identification à une communauté bien délimitée, aux références précises. Face à la prégnance des cadres nationaux et au ressort émotionnel dont ils bénéficient, le patriotisme constitutionnel n’incarnerait qu’un fade consensus, « sans grande valeur pratique », quand bien même les principes sur lesquels il repose sont fondamentaux (Ferry, 1998 : 209-213).
Ce point illustre l’une des limites que le retour sur la genèse du patriotisme constitutionnel laissait percevoir avec l’exigence d’une mise à distance de ce qui pourrait conduire à une exaltation des caractéristiques identitaires particulières. Ce cadre conceptuel a été élaboré dans le contexte allemand, avec pour principal objet de contrer la résurgence d’éventuelles dérives identitaires. La responsabilité à l’égard du passé marque la réflexion sur ce que peut être la culture politique allemande, elle incite, sans doute plus qu’ailleurs, les citoyens de ce pays à poser un regard critique sur leur histoire nationale et à opter pour une identité accordant une place primordiale au respect des principes de l’Etat de droit démocratique garantis par la Loi fondamentale. Et c’est sans doute la moindre intensité d’un tel aiguillon moral en faveur de l’allégeance à des valeurs relativement neutres d’un point de vue affectif qui rend plus difficile la transposition de cette logique à l’échelle de l’Europe.
Un différentiel dans la capacité à emporter l’attachement des citoyens pourrait dès lors s’établir entre, d’une part, les formes d’identités présentes et fortement ancrées au plan national et, d’autre part, le caractère non passionnel des références qui inspirent l’identification post-nationale à laquelle renvoie le patriotisme constitutionnel. Ceci pose la question du degré d’intériorisation des valeurs civiques par les Européens, de leur appropriation d’une culture politique partagée faisant relativement abstraction de la part d’affects caractéristique de tout processus d’identification. Ces considérations critiques interrogent finalement la manière dont les citoyens se reconnaîtraient dans la Constitution européenne et, de façon générale, dans une structure politique rapprochant les pays de l’Union par-delà leurs références nationales respectives. Elles invitent à se demander jusqu’à quel point, et avec quelle force de conviction, ils seraient susceptibles de devenir, au-delà d’une adhésion de type purement formel, d’authentiques « patriotes » du texte constitutionnel européen, comme Dolf Sternberger invitait les Allemands à se comporter en patriotes de leur Loi fondamentale.
Pour répondre à la critique portant sur l’abstraction du patriotisme constitutionnel, le rappel de la genèse et de la logique que suit ce cadre conceptuel est là encore utile. S’il est façonné par une forme de méfiance envers l’idée nationale en ce qu’elle peut nourrir le nationalisme, le patriotisme constitutionnel ne suppose pas de rejeter irrémédiablement toute référence à la nation. Habermas est en effet conscient que les opinions publiques demeurent actives dans une dimension essentiellement nationale (Habermas, 1992b), même si, d’un point de vue théorique, elles sont amenées à s’ouvrir les unes aux autres et à progresser sur la voie d’une différenciation entre culture et politique, au fil d’un processus délibératif. Aussi suggère-t-il de se reporter aux histoires nationales comme à une grille de lecture des principes généraux qu’il pose à la base du patriotisme constitutionnel.
Ce patriotisme ne serait donc pas aussi abstrait que certains de ses détracteurs le soutiennent. Il ne se réduit pas à une forme aseptisée d’attachement, sans rapport avec les histoires nationales et les cadres socio-historiques structurant les citoyens dans leur vie quotidienne. Comme l’indiquent ses origines historiques, ce corpus théorique est le produit d’une conscience forte et entretenue des usages particuliers et souvent tragiques qui peuvent être faits du concept de nation. Et l’on retrouve encore dans cette préoccupation le poids de l’histoire allemande, l’empreinte d’un passé en définitive toujours présent, qui imprègne durablement la réflexion en termes de patriotisme constitutionnel. Dans ce cadre, l’adhésion aux principes démocratiques serait plutôt à comprendre comme une sorte de « seconde naissance » résultant d’une « conscience historique rendue réflexive par l’expérience des errements et catastrophes que purent entraîner, dans l’histoire encore proche, le nationalisme ethnique, l’arrogance identitaire et le rejet anti-humaniste des valeurs de civilité, de légalité et de publicité, attachées à nos cultures publiques » (Ferry, 2000 : 377). Cette argumentation veut donc montrer comment dégager, à partir d’une référence aux histoires nationales, les aspects qui peuvent se révéler les plus négatifs de l’attachement à la nation pour définir un socle de références communes autour des principes démocratiques essentiels.
De manière générale, le patriotisme constitutionnel, et plus largement la réflexion post-nationale qu’il inspire, ne reposent pas sur une volonté délibérée d’occulter toute référence à la nation, de fuir hors de l’histoire, comme pourrait le donner à penser une interprétation superficielle de ce concept. Au contraire, il suppose que les principes universels sur lesquels il s’appuie entretiennent un rapport étroit avec les histoires nationales dans lesquelles ils s’inscrivent. Une telle dimension constitue un point important de la théorie, pourtant souvent occulté par ceux qui la jugent trop éthérée. Ce rapport historique doit surtout s’établir selon un mode critique et autocritique. L’enjeu est en effet d’opérer une distanciation par rapport à l’histoire nationale, de favoriser une prise de conscience de ses travers. C’est de cette façon que la reconnaissance mutuelle des éventuelles violences passées – ce qui prend particulièrement sens au regard du contexte allemand dans lequel a été élaboré ce cadre théorique – serait susceptible de créer les conditions de l’élaboration d’une mémoire commune et d’une culture politique au plan européen.
Apports et limites du patriotisme constitutionnel dans le débat européen
Sur un plan théorique, le patriotisme constitutionnel veut apparaître comme une alternative aux modèles classiques, nationaux, dans la réflexion sur la production d’une identité européenne. Son objectif n’est pas de reproduire au niveau communautaire un schéma stato-national d’organisation politique, il ne vise pas à instaurer en Europe un supranationalisme autour des principes qui l’animent. Le projet de faire advenir une « union politique européenne » ne doit donc pas tendre vers la recherche d’une « congruence de l’unité politique et de l’unité nationale » (Ferry, 1997 : 442-443). Une telle intention serait d’ailleurs bien impossible à réaliser dans un espace européen qui reste effectivement composé d’une multiplicité de cultures et de traditions. Et c’est précisément en raison de cette caractéristique que le processus d’intégration communautaire constitue un terrain d’analyse intéressant et pertinent dès lors qu’il s’agit de déterminer des références qui pourraient unir, sans les unifier, des peuples dotés de leurs propres repères nationaux.
Dans ce contexte, le patriotisme constitutionnel permet de réfléchir à la définition d’une identité européenne nouvelle. Il agirait comme un catalyseur du renouvellement de la pensée politique traditionnelle en invitant à opérer une distinction entre « l’ordre juridique de la communauté politique et l’ordre culturel, historique et géographique des identités nationales » (Lacroix, 2002 : 134), de manière à rendre compatibles unité politique et pluralité culturelle. En formulant l’hypothèse selon laquelle les perspectives européennes appellent un ajustement des catégories d’analyse de la production des identités, il devient possible d’envisager la formation de repères identitaires selon une autre logique que celle qui prévaut pour la compréhension de ce processus au plan national. Considérer que le cadre national délimite exclusivement l’espace d’expression démocratique rendrait vain tout effort pour penser l’émergence d’une identité européenne, si l’on admet que celle-ci ne peut uniquement se définir selon les schémas expérimentés au fil des histoires particulières des différentes nations européennes. Le recours au patriotisme constitutionnel n’implique pas faire comme si la référence nationale était devenue obsolète. Dans la mesure où elle suppose une mise à distance (et non pas une renonciation) des cadres nationaux de pensée, cette réflexion, appliquée à la problématique de l’Union européenne, permet justement d’analyser la question d’une potentielle identité européenne en s’émancipant des seuls arguments nationaux.
Le patriotisme constitutionnel, et plus largement l’optique post-nationale, offre l’occasion de « décentrer » le regard par rapport aux cultures nationales. Il ne s’agit pas de renier l’importance de ces ensembles qui structurent les modes de pensée comme autant de références familières. Mais au lieu de conclure à l’impossibilité d’établir une identité européenne parce qu’elle ne pourrait s’établir selon les modalités habituellement mises en œuvre, et de manières diverses, dans les cadres nationaux respectifs, il devient possible, en suivant la logique du patriotisme constitutionnel, d’ouvrir une voie de réflexion conduisant à s’intéresser à la forme civique de cette identité européenne et d’accompagner ainsi le débat sur le sens politique de l’intégration communautaire. L’« identité civique » établie à partir du patriotisme constitutionnel pourrait alors se définir comme une identification à l’Union européenne comprise comme une construction politique définissant des droits et des devoirs pour ses citoyens (Bruter, 2004). Sans que les Européens renoncent pour autant à leurs différents héritages culturels, le patriotisme constitutionnel invite à envisager la formation d’une communauté politique transcendant les particularismes nationaux par une appartenance citoyenne. Et cette démarche intéresserait directement l’élaboration d’une identité et d’une structure politique démocratique de dimension européenne qui, par nature, dépasseraient les frontières des Etats membres.
Toutefois, la proposition d’asseoir l’identité européenne sur des références d’ordre éthique et juridique se heurte en pratique à la question de la spécificité proprement européenne de ces valeurs de portée universelle, à leur représentativité, à la mobilisation qu’elles pourraient susciter et à l’appropriation dont elles seraient l’objet. La principale interrogation que soulève le patriotisme constitutionnel consiste en fait à savoir si le modèle alternatif de conception identitaire qu’il propose peut trouver, en dehors de la réflexion strictement théorique, une application concrète au plan communautaire, et s’il peut ainsi effectivement servir de guide dans la définition d’une identité européenne. Autrement dit, les Européens pourraient-ils se reconnaître dans un espace politique qui serait avant tout défini en termes de participation civique et non pas simplement à partir de la mobilisation de repères ethno-culturels ?
Les récents développements concernant précisément la Constitution européenne mettent en lumière les contingences empiriques auxquelles se trouve confrontée la proposition théorique du patriotisme constitutionnel. Les référendums de ratification organisés sur ce texte au printemps 2005 montrent en effet que l’émergence d’une culture politique partagée à l’échelle de l’Union reste incertaine. Jürgen Habermas indiquait que l’adoption d’une Constitution donnerait « l’impulsion permettant la formation d’un système de partis transnational, la naissance d’une société civile et d’un espace public à la dimension de l’Europe et la constitution d’une culture politique » (Habermas, 2001). Or, force est aujourd’hui de constater qu’il n’existe pas encore d’espace public européen où s’exercerait une pratique discursive de dimension transnationale susceptible de discerner un consensus sur le sens du projet politique communautaire. Les rapports que les opinions nationales entretiennent avec la construction européenne traduisent une certaine distance et un scepticisme qui affectent l’idée de voir prendre corps une identification à l’Europe suivant la logique du patriotisme constitutionnel. Ce serait peut-être même le cheminement inverse qui pourrait avoir lieu, avec non pas un rassemblement autour des principes généraux mis en avant par ce cadre théorique, mais plutôt la tendance à une réaffirmation de références plus familières. Cette perspective d’un éventuel retour aux bases nationales, voire d’un renforcement des nationalismes, en cas de rejet du traité constitutionnel avait d’ailleurs été envisagée par Habermas avant même que les référendums aient lieu (Habermas, 2005), signe que le principal promoteur du patriotisme constitutionnel garde pleinement conscience des limites de cet ensemble conceptuel face à la réalité européenne.
Les conditions dans lesquelles se déroule concrètement l’intégration européenne, et les « contraintes » auxquelles semble se heurter la mise en œuvre pratique de la théorie, pourraient donner à penser que le patriotisme constitutionnel ne nourrit qu’une vaine réflexion. Le schéma alternatif aux modèles nationaux qu’il entend représenter ne serait que « théorique », éloigné d’une réalité démontrant qu’il n’existe pas d’Européens susceptibles d’être, dès à présent, considérés comme des « patriotes » d’une Constitution – ou plus précisément d’un traité constitutionnel – à l’avenir au demeurant incertain. Pour autant, le patriotisme constitutionnel, parce qu’il propose de penser le rapport à l’Europe au-delà des canevas nationaux, présente un intérêt direct pour la réflexion européenne contemporaine. La référence identitaire qu’il sous-tend serait en effet envisagée d’un point de vue politique, c’est-à-dire dans la dimension civique d’une adhésion à un projet commun. Et c’est une préoccupation qui se trouve justement réactivée au moment de la ratification du traité constitutionnel, quelle que soit la tournure que prend ce débat. Car les questions centrales qui restent posées sont bien celles de la finalité et de la légitimité démocratique de cette construction.
Le questionnement sur la signification politique du projet européen permettrait aux citoyens de l’Union de percevoir dans quelle mesure ils sont également membres d’une communauté dépassant le cadre de leurs nations respectives, et surtout à quelles fins. Déterminer la raison d’être de la construction européenne, ses objectifs politiques, pourrait servir à approcher ce qui peut constituer l’identité européenne, à instiller plus nettement auprès des citoyens nationaux une conscience de prendre part à un projet commun global et d’« être » Européens. Le patriotisme constitutionnel ne tend pas à instituer un demos européen de type supranational qui viendrait se substituer radicalement à la coexistence des peuples nationaux (Weiler, 1995 ; Nicolaïdis, 2004). Il permettrait plutôt d’atteindre une reconnaissance mutuelle qui serait plus qu’une simple juxtaposition de ces sphères démocratiques et de ces peuples nationaux. Il forgerait ainsi une identité partagée – et non pas unique et uniforme – autour d’objectifs politiques et de référents identifiés comme constitutifs d’une conscience européenne propre et d’une solidarité par-delà les considérations nationales. Ce cadre théorique peut, à l’heure actuelle, figurer une conceptualisation trop abstraite, emportant une identification pratiquement insaisissable car éloignée des repères classiques liés à l’observation des contextes nationaux. Cependant, il conviendrait peut-être de s’accorder encore du temps avant d’émettre un jugement définitif sur l’identité européenne, son contenu et sa capacité de conviction des populations. C’est en effet par l’inscription dans la durée – une dimension essentielle de la constitution des identités ainsi que l’ont montré les situations nationales – qu’une conscience d’appartenance politique à l’entité européenne pourrait être finalement éprouvée, aux côtés des sources existantes d’identification, suivant en cela la logique d’un cadre conceptuel qui peut servir à élucider quelques-uns des aspects fondamentaux des réflexions européennes contemporaines.
Bibliographie
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19:35 Publié dans Pensée politique européenne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, réflexion, europe, philosophie, religion, christianisme, foi
jeudi, 16 novembre 2006
QUEL PATRIOTISME AU-DELA DES NATIONALISMES ?
par Jean-Marc Ferry
Réflexions sur les fondements motivationnels d’une citoyenneté européenne
Résumé :
Depuis que la construction d’une Europe politique est à l’ordre du jour, l’identité politique du " peuple européen " pourrait se référer à une forme de patriotisme qui ne se confond pas avec les attachements traditionnels à la région, à la nation, au territoire, à la langue ou même à une histoire commune. Après avoir examiné diverses figures du patriotisme : " patriotisme géographique ", " patriotisme historique ", " patriotisme juridique ", l’auteur aborde le thème du " patriotisme constitutionnel " sous les trois aspects de son contexte d’émergence, de son concept philosophique, de ses implications institutionnelles.
Nous aimons évoquer une " certaine idée de l’Europe ", en référence à l’époque où celle-ci commençait à peine à se former, avec l’émergence de la bourgeoisie, classe moderne par essence, qui élabora sa culture et son identité sur un principe de civilité dont la valeur avait été fortement promue par Érasme. La civilité, principe éthique de cette " civilisation des mœurs ", dont Norbert Elias a bien décrit le processus, est à l’origine de la société civile. À ce génie participaient en première ligne des nations qui, comme la Hollande, l’Italie, l’Angleterre, la France, l’Écosse, la Prusse, ont, chacune à sa manière, de la Renaissance et la Réforme aux Lumières et à l’aile romantique de l’Aufklärung, su porter l’universel sur le devant de la scène culturelle ou politique. On dit, sans doute, à juste titre, que la spécificité européenne consiste précisément dans le sens de l’universel. Cependant, plusieurs nations ont éminemment contribué à l’élaboration de cette culture de l’universel. Nulle ne détient, par conséquent, un monopole dans ce domaine, et nier cela au profit de stratégies d’influence géopolitiques projette aussitôt l’image d’une guerre d’impérialismes culturels, forme à peine sublimée des nationalismes bellicistes de jadis, qui comptèrent pour beaucoup dans le déclenchement des guerres européennes et coloniales. Justement, ce long drame des guerres nationalistes et impérialistes, qui constitue la face sombre de l’Histoire européenne, a néanmoins, peut-être, ceci de positif, qu’il a préparé les peuples d’Europe à se regarder en face, certes, avec toute l’ambivalence de haine et d’admiration, de rivalité et de ressentiment, de réticence et d’attraction, voire, d’amour et d’envie, mais aussi de connivence et de reconnaissance qui tissent les liens de solidarité. Ces guerres ont, en effet, permis aussi aux peuples d’Europe de s’éprouver mutuellement puis de se reconnaître réciproquement et, aujourd’hui, de vouloir former ensemble, après les bains de sang que l’on sait, une fédération ou une confédération pacifique : l’Union européenne.
Cependant, nous abordons à peine la phase de l’union politique, et nous sommes, à présent, à la période particulièrement décisive où il s’agit d’élaborer une Constitution. Cette phase de construction, que nous engageons seulement aujourd’hui, mettrait un point que l’on espère final à la logique antérieure consistant à élaborer par la bande une constitution politique de l’Europe par voie de traités successifs que la Cour de Luxembourg s’empresse de constitutionnaliser – comme si une Constitution pouvait, sous nos latitudes, être élaborée sous le paradigme diplomatique de négociations se déroulant largement à huis clos, et non pas selon le paradigme démocratique de délibérations véritablement publiques. Or, depuis que la construction d’une Europe politique est à l’ordre du jour, l’identité politique du " peuple européen " ne s’est pas simplement posée dans les termes formels des conditions juridico-administratives d’une citoyenneté supranationale. Elle se pose aussi, à présent, et de façon plus substantielle, dans les termes d’un patriotisme qui ne se confond pas avec les attachements traditionnels à la région, à la nation, au territoire, à la langue ou même à une histoire commune. La cohésion de la Communauté européenne a, en effet, besoin d’un patriotisme, mais à condition que celui-ci soit désormais au-delà du nationalisme. C’est pourquoi le principe postnational d’un patriotisme constitutionnel prend ici de la pertinence. De quoi s’agit-il ?
Cette expression a été introduite par Dolf Sternberger et par Jürgen Habermas dans le contexte du Historikerstreit, c’est-à-dire de la controverse qui éclata entre des intellectuels Ouest-allemands, en été 1986, au sujet du passé national-socialiste. Je reviendrai sur ce contexte. Mais auparavant j’aimerais prendre la question plus en amont, en proposant un survol un peu systématique et nécessairement superficiel de différentes formes de patriotisme. Essentiellement trois formes que, par commodité, on nommera : " patriotisme géographique ", " patriotisme historique ", et " patriotisme juridique " (I). Cela permettra ensuite d’aborder la signification du patriotisme constitutionnel sous différents aspects (II).
I.- Patriotisme géographique, patriotisme juridique, patriotisme historique.
1.- Le patriotisme géographique peut être regardé comme la forme à la fois la plus ancienne et la plus naturelle d’un attachement communautaire qui dépasse le cadre de la famille, du clan, ou de la tribu. Il n’est pas non plus identique au sentiment qui se manifeste dans la défense d’un territoire perçu comme vital par un groupe d’individus solidaires. Il résulte plutôt d’un processus assez complexe dont les principaux moments se laissent styliser, par exemple, à partir de la reconstruction que propose Herwig Wolfram pour l’" Histoire des Goths "1.
Exemplaire est cette genèse de la patria Gothorum au sein de l’Empire romain. Au départ étaient les gentes qui sont elles-mêmes ethniquement hétérogènes. Des groupes itinérants forment des tribus en ralliant sur leur chemin d’autres familles ou individus qui ne parlent pas toujours la même langue. Au niveau le plus archaïque, l’unité de la gens ne se réfère qu’à cette hiérarchie quasi-naturelle, celle-là même dont le principe, conformément à l’esprit de la liberté germanique, consiste dans la valeur guerrière, la bravoure manifestée au combat. Lorsque, ensuite, les gentes se dotent d’une lex et d’un rex, et, par là même, d’une religio, elles prennent alors la consistance d’un populus. C’est là, à vrai dire, le premier élément symbolique fort d’unification, par lequel le peuple ainsi constitué peut déjà être regardé comme une personne virtuelle, une existence en voie de reconnaissance. Celle-ci n’est toutefois politiquement acquise que lorsque le populus est devenu patria. Et la patria n’advient elle-même que lorsque ce populus a reçu du pouvoir central, Rome, l’autorisation de s’installer sur un territoire géographiquement délimité de l’Empire.
De là, nous pouvons entrevoir ce que pouvait représenter substantiellement, pour les intéressés, le " patriotisme géographique ", expression que j’emprunte à Claude Nicolet, c’est-à-dire l’attachement d’un peuple à son territoire. Cet attachement résulte ici de l’investissement physique et moral d’une patria par un populus. Dans le contexte historique de son émergence, il s’explique psychologiquement par la situation stabilisée, licite, d’une existence reconnue politiquement. Cette situation constitue elle-même une forme d’assurance contre la guerre perpétuelle. Surtout, elle permet à l’identité du peuple de se former sur les catégories élémentaires et essentielles du dedans et du dehors : dedans est le même, l’Alter ego ; dehors est l’autre, l’étranger, le non-moi. Car, avant cela, au niveau des gentes, il n’y avait pas à proprement parler d’étrangers. Cet aspect peut retenir notre attention. Grâce à la patria, le populus forme son identité collective, ce qui correspond à une première forme de conscience patriotique. Mais, à ce stade, la patria n’est pas encore natio. Pour cela, elle devra, le plus souvent, constituer son identité dans la forme d’un État souverain, long processus marqué par la constitution laborieuse de royaumes de plus en plus autonomes au sein de l’Empire d’Occident.
Entre patria et natio, le regnum représente la médiation pour laquelle l’histoire du Royaume de France est exemplaire. Aux temps héroïques de sa formation, la défense et la conquête du territoire étaient la préoccupation du roi qui, à l’époque, n’était qu’un seigneur parmi d’autres. Là, le patriotisme géographique a pu se concentrer dans une famille avec la plus grande intensité. Dans son essai, La dynamique de l’Occident, Norbert Elias explique comment une grande partie du règne de Louis VI (1108-1137) fut consacrée à une lutte sans répit, qui se terminera par l’intégration définitive de la maison de Monthléry aux domaines de la dynastie des Capétiens2. L’enjeu territorial était apparemment bien mince : tenir la tour de Monthléry. Mais, grâce à son acharnement, Louis VI jeta les bases de l’expansion ultérieure de sa dynastie. Il créa, explique Elias, " un niveau virtuel de cristallisation autour duquel devait se grouper par la suite le territoire de France, bien que rien ne nous autorise à penser que le roi prévoyait dans une sorte de vision prophétique cette évolution "3.
À ce stade, le patriotisme géographique était à peine formé, et fort éloigné, par exemple, du type d’attachement affectif qui a pu justifier la fondation du foyer national juif, en Palestine, après la Première Guerre mondiale et le démantèlement de l’Empire ottoman. C’est que le patriotisme géographique n’est qu’une composante du sionisme propre aux pionniers de l’État d’Israël. À l’attachement au territoire de Palestine, patria accordée aux Juifs sous mandat de l’Empire britannique, s’adjoignaient les éléments de la culture, de la mémoire, de la référence à une histoire commune.
Cette dimension, moins archaïque, plus " spirituelle ", nous conduit à présent vers une deuxième forme de patriotisme : le patriotisme historique.
2.- Dans sa version hautement élaborée, le patriotisme historique se relie au sentiment national, tel qu’il se trouve notamment fondé par Ernest Renan dans la discussion qu’il mena contre David-Friedrich Strauss, après la guerre franco-allemande de 1870, à propos de l’idée de nation4. Cette discussion a au demeurant durci l’idée un peu stéréotypée que l’on se fait de l’opposition entre une conception française et une conception allemande de la nation.
D’abord, Ernest Renan commence par récuser tout fondement physicaliste de la nationalité : non seulement le sang, la race, mais également le territoire. À cela s’adjoint le refus du fondement matériel d’une communauté des intérêts. Plus original est ensuite le rejet de critères culturels, tels que la langue et la religion. À vrai dire, Ernest Renan affirme un fondement exclusivement spirituel, presque mystique. Une nation, dit-il, " est une âme, un principe spirituel ", lequel, encore une fois, transcende le particularisme du territoire, de la race ou de la langue. C’est plutôt l’élément de l’histoire et de la mémoire communes, mais aussi de la volonté et du projet communs, qu’il entend affirmer : " Dans le passé, un héritage de gloire et de regrets à partager, dans l’avenir un même programme à réaliser ; avoir souffert, joui, espéré ensemble, voilà qui vaut mieux que des douanes communes et des frontières conformes aux idées stratégiques ; voilà ce que l’on comprend malgré les diversités de race et de langue "5. Chez Renan, le patriotisme historique rompt clairement avec le patriotisme géographique, notamment par l’insistance avec laquelle sont valorisées les deux dimensions du temps : passé et avenir. La nationalité, en effet, se fonde, d’une part, sur " la possession en commun d’un riche legs de souvenirs " (référence au passé historique), d’autre part, sur " le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis "6. Avec cette référence au futur historique, la dimension du présent, marquée par le " consentement actuel ", est, il est vrai, renforcée par cette formule célèbre, conservée dans l’imagerie de nos cultures politiques, une expression que Renan jugeait lui-même quelque peu rhétorique : " la nation est un plébiscite de tous les jours " ! Cette image a sans doute altéré dans un sens contractualiste la signification d’un patriotisme historique que Renan tenait pour l’authentique principe subjectif d’une nationalité distincte de la citoyenneté abstraite.
Histoire et volonté. Ou mieux : héritage et projet communs sont, en effet, les deux éléments communautaires qui, avec la signification spirituelle accentuée, voire mystique, définissent le patriotisme historique. Cette forme, exemplifiée en France par Ernest Renan, se laisse sans trop d’efforts apparenter à la conception hégélienne. Car, chez Hegel, l’esprit national ou Volksgeist n’est, comme on sait, effectif, que dans et par l’État, de sorte que, à la différence du romantisme et de la conception de la Kulturnation, chez Herder, la dimension politique prime sur la dimension culturelle.
C’est pourquoi, aussi, tout au moins chez Renan comme chez Hegel, on notera que l’" idée de nation " ou l’" esprit national " situe le patriotisme historique, en quelque sorte, à égale distance du pôle prénational que représentent les motifs de la communauté de race, de langue, de religion ou d’intérêts, et du pôle postnational que préfigure une conception radicalement artificialiste de la nation, et cela, dès l’époque de la Révolution française, en particulier chez Joseph Siéyès. On suggère donc que le patriotisme historique rigoureusement ajusté au nationalisme entendu au meilleur sens possible du terme. Pensons à ces mouvements d’autonomie et d’unité nationales, qui ont marqué la première moitié du XIXe siècle, en Europe, avant, par conséquent, que le nationalisme n’entrât dans la phase sombre de replis identitaires, bellicistes ou racistes, particularistes ou impérialistes. C’est d’ailleurs largement en fonction de cette histoire ultérieure que le nationalisme est aujourd’hui connoté de façon négative, du moins en Europe de l’Ouest. Mais dans sa première (et bonne) version, le nationalisme résultant du patriotisme historique, au sens décrit plus haut, se situe plutôt à égale distance du patriotisme géographique et du patriotisme que Nicolet dit " juridique ", correspondant à une conception artificialiste de la nation.
Curieusement, pourtant, Habermas ne dédaigne pas de se référer à Ernest Renan, lorsqu’il évoque le thème d’un " patriotisme constitutionnel " comme noyau d’une " identité postnationale ", tandis qu’il assigne plutôt Hegel à l’affirmation achevée d’un patriotisme national ou statonational. Cela vient peut-être de ce qu’il retient l’élément " français " du " vouloir-vivre-ensemble " comme ce qui ferait échec au démon " allemand " de l’ethnonationalisme défendu notamment par David-Friedrich Strauss. Il interprète alors, semble-t-il, l’élément volontariste, chez Renan, comme le soubassement affectif d’un patriotisme constitutionnel. Cette difficulté, qui pourrait presque passer pour une erreur d’interprétation, trahit le fait que Habermas ne veut pas renvoyer le patriotisme constitutionnel à l’artificialisme universaliste, formel et abstrait, du " patriotisme juridique " stricto sensu.
3.- Le patriotisme juridique : c’est Claude Nicolet qui en a introduit l’expression et analysé le concept dans son livre sur " l’idée républicaine en France ", en distinguant un " patriotisme géographique " d’un " patriotisme juridique "7. On voudrait ici partir du sens le plus étroit de ce concept, pour l’élargir progressivement, jusqu’au point où il s’accorde suffisamment aux prémisses sous lesquelles se présenterait aujourd’hui, pour l’Europe en construction, l’idée d’un patriotisme constitutionnel.
Pris, tout d’abord, dans le sens le plus étroit, le patriotisme juridique se démarque non seulement du patriotisme géographique, mais aussi et surtout du patriotisme historique, en ce qu’il présente la nation comme un pur artéfact. La nation n’existe ici, en effet, que par la personnalité juridique que lui confère sa Constitution politique. Celle-ci est formée de principes universels abstraits. À ce niveau, le patriotisme juridique signifie l’attachement porté aux règles formelles de l’État de droit. Un tel attachement à la personnalité juridique d’une communauté politique peut cependant s’approfondir dans la visée d’une Constitution juste, d’une justice politique organisant, selon l’équité, les principes juridiques de la liberté et de l’égalité. Dans ce cas, le patriotisme juridique revêt une signification plus substantielle. Mais on peut encore exiger plus, sans abandonner ce type de patriotisme : outre l’attachement de ressortissants à un cadre juridique universaliste, outre l’attachement plus concret à une Constitution organisant, suivant la procéduralité des voies de droit, la liberté et l’égalité sur des principes d’équité, le patriotisme juridique peut, au-delà, fixer les aspirations à l’autonomie politique ou constitutionnelle. Dans ce cas, son principe suppose, outre l’État de droit, celui de la démocratie. Mais qu’entendons-nous par là ?
Un cadre juridique, si universaliste soit-il ; une Constitution politique, si juste soit-elle, ne suffisent pas à remplir l’exigence formelle d’autonomie - celle-là même qui s’exprime dans des maximes telles que :
Les attributs juridiques (des citoyens), indissociables de leur essence (en tant que telle), sont la liberté légitime de n’obéir à aucune autre loi que celle à laquelle chacun a donné son assentiment8.
Ou encore :
Seules peuvent prétendre à la validité les normes pouvant rencontrer l’assentiment de tous les intéressés en tant que participants d’une discussion pratique9.
Les deux propositions : l’une de Kant, l’autre de Habermas, ont la même valeur métaéthique : l’autonomie du citoyen10. L’universalité visée dans l’acception stricte du patriotisme juridique et l’autonomie exigée dans sa conception large ne s’impliquent d’ailleurs pas réciproquement. Mais on peut considérer que, avec ces deux conditions : universalité du cadre juridique et autonomie de la volonté politique, le patriotisme juridique réalise la double présupposition de l’État de droit et de la démocratie. Il remplit, dans cette mesure, mais à un élément près : celui du rapport à l’histoire, les réquisits d’un " patriotisme constitutionnel ".
II.- Signification du patriotisme constitutionnel.
On peut distinguer entre autres trois aspects de la signification attachée à l’expression " patriotisme constitutionnel ". Le premier est contextuel ou historique : il est lié au contexte de la discussion allemande, et singulièrement, Ouest-allemande sur le passé nazi. Le second, plus conceptuel ou systématique, se rapporte au thème d’une identité postnationale. Le troisième, institutionnel ou politique, touche à la question d’une structure postétatique pour l’Union européenne.
1.- Le thème du " patriotisme constitutionnel " (Verfassungspatriotismus) est apparu dans le contexte Ouest-allemand du Historikerstreit – ainsi nomme-t-on la querelle qui, pendant deux ans (1986-88), opposa en RFA les intellectuels allemands au sujet du nazisme, ce " passé qui ne veut pas passer ". C’est notamment Jürgen Habermas qui a fait éclater au grand jour, dans ce contexte, la signification politique de la controverse, en dénonçant le " néo-historisme " et sa tentative de reconstruire, après Auschwitz, une continuité historique de l’identité allemande. Au demeurant, Habermas n’a jamais refusé une " historisation ", c’est-à-dire une saisie scientifiquement distanciée de l’époque nationale-socialiste. Mais ce qui est douteux, préoccupant, c’est seulement, comme il le dit, " une démarche qui n’est pas réfléchie sur le plan herméneutique ". Habermas conteste une méthode " compréhensive ", propre aux " sciences de l’esprit " du XIXe siècle allemand, en ce qui concerne un rapport à un certain passé, celui, dit Dolf Sternberger, " d’un forfait dément qui est marqué par le nom d’Auschwitz [et] ne se laisse en vérité absolument pas "comprendre" "11. Ce qu’il met en cause, c’est une conception encore trop conventionnelle de l’histoire, de l’éthique, et du rapport à la tradition. La " tradition ", explique Habermas en critiquant l’approche compréhensive du néo-historisme, " veut bien dire que nous poursuivons quelque chose comme étant non problématique, quelque chose que d’autres ont commencé et exemplifié. Normalement, nous nous figurons que ces "précurseurs", face à face avec nous, ne peuvent pas nous illusionner totalement, ne peuvent pas jouer le rôle d’un Deus Malignus. Maintenant je pense que précisément cette base de confiance a été détruite devant les chambres à gaz "12.
Comprenons que le patriotisme constitutionnel se justifie proprement au regard d’une responsabilité morale et politique à l’égard du passé. Habermas explique en même temps comment la conscience de l’époque a dû se transformer dans un sens postnationaliste. Il y va d’une analyse historique de ce que Karl Jaspers nommait " la situation spirituelle de notre temps ". Que s’est-il passé depuis l’époque marquée en dominante par les idées de l’identité nationale et de la souveraineté de l’État-nation ? Je laisse ici largement la parole à Habermas :
Aujourd’hui, si le cosmopolitisme peut ne plus entrer en opposition avec la vie concrète de l’État de la même manière qu’en 1817, c’est parce que la souveraineté des États singuliers ne consiste plus dans un pouvoir discrétionnaire pour la guerre et la paix. Plus, les super-puissances ne peuvent même plus en disposer librement. Aujourd’hui, tous les États, pour la cause de leur autoconservation, sont soumis à l’impératif d’abolir la guerre comme moyen de résolution des conflits. Pour Hegel, le " dulce et decorum est pro patria mori " était encore la plus haute obligation éthique sur Terre. Aujourd’hui, l’obligation du " service armé " est devenue largement problématique sur le plan moral. Même le commerce international de l’armement, comme on le pratique aujourd’hui encore, a depuis longtemps perdu son innocence morale. L’abolition de l’état de nature entre les États est pour la première fois à l’ordre du jour. Par là, les conditions de l’autoconservation des peuples se modifient. Également, l’ordre de préséance entre les obligations politiques du citoyen et les obligations morales de l’" homme " ne reste pas de ce fait inchangé. C’est la situation elle-même qui contraint à une moralisation de la politique.13
On sait que la question de l’" identité des Allemands " s’est posée in concreto, au moment de la réunification des deux Allemagnes, alors que venait à peine de se terminer la " controverse des historiens ", laquelle ne posait encore la question que in abstracto. Ce fut l’épreuve, au début, pleine d’espoirs, puis bien vite douloureuse, d’une identité cherchant à rompre avec ses démons nationalistes. Habermas aurait sans doute souhaité que l’unification de l’Allemagne suivît une autre procédure que celle qui fut choisie par le gouvernement fédéral14. Mais, contrairement aux idées volontiers répandues au nom d’une identité " substantielle ", " concrète ", par ceux qui soupçonnent le patriotisme constitutionnel de fuir l’" épaisseur de l’histoire "15, ce dernier se confronte au contraire sérieusement à l’histoire, mais avec l’idée que, désormais, nous sommes assignés à une attitude critique. D’où le thème d’une responsabilité à l’égard du passé. Habermas s’inspire ici de Walter Benjamin qui, dit-il, " a bien défini avec la plus grande précision la prétention élevée par les morts à la force anamnésique des générations vivantes "16.
Non seulement le patriotisme constitutionnel n’est pas un patriotisme anhistorique, mais il n’entend pas davantage faire l’impasse sur les spécificités culturelles de chaque peuple. Certes, le patriotisme constitutionnel se définit par l’attachement aux principes de l’État de droit et de la démocratie. Mais le lien à ces principes " ne peut devenir une réalité dans les différentes nations [...] que si ces principes s’enracinent chaque fois spécifiquement dans les différentes cultures politiques [...] Le même contenu universaliste doit à chaque fois être approprié à partir du contexte de vie historique propre, et être ancré dans les formes de vie culturelles propres ". Habermas ajoute que " [...] Toute identité collective, y compris l’identité postnationale, est beaucoup plus concrète que l’ensemble des principes moraux, juridiques et politiques autour duquel elle se cristallise "17.
On voit en quoi le patriotisme constitutionnel se distingue du patriotisme juridique décrit par Nicolet : en ce qu’il procède d’un rapport autocritique du peuple à son histoire. Et l’on voit aussi en quoi ce patriotisme constitutionnel se démarque cependant d’un patriotisme historique, tel qu’il est au fond décrit par Renan : en ce qu’il procède d’un rapport autocritique du peuple à son histoire. Cela nous permet d’aborder la question plus systématique du lien conceptuel (et non plus contextuel) entre " patriotisme constitutionnel " et " identité postnationale ".
2.- L’identité postnationale ne signifie pas d’abord une échelle supranationale de citoyenneté. Elle désigne avant tout un motif non nationaliste de participation à une communauté politique. C’est le motif d’un patriotisme constitutionnel. Il s’agit d’un attachement qui se détermine non pas sur des critères de co-appartenance ethnique, linguistique ou culturelle, mais sur des critères éthiques de reconnaissance réciproque des sujets de droits, individus ou États, ainsi que sur les critères politiques d’une reconnaissance commune de principes fondamentaux tels que ceux de la démocratie et de l’État de droit. Si l’on regarde l’histoire européenne des cent dernières années sous l’aspect quelque peu optimiste d’un décentrement progressif des identités, on est alors porté à situer le patriotisme constitutionnel dans la continuité des patriotismes juridique et historique qui ont élevé l’idée de nation à une certaine forme d’universel. Tel est le cas de la conception républicaine française de la nation. Grâce au principe de laïcité, la Troisième République a su éviter la dérive autoritaire d’un endoctrinement politique qui porterait atteinte à la liberté de conscience individuelle et, contrairement à ce que l’on a pu dire, Jules Ferry ne se considérait pas comme un innovateur. Il se regardait plutôt comme le continuateur d’un mouvement ancien et profond : le mouvement de sécularisation lente mais inexorable du savoir et du pouvoir. C’est ce qu’attestent ses positions au sujet de l’école laïque, gratuite et obligatoire, et notamment ses interventions à la Chambre, des 13 juillet et 20 décembre 1880, dont je dois ces extraits au hasard d’une correspondance avec un admirateur de Jules Ferry :
Dans la discussion du projet de loi sur l’instruction secondaire, devant la Chambre des Pairs en 1844, en présence d’un état de la question qui rappelait beaucoup ce qui se passe aujourd’hui, M. Guizot crut nécessaire de monter à la tribune, et aux revendications hautaines de M. de Montalembert en faveur de la société religieuse, d’opposer la doctrine que je viens de vous développer sur le pouvoir séculier, la doctrine de la société civile en face de l’Église. Il disait : " Nous sommes chargés, au nom de la société, au nom du pays, de défendre trois grands intérêts fondamentaux de notre temps : d’abord la liberté de la pensée et de la conscience, qui est la première de nos libertés, celle avec laquelle nous avons conquis toutes les autres. Il faut bien le dire, la liberté de la pensée et de la conscience, ce ne sont pas les influences religieuses qui l’ont conquise au profit du monde : ce sont les influences civiles, des idées civiles, des pouvoirs civils [...] ; ce sont des idées laïques, les pouvoirs laïques qui ont fait par le monde cette grande conquête " [...]. Ainsi n’apportons-nous en vérité dans ce débat aucune innovation extraordinaire ; aussi n’y a-t-il dans notre prétention aucune nouveauté : nous continuons à suivre l’exemple qui nous a été donné ; nous poussons un peu plus loin la marche de cette laïcité.
En réclamant pour l’école le principe de laïcité, Jules Ferry ne prétendait donc que poursuivre un mouvement engagé bien avant lui, et qui s’inscrit clairement dans le " projet de la modernité ". Et pourtant, cela ne l’empêchait pas de réclamer que cette école laïque, également, gratuite pour des raisons qui distinguent l’instruction publique d’une prestation sociale, fût également, comme on sait, obligatoire. C’est presque un paradoxe, puisque, pourtant, la laïcité traduirait un mouvement irréversible. Mais cela n’empêche qu’il faille à tout le moins créer le sentiment d’un devoir scolaire. Et Jules Ferry évoque ici le modèle de la Prusse, en se référant cette fois à Victor Cousin :
Messieurs, je n’attends pas, et il ne faudrait pas attendre de l’introduction du principe de l’école obligatoire dans nos lois des effets immédiats, mécaniques, à très brève échéance. Toutes les personnes qui ont écrit ou parlé sur le principe de l’obligation, tous les hommes d’État qui l’ont désiré ou appliqué dans les temps récents, ont clairement expliqué que l’efficacité de cette loi était bien moins dans la contrainte matérielle et directe que dans la salutaire intimidation qui en sort dans les mœurs nouvelles qui sont ainsi fondées [...] Ces idées étaient parfaitement comprises dès 1831 par M. Cousin. Je vous demande la permission de vous citer ces quelques lignes : " En Prusse, dit-il, le devoir des parents d’envoyer leurs enfants aux écoles primaires est tellement national et enraciné dans les habitudes légales et morales du pays, qu’il est consacré en un seul mot, Schulpflichtigkeit (devoir d’école) ; il répond, dans l’ordre intellectuel, au service militaire, Dienstpflichtigkeit. Ces deux mots sont la Prusse toute entière ; ils contiennent le secret de son originalité comme nation, de sa puissance comme Etat, et le germe de son avenir ; ils expriment, à mon gré, les deux bases de la vraie civilisation, qui se compose à la fois de lumières et de force [...]. Je suis convaincu qu’un temps viendra où l’instruction populaire sera également reconnue comme un devoir social imposé à tous, dans l’intérêt général.
Tandis que le principe de la laïcité représente l’aspect universaliste de l’idéologie républicaine, le principe de l’obligation suit des considérations plus nationales, bien qu’il se réclame d’une conception générale de la " vraie civilisation ". C’est là une ambiguïté du républicanisme, dans sa version française. Cependant, lorsqu’il justifie le principe de l’obligation par la nécessité d’introduire le sentiment d’un devoir nouveau, ainsi que la Prusse l’avait fait avant la France, Jules Ferry ne se fait aucune illusion sur l’efficacité réelle. Importe avant tout le symbole. De plus, il se montre par ailleurs sensible à la façon dont les individus peuvent être attachés à des formes de vie traditionnelles. Il ne veut pas que l’obligation scolaire se transforme en violence – ce que trahissent les remarques que voici :
C’est peu d’évoquer à titre d’exemple le cas souvent cité de ces jeunes bergers, dont tout le monde, y compris les instituteurs du pays, savait bien qu’ils ne mettraient jamais les pieds dans une des écoles de la commune voisine où ils étaient en principe inscrits, à la saison des pâtures. Il était en effet humainement inconcevable et électoralement dangereux de contraindre un modeste propriétaire de bétail à remplacer son fils par un berger professionnel.
Bien sûr, ce débat sur l’école laïque, gratuite et obligatoire nous semble lointain. Mais on voit aussi à quel point les paroles de Ferry sont éclairées par une conscience historique et politique responsable qui situe bien l’importance centrale de l’école pour la constitution des nations modernes. Elles ne sont pas démenties par les analyses menées un siècle plus tard par le sociologue Ernest Gellner dans son livre, Nations et nationalisme. Pour Gellner, la formation des nations modernes requiert la constitution d’un espace culturellement homogène, où, dit-il, " la mobilité sociale et la communication hors contexte deviennent l’essence de la vie sociale ". Tandis que, dans le monde traditionnel, la reproduction culturelle reposait, dit-il, sur le principe des " barrières de la communication ", l’émergence du monde industriel exige à la fois une communication transcontextuelle et une formation homogène des individus. Ces deux réquisits dépendent du développement d’une langue standard, laquelle présuppose l’existence d’un langage convenant à un usage formel et libre de tout contexte. C’est pourquoi le propre des sociétés modernes est d’avoir supprimé le mode traditionnel de reproduction culturelle en y substituant un système pédagogique extérieur, un système " exoéducatif " qui forme chez les individus des compétences homogènes fonctionnelles pour leur insertion dans l’économie et la société. La convergence de l’unité nationale et de l’unité politique, c’est-à-dire le principe nationaliste au sens technique, architectonique du terme, résulterait alors du fait qu’un système exoéducatif construit l’homogénéité culturelle de la nation à partir de l’autorité politique de l’État.
Ainsi ont pris corps les identités nationales, à la fois comme entités culturelles et comme réalités politiques. Les États-nations représentent à ce titre des cadres d’intégration remarquablement homogènes et structurés, davantage en tout cas, en moyenne, que les formes antérieures, en particulier les Empires. Mais aujourd’hui, voilà que se pose un nouveau problème : celui d’une communication à réaliser entre ces espaces de communication, que sont les nations, des espaces largement hétérogènes les uns aux autres, d’un point de vue culturel, et qui, même, deviennent à présent de moins en moins culturellement homogènes en eux-mêmes. Maintenant il semble délicat de procéder pour la construction européenne comme on procéda jadis pour les construction nationales, y compris lorsqu’elles étaient inspirées par les principes du républicanisme. La laïcité, certes, a permis de ménager pratiquement la différence entre la soumission politique à une domination et l’adhésion culturelle à une constitution. Elle autorisait en même temps la coexistence de croyances différentes sous une même référence politique, en raison précisément de l’éthique à la fois universaliste et individualiste qui la sous-tend. Cependant, la pluralité reconnue des croyances au sein de l’État républicain était, à l’époque de Jules Ferry, la seule forme de survivance légitime de l’ancienne pluralité des cultures. L’universalisme culturellement formé par l’État en vue d’une unité républicaine était ethnocidaire. Malgré une identité postconventionnelle, malgré le fait que l’identité politique de la communauté nationale fût référée aux valeurs à prétention universelle de la démocratie et de l’État de droit et non pas aux valeurs particularistes du sang et du sol, il n’en résultait pas une identité postnationale, parce que l’unité politique y était incompatible avec la pluralité culturelle18.
C’est là que, précisément, Ernest Gellner désigne le principe nationaliste. Il montre que le nationalisme " est essentiellement un principe politique, qui affirme que l’unité politique et l’unité nationale doivent être congruentes "19. Autrement dit, une nation pour un État, un État pour une nation. Clairement, cette forme d’identité politique, que, par contraste avec l’ethnonationalisme de communautés xénophobes ou racistes, on peut dire " statonationaliste ", s’accorde parfaitement à la culture politique républicaine française, ainsi d’ailleurs qu’ont pu le confirmer les résistances de gauche comme de droite, lors du référendum sur le traité de Maastricht. C’est que la constitution politique de l’Europe est incompatible avec cette version du principe républicain, monoculturaliste par construction. Cela tient surtout à l’émergence d’une sensibilité nouvelle, laquelle ne peut qu’embarrasser les fervents de l’intégration, car, outre des revendications holistes portant sur l’identité et la culture, monte à présent en puissance la conviction que les nations et les États nationaux sont les cadres indispensables d’intégration sociale, de reproduction culturelle et de participation politique. Il s’ensuit que la construction européenne ne peut plus procéder conventionnellement, en traitant les spécificités nationales comme autant de barrières (au sens large) de la communication, qu’il conviendrait de supprimer. D’un autre côté, succomber aux tentations " médiévistes " de l’éclatement politique serait catastrophique. D’où le problème : comment s’y prendra-t-on pour réaliser l’intégration politique dans le respect des spécificités nationales ? La construction européenne risque ici d’éprouver comme un double bind les dilemmes de son propre politically correct, car elle doit, à n’en pas douter, pouvoir concilier l’unité politique et la pluralité nationale, ou encore, l’universalité du cadre juridique avec la singularité des identités culturelles.
Des facteurs objectifs militent de toute façon en faveur d’une telle synthèse critique, qui ne renonce pas à l’universel, tout en devant faire droit au particulier. Les liens militaires supranationaux, les interdépendances de l’économie mondiale, les flux d’immigration motivés par l’économie et l’écologie, la pluralité ethnique croissante de la population, la densification du réseau de communication, ce sont là autant d’éléments qui étendent, voire distendent à l’extrême l’espace de la solidarité humaine. Dans cette mesure, beaucoup de nations, et singulièrement, les nations d’Europe, sont d’ores et déjà engagées sur la voie de sociétés postnationales. Dans ce cas, la concertation des nations, ce " nouveau concert européen " dont parlait Jacques Delors ne saurait être organisé sous n’importe quelles conditions formelles ou procédurales. Une coopération fondée sur la reconnaissance mutuelle des identités culturelles a besoin d’un cadre juridique dont le caractère résolument antiparticulariste garantit justement, sinon une concertation irénique, du moins une confrontation pacifique. D’un autre côté, les États membres de l’Union européenne ne peuvent abandonner purement et simplement leur souveraineté politique. Ce n’est pas seulement l’identité culturelle des nations, qu’il s’agit de respecter ; c’est aussi, croyons le, la souveraineté politique qu’il s’agit de partager sans briser les États. Telle est la difficulté, presque un paradoxe, sur laquelle s’ouvre la problématique de la forme politique de l’Europe.
Ce problème nouveau trouve une actualité aiguë après Maastricht. La construction européenne appelle sans doute un autre type d’accompagnement éducatif ou pédagogique que celui qu’avait appelé, jadis, la construction des unités nationales. Bien entendu, d’aucuns, parmi les plus intégrationnistes des européanistes, pourraient rêver de réaliser au niveau de l’Union européenne ce qui fut réalisé pour les unités nationales : cette construction, dont parle E. Gellner, d’un espace culturellement homogène, où " la mobilité sociale et la communication hors contexte deviennent l’essence de la vie sociale ". Mais c’est un rêve sans doute irréaliste que de vouloir ainsi faire de l’Europe une nation20. A présent, le problème n’est pas de construire une grande unité supranationale ; il est plutôt de penser l’unité européenne de telle sorte que cette unité soit compatible avec la pluralité nationale. Déjà les États-membres, à l’intérieur de l’Union, ont su réaliser ce " pas de la raison ", qui, selon Hegel, consiste dans l’adhésion à une communauté politique. Il s’ensuit que les relations entre ses membres – ici, non plus seulement , comme jadis, les citoyens, mais à présent les États eux-mêmes – ne sont plus soumises à cet état de nature, qui règne encore largement dans les relations internationales ordinaires21. C’est comme si, à l’intérieur de l’Union, les États-membres apprenaient ce que, sur deux siècles de civilisation humaniste, de la Renaissance aux Lumières, les individus avaient acquis en devenant membres de ce que l’on nomme toujours " société civile " : la civilité, propédeutique à la citoyenneté ; telle est la grande chose à former et reformer en Europe, et plus que jamais requise dans un espace dont le multiculturalisme va croissant. Parce que l’on ne peut demander aux gens d’aimer l’autre, l’étranger ; parce que ce dernier n’est pas a priori " mon pote ", et parce que le politique doit précisément s’occuper de réguler les relations que l’amour a éventuellement désertées ou qu’il n’a encore jamais insufflées, une éducation moderne pour l’Europe – que ce soit celle de l’école ou celle des médias – n’a pas pour mission civique d’expliquer à quel point l’étranger est sympathique, mais plutôt de montrer sur quelles voies de reconnaissance réciproque il est permis de surmonter avec lui les conflits (non de les éviter), de relativiser des divergences, de réduire des malentendus, voire de réparer des violences, ne serait-ce que symboliquement22.
Évidemment, une telle éducation doit affronter des obstacles : non seulement l’autocentrement des mémoires nationales, sélectives et apologétiques, voire des enseignements de l’histoire, mais aussi le différencialisme sous toutes ses formes, depuis le " narcissisme des petites différences ", qui intriguait Freud, jusqu’au " relativisme doux " stigmatisé par Allan Bloom chez ses étudiants. Or, ne pas en rester à l’exhibition de sa différence, c’est voir dans les variantes culturelles autant de façons de mettre en sens des expériences qui, elles, auraient un caractère plus universel, éminemment partageable, transculturel, du moment que ces expériences comptent dans la genèse de nos idéaux modernes touchant à la démocratie, à l’État de droit et aux droits de l’Homme. Ces idéaux ont pris corps politiquement et culturellement dans des expériences de reconnaissance réciproque formées à l’épreuve des guerres européennes et des conquêtes coloniales, mais également au long des guerres d’indépendance et des luttes sociales. Ce sont là, certes, des épreuves violentes, mais sans lesquelles il est à craindre que nous n’eussions pas été mis en mesure de nous poser mutuellement, individus et nations, comme des égaux. Tel est d’ailleurs l’idéal d’un droit cosmopolitique, dont l’universalisme n’est abstrait qu’en apparence. Sa substance peut aujourd’hui être recherchée du côté de pratiques de discussion et de concertation dans lesquelles des cultures différentes pourraient s’éprouver, se confronter entre elles et se recomposer avec moins de violence immédiate, plus de civilité que jadis. À l’horizon d’une telle pratique, l’universel se dévoile plus profondément, à vrai dire, qu’à travers les formules du droit. Comment pourrait-il se présenter dans un espace politique européen ?
3.- Qu’il faille un peuple européen, cela ne saurait impliquer la constitution d’une nation européenne. Et cependant, il doit y avoir unité. Une difficulté principielle est de réaliser l’union politique sans rechercher pour cela cette congruence de l’unité politique et de l’unité nationale, qui caractérise le principe des États-nations. Un tel principe pourrait, en effet, se maintenir à l’échelle supranationale, si l’on poursuivait la construction européenne dans l’esprit d’une unification culturelle dont l’espace audiovisuel européen, avec les programmes de télévisions sans frontières, serait l’instrument privilégié23. Éviter, en revanche, ce supranationalisme suppose que l’unité du cadre juridique puisse être conciliée avec la pluralité des cultures nationales. L’identité postnationale suppose donc une certaine dissociation entre le cadre d’appartenance culturel et le cadre de référence juridique. C’est certes seulement dans la mesure où l’on dispose d’un cadre politico-juridique suffisamment universaliste, qu’une confrontation pacifique et une coopération civilisée peuvent être envisagées au sein d’un même espace politique entre des États dont les traditions et cultures nationales sont spécifiques. Pratiquement, cependant, une culture politique partagée doit faire tenir ensemble, politiquement parlant, les États et citoyens membres de l’Union. Cela ne se décrète évidemment pas. Une culture politique commune doit s’élaborer plutôt dans la pratique des discussions, où les conflits d’intérêts prendraient la forme de conflits d’interprétation juridique, eux-mêmes appelés à se régler sur la voie " civilisée " d’une argumentation contradictoire et publique. Cet idéal d’un espace politique alliant les valeurs éminemment bourgeoises de la civilité et de la Publicité, est en même temps une force de participation politique, qui forme la base motivationnelle d’une culture de la citoyenneté24. Pour l’Europe, un tel espace public est encore à former. Il représenterait le ciment d’une union politique, une force substantielle de fédération, laquelle ne peut que très problématiquement être assurée par des instances centrales, surtout si celles-ci ne détiennent pas le monopole de la violence (et de l’éducation) légitimes, qui définit traditionnellement l’État moderne.
On peut admettre l’hypothèse d’une différenciation, interne au politique, entre une fonction critique qui serait assumée par un espace public de confrontation, et une fonction technique de régulation, revenant naturellement aux instances de décision communautaires. Cette différenciation fonctionnelle ne revient pas à transférer le politique de l’État vers un espace public communautaire, mais à remettre à ce dernier la charge plus proprement éthique, que la philosophie avait naguère dévolue à l’État25, de former quelque chose comme une citoyenneté européenne. Dès lors, le politique européen se partagerait entre, d’une part, un espace public qui assure la finalité éthique par la communication et, d’autre part, un système complexe qui assure la finalité technique par l’organisation, sous la coordination des instances supranationales de régulation. Dans la perspective d’une telle différenciation, point n’est besoin de compenser le déficit démocratique des instances communautaires par une organisation des Pouvoirs publics, visant à répliquer la structure des États occidentaux, par exemple, par un renforcement conventionnel du Parlement européen. Pour dépasser réellement le schéma étatique, peut-être vaudrait-il mieux assumer le caractère purement gouvernemental des instances communautaires, et, par ailleurs, élargir les bases institutionnelles de la démocratie représentative, par une activation des pouvoirs parlementaires nationaux et régionaux, qu’il s’agirait alors de relier entre eux, plutôt que d’accroître au sommet les pouvoirs parlementaires conventionnels de contrôle, de censure, d’investiture, de législation. Le Parlement européen pourrait alors n’être conçu que comme le niveau supranational, ou mieux, transnational, de ce pouvoir parlementaire renforcé, c’est-à-dire comme un élément partiel du pouvoir parlementaire européen en général.
Cela suppose une mise en communication mutuelle des Parlements aux différents échelons de représentation. Les Parlements nationaux et régionaux pourraient alors peser sur le Parlement européen, afin que celui-ci fasse valoir la volonté des représentés. Le dialogue entre les Parlements devrait fonctionner horizontalement, mais aussi verticalement dans les deux sens. Nous aurions une sorte de système parlementaire européen dont la configuration décentrée éviterait le malentendu étatiste. Les " forces vives " nombreuses et variées de la grande société civile en formation pourraient là faire représenter leurs intérêts différents, conflictuels, et les articuler sur le registre public du discours politique et du débat législatif. Sans doute n’est-il pas réaliste d’attendre des Parlements européens qu’ils réalisent l’unité de l’intérêt général. Tout au plus pourraient-ils préparer des formations de compromis. Mais une parlementarisation intensive des intérêts sociaux contribuerait à neutraliser la mauvaise logique privée des groupes de pression, grâce au principe délibératif assorti d’une publicité des débats. Procéduraliser un dialogue des Parlements entre les différentes nations et régions, c’est là une tâche complexe qui représenterait une originalité importante pour la constitution politique de l’Europe (ce qui n’est pas la même chose que la Constitution d’un État européen).
Ces considérations sur l’organisation de la souveraineté et de la représentation pour une future Constitution de l’Union européenne marquent à la fois la difficulté et la nécessité d’assurer la citoyenneté européenne dans une formule qui ne reproduise pas les structures conventionnelles de l’État-nation au niveau supranational. Non que le modèle de l’État-nation ait fait faillite. Ni, surtout, qu’il faille regarder les États nationaux comme des obstacles à l’intégration. Au contraire, en déstabilisant ces médiations importantes, on risque d’activer encore les particularismes identitaires, exclusionnismes xénophobes et autres communautarismes sectaires, aujourd’hui en recrudescence, y compris en Europe de l’Ouest. Il reste que le mode national ou statonational d’intégration politique n’est pas transposable sur l’espace communautaire, car celui-ci est préalablement structuré par une pluralité de traditions et de cultures durablement éprouvées, affinées et stabilisées au cours des siècles. Il n’est pas pertinent, pour cette raison, de présenter l’Union européenne, même idéalement, comme un équivalent des États-Unis d’Amérique.
L’ambition fédéraliste pour l’Europe s’en trouve singulièrement limitée. Cela astreint sans doute la réflexion des responsables à rechercher des solutions originales du côté d’une forme résolument post-étatique du politique européen, mais non pas à renoncer à élaborer pour l’Union Européenne une Constitution politique qui, à côté des droits-libertés ou droits civils fondamentaux, consacrerait les droits-participation ou droits civiques fondamentaux, ainsi que les droits sociaux fondamentaux. C’est même à cette condition que l’on pourrait en appeler à un civisme européen, et attendre des citoyens de l’Union un patriotisme constitutionnel. Cependant, les pertes de souveraineté nationale liées aux transferts de compétence, ne sont pas, hélas, compensées, à l’heure actuelle, par des gains de participation politique du côté des citoyens européens et de leurs élus à tous niveaux. Si des mécanismes de démocratie participative ne sont pas mis en place et en suffisance, afin d’assurer une substance politique à l’échelle transnationale de l’Union, tout progrès dans l’intégration européenne sera vécu comme une atteinte à la démocratie. Depuis trois siècles, l’Europe a, en effet, formé chez les individus des attentes et des exigences telles, qu’il est impossible de leur demander d’adhérer à une construction qui leur refuserait les moyens de la participation. Que l’effectivité des droits de participation ne soit pas assurée au niveau de l’Union, et ce ne sont plus quelques " nationalistes " mais des intellectuels en chœur, qui s’honoreront de dénoncer le peu de cas fait des États nationaux par une Europe stigmatisée comme un " machin " abstrait, compliqué, dépourvu de sens. Faute de démocratie, l’Europe ne tient plus que par la communication, et, médiatiquement ajustées, les platitudes qui passent pour des vérités bien senties (" on ne tombe pas amoureux du grand marché ! " ) peuvent trouver écho auprès des opinions publiques nationales. Auquel cas le projet européen aura perdu sa légitimité forte.
20:45 Publié dans Pensée politique européenne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, réflexion, europe, philosophie, religion, christianisme, foi
mardi, 14 novembre 2006
Le Drapeau Européen
Son auteur strasbourgeois, Arsène HEITZ, travaillait au service du courrier du Conseil de l'Europe.C’est un de ses dessins qui fut retenu à l'unanimité, le 8 Décembre 1955, jour de la fête de "l'Immaculée Conception". Si cette date fût un hasard... le drapeau – lui – est d’inspiration mariale. Il représente la couronne de la Vierge sur un fond bleu, couleur de la Vierge.
LE DRAPEAU DE L’ EUROPE
" Au mois 1987, j’ai rencontré par hasard à Lisieux, devant le Carmel, un Monsieur modestement vêtu qui m’a dit :
- " C’est à moi qu’on a demandé de dessiner le Drapeau de l’Europe. J’ai eu subitement l’idée d’y mettre les douze étoiles de la
Médaille Miraculeuse de la rue du Bac, sur fond bleu, couleur de la Sainte Vierge. Et mon projet fut adopté à l’unanimité, le 8 décembre 1955, fête de l’Immaculée Conception. "
J’étais tellement pressé ce jour–là que je n’ai même pas songé à prendre le nom et l’adresse de mon interlocuteur. Et les mois ont passé.
J’ai voulu rechercher le dessinateur du Drapeau. Je suis donc allé à Strasbourg au début de janvier 1989 pour essayer de retrouver ce dessinateur. Je suis monté au Bureau de Presse du Conseil de l’Europe, où j’ai été accueilli par 2 secrétaires expérimentées, d’une soixantaine d’années, qui savent tout de fond en comble. Là, le dessinateur du Drapeau est connu comme le loup blanc. Il s’appelle Arsène Heitz. Il habite 24 rue de l’Yser. Je suis allé chez lui. Il était là. Il m’a reconnu.
Il est mort maintenant, mais tant qu’il a vécu, il aimait raconter son exploit : avoir dessiné le Drapeau de l’Europe et en avoir fait le Drapeau de la Sainte Vierge !
Le travail de M. Arsène Heitz a duré 5 ans : de 1950 à 1955. Pourquoi 5 ans ? Parce qu’il y a eu 101 projets. Tout le monde avait son idée : les socialistes, les francs – maçons, les Juifs, les Protestants. M. Heitz, lui – même, a travaillé sur 20 projets.
En 1950, c’était M. Paul M.G Lévy qui était le premier Directeur au Service de Presse du Conseil de l’Europe. C’est donc lui qui fut chargé de faire aboutir le projet de ce Drapeau. Cet homme très cultivé ne savait pas dessiner. Mais il connaissait M. Arsène Heitz, homme très simple, employé au service du courrier, mais très artiste pour peindre et dessiner. Tous deux étaient de bons catholiques.
Evidemment, il fallait éviter d’évoquer la signification religieuse des douze étoiles et du fond bleu, en vertu de la sacro–sainte laïcité. Mais les Catholiques ont le droit de connaître le fond des choses.
Les douze étoiles ne correspondaient pas, à ce moment–là, au nombre des nations. Le Parlement Européen était " conçu pour " 12 nations, mais le Drapeau de l’Europe est le drapeau du " Conseil de l’Europe ", et ce Conseil n’a jamais comporté 12 nations : il en a comporté successivement 6,9, puis 15,... et actuellement 32.
Les discussions, réunions, commissions et sous – commissions furent innombrables, pendant plus de 5 ans, de 1949 à 1955. Finalement, c’est le 8 décembre 1955 que le dessin de M. Heitz fut retenu... à l’unanimité !
M. Paul M.G. Lévy avait une réunion de 3 jours, fixée aux 7, 8 et 9 décembre, pour faire adopter tout un ensemble de projets. Tous les documents sont datés du 9 décembre, puisqu’on signe l’ensemble à la fin de la réunion. Mais tout alla si vite et si bien que cette assemblée termina son travail le 8 décembre, jour où furent apposées les signatures particulières. Et en sortant de la salle, le gendre de Paul Claudel poussa du coude M. Lévy en murmurant : " Mais c’est aujourd’hui la fête de la fête de L’immaculée Conception ! " Et tous deux ont retrouvé sans le vouloir le fameux introït du 15 août : " Un signe grandiose est apparu dans le ciel, une femme revêtue du soleil, la lune sous ses pieds, et sur sa tête une couronne de 12 étoiles. " (Apocalypse XII, 1).
Arsène Heitz, lui, homme simple, parlait des 12 étoiles de la Médaille Miraculeuse. M. Lévy, professeur d’économie politique, parlait du chapitre12 de l’Apocalypse.
M. Lévy était secrètement d’accord pour faire aboutir discrètement le projet de M. Heitz en sauvant les apparences, afin de respecter la neutralité la plus absolue. Et malgré plus de 100 projets qui furent en concurrence, c’est le Drapeau de la Sainte Vierge qui triompha au dernier moment. Et ce triomphe se produisit fortuitement le 8 décembre, sans que personne ait pu chercher cette divine coïncidence.
Le Drapeau de l’Europe est bien le Drapeau de Notre–Dame, Reine de la Paix !
Pierre CAILLON
Centre St Jean
61500 Sées (Orne)
Texte écrit en août 1995, à la demande et avec la collaboration de Ch. SAUTEUR, aumônier de l’Hôpital, 71250 Cluny, et imprimé par ses soins.
http://membres.lycos.fr/pierreval/drapeaucee.htm

18:05 Publié dans Culture chrétienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Religion, christianisme, foi, philosophie, politique, europe, réflexion
lundi, 13 novembre 2006
Christianisme : fondations, ciment et avenir de l'Europe
En Europe, le christianisme n'est pas juste la nostalgie du passé, mais une pensée toujours vivante.
Le religieux, ciment de l'UE
Par Franco FRATTINI
QUOTIDIEN Libération du lundi 30 octobre 2006
Franco Frattini vice-président de la Commission européenne, responsable pour les affaires de justice, liberté et sécurité.Face aux foules menaçantes des capitales islamiques, l'Europe s'est montrée à plusieurs reprises, ces jours-ci, incertaine, voire silencieuse. Les causes de ce comportement sont nombreuses, et peut-être le moment est-il venu de les énumérer afin de préparer une réponse ferme de la raison, capable de convaincre et d'unir, mais aussi et surtout de réveiller l'Europe.
Nous nous trouvons devant un chemin que l'Europe connaît bien, hélas, et qui s'appelle le totalitarisme. Le mot «intégration» traverse, en Europe, une crise inquiétante, entre des modèles nationaux en faillite et des nations qui ne savent même pas de quoi il s'agit. Dans l'Europe des droits et des libertés, qui supporte encore le poids de deux totalitarismes récents, nous expions ce que de nombreux érudits non religieux de notre temps considèrent désormais comme un véritable manque de motivation dans nos Etats de droit. Nous n'avons été capables que de repousser avec peine, pour les éliminer ensuite, nos racines chrétiennes. Certes, il s'agissait de sanctionner le refus du sécularisme de l'Eglise catholique, surtout dans son rapport avec les monarchies et l'absolutisme ; mais le monde d'après le 11 septembre 2001 n'est pas celui que la raison du siècle des Lumières avait imaginé. C'est-à-dire un monde libéré de ce préjugé religieux qui semblait appartenir à un stade dépassé de l'évolution de l'humanité.
De deux choses l'une : ou bien le sentiment religieux est l'antichambre de l'obscurantisme, et alors il faut que soit rude la bataille de l'Europe contre la violence au nom d'une religion. Ou alors il nous faut regarder les religions comme des espaces privilégiés d'expériences individuelles et collectives significatives, dont il est difficile de se passer.
Jusqu'ici, l'Europe a choisi, non le silence, mais de mettre sous le boisseau la religiosité, sauf à en prendre timidement la défense quand il s'agit d'affronter l'antisémitisme ou, plus récemment, l'islamophobie. De fait, nos institutions gardent un coeur aride, tandis que Benoît XVI nous aiguillonne en rouvrant le débat sur le rapport entre religion et raison ( «Ce n'est pas religion et violence, mais religion et raison qui vont ensemble», affirme-t-il) ou lorsqu'il nous met sous les yeux le thème de la liberté religieuse et du statut politique de la religion dans la société.
Poser le thème des racines chrétiennes revient aujourd'hui à lancer un triple défi : celui de notre identité européenne, celui d'un univers religieux qui s'affirme, celui d'un christianisme qui n'est pas seulement mémoire du passé mais en posant le thème de la liberté comme voie du dialogue une partie de notre avenir.
Nous ne pouvons pas ignorer que nous pouvons, et que nous devons, construire l'Europe à partir de notre identité. De quoi est faite cette identité ? Nous ne pouvons pas ignorer la dette que les principes et les valeurs de la modernité ont à l'égard de la tradition judéo-chrétienne. Nous ne pouvons pas oublier le fait que les principes d'égalité, de séparation entre le politique et le religieux, de la tolérance religieuse et des libertés sont nés dans les esprits, dans les divisions et dans les conflits qui jalonnent le parcours chrétien de l'Europe qui est la nôtre. Il est important, pour notre avenir, que nous parvenions à reconstituer cette mémoire, car le processus d'unification européenne nous met face à de nouveaux dilemmes identitaires, face à nous-mêmes. Il faut que nous nous réappropriions ce noyau partagé, autour duquel et à partir duquel il sera possible de construire, dans l'ouverture, cette nouvelle communauté supranationale qui s'appelle l'Europe.
Or nous vivons un renouveau de l'identité et de l'expérience religieuse. Il y a en Europe des millions de croyants sincères, pratiquants, et souvent critiques à l'égard du mode de vie sécularisé. Ils représentent un facteur constitutif du pluralisme de nos sociétés. Ils font partie de nous, ils veulent vivre avec nous. Ce qui est nouveau de la part du pape Benoît XVI, c'est la reconnaissance de positions rationnelles non religieuses. L'Eglise soutient désormais une forme de civilisation intégrant la valeur de la liberté et, partant, la différence entre le sacré et le rationnel.
C'est la raison pour laquelle c'est le troisième défi le christianisme n'est pas seulement la nostalgie d'un passé, mais une pensée vivante, qui veut être utile à la paix en garantissant la liberté et, en premier lieu, la liberté religieuse.
Cette affirmation, d'une part, réduit la fracture avec le monde laïc, et, d'autre part, aide l'Europe de demain, car elle contribue à une identité européenne qui demande aux religions de définir leur rapport avec la liberté et la raison.

15:50 Publié dans Culture chrétienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Europe, christianisme, Eglise, politique, reflexion, foi
























